Littérature générale

  • "J'avais dix-neuf ans quand a paru Sous le soleil de Satan et que je l'ai lu : dès ce jour, Bernanos devint pour moi le grand Initiateur, je savais que ce serait de lui que j'apprendrais les grandes choses sur l'esprit et la vie, sur un certain comportement dans la vie et dans l'exercice de l'esprit. C'est dire avec quelle anxieuse impatience - celle de la toute première jeunesse - je me suis mis à attendre chacun de ses livres, comme si, de quelque manière, mon sort en dépendait, et il en dépendait en effet. Chacun, sitôt paru, je le lisais, le relisais indéfiniment, moins pour apprendre - apprendre quoi? - que pour accorder mon souffle à cette puissante respiration, pour sentir en moi des portes s'ouvrir magiquement, silencieusement : mon espace intérieur élargi à l'infini. La vision que Bernanos me donnait de la vie chrétienne était tellement libératrice; ample, généreuse que, tournant vers moi mon regard, je ne pouvais plus attribuer les mesquineries de mon existence qu'à ma propre ladrerie : c'était merveilleux !"

  • "Le scientisme a fait faillite. Par lambeaux, silencieusement, parfois honteusement, les savants l'abandonnent, avec le sentiment d'avoir commis une erreur de jeunesse. Ils savent que le scientisme est désormais incompatible avec les découvertes modernes et avec les progrès de la science même, sur laquelle ils prétendaient pourtant se fonder. Dans cette situation imprévue, et imprévisible il y a cinquante ans, il est urgent pour un chrétien de réfléchir sur la substance de la foi, d'exprimer cette foi de manière contemporaine, en tenant compte des perspectives nouvelles que les sciences, et particulièrement la biologie, ont ouvertes sur la structure de l'univers, sur les impératifs de la vie à tous ses degrés, sur la nature de l'homme et sur les horizons de son destin propre. Tel est le but de mon livre. Mes voeux seraient comblés si je contribuais à rendre aux catholiques français la fierté de leur foi et une insolence certaine dans l'expression de cette foi. Il est certain que le sommeil dogmatique a changé de camp et que pour la première fois depuis si longtemps la pensée libre est avec eux s'ils font seulement l'effort de penser." R.P.B.

  • Ce livre se divise en trois parties. La première partie, inédite, est mon Journal de guerre de 1940 à 1944. La deuxième partie est constituée par mes chroniques du Cheval de Troie en 1947-1948. Cette époque elle-même est plus loin de notre mémoire que nous ne pensons communément. C'était l'époque de la grande floraison existentialiste, et c'est pourquoi j'ai laissé ma chronique intitulée " Désespoir de cause ". C'était aussi l'époque où Staline faisait peser une menace immédiate sur l'Europe occidentale et où le monde s'installait dans la guerre froide. La troisième partie a déjà paru en livre (aux Éditions Amyot-Dumont), en 1949. Mais le livre est depuis longtemps épuisé et s'intègre parfaitement dans cette chronique des années noires.

    /> Il faut toujours viser beaucoup plus haut que soi. Si, dans toute la littérature française, j'avais un modèle à donner à ce livre, ce serait " Choses vues ", de Victor Hugo. Tout l'intérêt de mon livre se résume à ceci : " J'étais là. Voici ce qui est arrivé ! " Ainsi, vingt ans après, j'ai relu ces récits si loin de moi. C'est vrai qu'en 1940 je croyais au Père Noël. J'ai cru plus loyal de ne pas supprimer les traces de cette candeur.

    C'est vrai aussi que j'ai traversé le feu. Forcément, on en sort un peu roussi. Je ne regrette rien que mes péchés, surtout ceux contre la charité. Je vois venir le terme, où comme tout homme qui a vécu, je serai jugé sur l'amour. Pour le reste, j'ai vécu en effet, et j'ai manqué mourir. C'était très passionnant, je m'y suis passionné.

    R.L. Bruckberger, 5 avril 1967.

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