• Comment l'élan démocratique de 1789 a-t-il pu donner naissance à la violence terroriste de 1793 ? Cette question obsédait déjà les contemporains, qui y voyaient non seulement un défi politique et une épreuve morale mais aussi un scandale logique.

    Timothy Tackett n'instruit pas ici le procès de la Révolution, il décrit le processus révolutionnaire. S'appuyant sur les correspondances pour la plupart inédites des acteurs des journées révolutionnaires, le grand historien américain restitue le sens des événements et des engagements, au plus près de la manière dont ils furent vécus, ainsi que des émotions politiques qui s'y exprimèrent. Il montre avec brio comment l'on peut devenir terroriste.

    1 autre édition :

  • Le 21 juin 1791, Louis XVI parvient à organiser sa fuite. Quittant le Palais des Tuileries en pleine nuit avec sa famille et des proches, il cherche à gagner secrètement Montmédy où stationnent les armées de Bouillé. On sait ce qu'il advint : le roi fut arrêté dans la petite ville de Varennes et ramené prisonnier à Paris. Deux ans plus tard, le couple royal montait sur l'échafaud. La fuite du roi à Varennes est sans doute l'un des épisodes les plus fameux de l'histoire de la Révolution française, qui fit l'objet de nombreux récits, plus ou moins romancés, de Jules Michelet à Ettore Scola, en passant par Alexandre Dumas. Au point que la légende et l'imagerie d'Épinal ont souvent recouvert la réalité historique. Face à cet événement extraordinaire, l'historien américain Timothy Tackett se donne trois tâches : d'abord raconter dans le détail, presque heure par heure, le déroulement de cette incroyable fuite à partir de l'ensemble des sources et archives disponibles. Ensuite, il explore l'impact de la fuite sur toute la France et restitue l'effervescence politique et sociale ainsi que l'émotion puissante que suscita la trahison du roi dans l'opinion publique, à Paris et en province. Enfin, Timothy Tackett s'efforce de resituer l'événement dans le cours de la Révolution française, et sa radicalisation jusqu'à la Terreur de 1793. Il montre que loin d'être inscrite dans les « gènes » idéologiques de la Révolution, la Terreur doit aussi être comprise à la lumière des événements, notamment par rapport au traumatisme de la trahison du roi et l'émergence de véritables menaces contre-révolutionnaires.

  • Près de deux siècles d'exégèse ont fini par rendre invisibles les acteurs des premiers mois de la Révolution française.
    Qu'il soit le résultat d'une recomposition sociale favorable à la bourgeoisie ou celui de la rencontre entre des idéologies et les circonstances, il n'en demeure pas moins que cet événement central de l'histoire reste le fait d'hommes qui, députés aux Etats généraux, sont peu à peu devenus révolutionnaires. Quelle a été l'expérience individuelle et collective de ces hommes réunis dans la salle des Menus-Plaisirs ? Quels itinéraires furent les leurs ? Par quels jeux "d'interactions" les députés ont-ils donné naissance à l'Assemblée nationale ? A partir de quelle culture politique, de quel système de valeurs ? Hommes du concret, lecteurs pour certains des auteurs des Lumières, presque tous déjà partie prenante de la vie politique locale, ils ont tenté d'expliquer, dans leurs correspondances et plus tard dans des mémoires, par quel processus ils avaient fini par renverser l'Ancien Régime.
    C'est en explorant cette masse documentaire, jamais exploitée par les historiens de manière systématique, que Timothy Tackett, professeur d'histoire moderne à l'université de Californie (Irvine), parvient à restituer la dynamique d'un apprentissage révolutionnaire. La recherche neuve, que propose l'auteur, ouvre comme " une troisième voie " à l'historiographie de la Révolution. Il s'agit de tenir constamment ensemble le politique, le social et le culturel, de ne pas considérer que le passé proche ou lointain (les fameuses " origines ") explique à lui seul le présent révolutionnaire, mais de laisser ce présent se déployer dans la force de son actualité.

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