Gallimard

  • Le jeune joseph

    Thomas Mann

    Dans l'histoire de joseph, vendu par ses frères aux ismaélites qui l'emmènent en egypte, c'est un admirable développement que nous donne thomas mann sur le thème de la jalousie et de la provocation.
    En effet, la prédilection que lui témoigne son père et l'élection divine qui se manifeste dans ses rêves, loin d'inciter joseph à la modestie, semble le pousser à une conduite d'enfant gâté. revêtu du voile nuptial de rachel, il parade devant ses frères, qui, poussés à bout, le jettent dans une citerne. c'est grâce à l'intervention de juda qu'il en réchappe, et, tandis que jacob le croit mort, il prend le chemin de l'exil.
    Comme dans les histoires de jacob, la faveur divine se double ici de la punition des fautes.
    Avant que la prédiction s'accomplisse, l'initiation sera longue et douloureuse. mais une autre initiation commence dans ce livre, celle qui conduira joseph de l'adolescence à l'âge d'homme. les luttes et les affrontements avec ses frères, les fils de lia, les fils des servantes, qui tantôt s'allient, tantôt se disputent, dessinent une évolution au terme de laquelle il se retrouvera seul. c'est ce parallèle entre les voies de dieu et l'infinie diversité des êtres qui donne à ce livre la profondeur où l'on reconnaît l'art de thomas mann.

  • Le roman s'ouvre sur une rencontre de nuit, auprès d'un puits sur la colline d'hébron, entre le vieillard jacob et joseph, son fils préféré, adolescent d'une grande beauté, d'une grâce presque féminine, charmeur, parfois arrogant, et d'une curiosité sans cesse en éveil.
    Cette image à la fois solennelle et familière marque, dans une histoire dont l'origine remonte à la nuit des temps, l'un de ces points de passage où la tradition se transmet d'une génération à l'autre, afin que chacun se reconnaisse et reconnaisse son appartenance.
    Les histoires de jacob reprennent des événements racontés dans la bible : la colère d'esaü dépouillé de son droit d'aînesse, la fuite de jacob et son rêve prémonitoire, son séjour chez laban, sa servitude, ses mariages, jusqu'à son départ avec sa nombreuse famille, suivi de la mort de rachel, la bien-aimée, mère de joseph, à la naissance de son second fils, benjamin.
    Replacé dans un contexte historique où se manifestent les influences sur les juifs nomades, des civilisations assyrienne, babylonienne, égyptienne, le roman se déroule à la fois sur le plan du mythe, qui est éternel, et sur celui de l'histoire très particulière des rapports privilégiés d'un peuple avec son dieu, où se répètent en même temps que se renouvellent, de père en fils, la faute, l'épreuve, l'alliance.

  • Joseph, captif dans la forteresse où l'a envoyé putiphar, se rend célèbre par son art d'interpréter les songes.
    C'est ainsi qu'il est appelé à la cour du pharaon, dont le rêve des vaches grasses et des vaches maigres prédit les années de disette. une nouvelle fois, joseph peut mettre en valeur ses qualités d'organisateur. seule l'egypte échappera à la famine tandis que les pays voisins paieront très cher son blé. c'est là l'occasion de la rencontre entre joseph et ses frères que jacob lui a envoyés en émissaires et qui ne reconnaissent pas dans ce grand seigneur égyptien, marié avec la fille du prêtre d'amon, le jeune garçon qu'ils ont fait passer pour mort.
    Plus tard viendra le temps du pardon, de la réconciliation et des retrouvailles, avec la réception d'ephraïm et de manassé, fils de joseph, dans le royaume des douze tribus.
    Avec ce quatrième roman se termine joseph et ses frères. le titre général résume bien le sens profond de l'oeuvre, où l'histoire familiale est en même temps celle d'un peuple souvent divisé, incrédule et querelleur, auquel finit par s'imposer, dans une filiation à la fois familière et mystérieuse, la toute-puissance de la parole.
    Thomas mann illustre ainsi l'ambiguïté du langage qui ne semble avoir été " donné " à l'homme qu'afin de l'obliger éternellement à choisir entre la lettre et l'esprit.

  • Septembre 1816, weimar.
    Une paisible matrone arrive à l'hôtel de l'éléphant. elle est très vite identifiée comme étant, à quarante-quatre ans de distance, la lotte de werther. toute la petite ville est alertée et charlotte assaillie de visites. elle reçoit enfin l'invitation tant attendue de goethe lui-même. la visite de lotte au vieux goethe comblé d'honneurs est l'occasion pour thomas mann de reconstituer dans le détail et avec humour, à travers le prisme des divers points de vue, des conversations, des monologues prêtés à goethe, l'atmosphère dans laquelle celui-ci a écrit le second faust, au moment oú il était l'objet de la plus grande glorification littéraire de tous les temps.

  • Lorsque commence cette deuxième partie du Journal, Thomas Mann a soixante-cinq ans.
    Il s'agit donc ici des quinze dernières années de l'écrivain. Installé aux Etats-Unis, dont il ne tardera pas à devenir citoyen, il se fait construire la grande et belle maison de Pacific Palisades, tout près d'Hollywood. Malgré son dépit face à la fortune réalisée par d'autres émigrés comme Werfel, il vit à son aise et en accord avec la politique de Roosevelt. Ce n'est qu'au plus fort de la guerre froide qu'il exprimera de vives réticences à l'égard de la politique américaine, et ce sera l'un des éléments qui détermineront son retour en Europe, puis son installation en Suisse.
    Il a depuis longtemps accédé à la gloire mondiale. Son premier souci est de terminer son oeuvre dans la dignité, car il a une haute idée de lui-même et de sa mission. Pendant les années de la guerre, qu'il vit avec une passion anti-hitlérienne de tous les instants, il termine la vaste fresque de Joseph et ses frères et rédige Le docteur Faustus. Ensuite viendront L'élu et Les confessions du chevalier d'industrie Félix Krull, qu'il reprend après des années et qui connaîtra un énorme succès dans l'Allemagne d'après-guerre.
    Le Journal nous montre un homme vieillissant mais encore plein de vitalité, avec ses faiblesses - vanité tirée de sa réception à la Maison-Blanche ou de son audience privée chez le pape, amourette de vieillard avec Franzl, le dernier de ses " jouvenceaux divins " - mais aussi avec ses grandeurs face à la souffrance collective et personnelle - la guerre, bien sûr, le suicide de son fils Klaus et la mort de son frère Heinrich.
    Un témoignage passionnant sur les dernières années d'un grand écrivain.

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