Calmann-levy

  • Paru en 1955, L'Opium des intellectuels est une condamnation sans appel de la crédulité teintée de mauvaise foi et du dogmatisme dans lesquels se drape l'intelligentsia française de l'époque. Raymond Aron interroge avec la plus süre probité intellectuelle l'évolution des mots "gauche", "révolution" et "prolétariat", ces mots qui appartiennent au mythe qu'il désacralise. Car, questionne Raymond Aron, comment accpeter l'attitude des intellectuels devenus impitoyables face aux défaillances des démocraties dites "bourgeoises", et pourtant si complaisants pour les crimes perpétrés par les démocraties "populaires", comment ne pas saisir l'absurdité des amalgames politico-idéologiques qui ne font qu'aliéner un peu plus des intellectuels en quête de religion, idolâtrant l'Histoire comme on idolâtre un dieuoe En rupture avec la famille dont il est originaire, Raymond Aron ne se livre pas pour autant à un règlement de compte stérile. Il propose une réflexion dépassionnée, un combat sans haine, invitant à le suivre "tous ceux qui refusent dans les luttes du Forum, le secret de la destination humaine".

  • Raymond Aron résista à la fascination de Mai  68. Là où la plupart virent une révolution, il dit dans La Révolution Introuvable qu'il ne s'est agi que d'un «  psychodrame  », un «  marathon de palabres  », une «  négation utopique de la réalité  ». Publié dès le mois d'août, le livre rassemble une interview du philosophe par Alain Duhamel et quelques textes publiés dans le feu des événements. Observateur engagé et lucide, il explique pourquoi l'équilibre des forces politiques interdisait que les événements finissent en révolution.
    Son analyse des causes de la crise universitaire reste d'une troublante actualité, ainsi que celles des racines profondes de Mai  68  : la difficulté des sociétés libérales et productivistes à proposer un projet et un sens commun. Il s'interroge sur la nature d'un pouvoir politique capable de s'effondrer aussi brusquement en face d'une contestation si fragile sur les plans tant politique qu'intellectuel. Et il met en accusation une France excessivement hiérarchique et centralisée. Il pointe l'uniformité stérilisante du système d'enseignement universitaire. Il pointe aussi, après Tocqueville, le paradoxe d'une société tout entière prise entre une idéologie proclamée, égalitariste, et la réalité de son fonctionnement, qui demeure hiérarchisé à l'extrême, à travers un système de grades et de statuts, dignes de l'Ancien Régime. La lucidité du diagnostic qu'il fit des causes à l'origine des mouvements de révolte, des étudiants d'abord, des salariés ensuite, ne fait que rappeler que les questions de Raymond Aron en 1968 sont bien toujours celles de la France de 2018.

  • Dissuasion, subversion, persuasion. Ce sont les trois concepts qui désignent les composantes principales des diplomaties-stratégies. Au terme de son enquête, Raymond Aron tente de définir la morale de l'action diplomatique, la stratégie qui donne la meilleure chance de sauver la paix sans sacrifier la liberté. Enfin en un exercice de pensée utopique, il cherche les conditions de paix par la loi.
    En 1962, lorsque cet ouvrage paraît, ces conditions ne sont pas réalisées et la paix se résume à l'absence ou à la limitation des guerres. L'analyse de Raymond Aron prend place en pleine guerre froide et explicite les rapports de force qu'impose l'arme nucléaire détenue par quelques puissances militaires.
    C'est aussi une réflexion sur le devenir de l'humanité.

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  • L'Institut Hoover ayant organisé en 1964 à l'Université de Stanford (Californie) un séminaire à propos du centenaire de la première Internationale, des rapports sur la destinée du marxisme au XXe siècle, furent rédigés par d'éminents spécialistes.Ces études, réunies ici, portent les signatures de Raymond Aron, de l'Institut (L'impact du marxisme au XXe siècle) ; Bertram D. Wolfe (Le léninisme) ; Boris Souvarine (Le stalinisme) ; Merle Fainsod (Le khrouchtchevisme) ; Adam B. Ulam (Le titisme) ; Arthur A. Cohen (Le maoïsme) Theodore Draper (Le castrisme) ; Richard Löwenthal (Les chances du communisme pluraliste).Les auteurs analysent le caractère, le style, les projets, les ambitions et les buts essentiels des différents mouvements marxistes. Là réside en effet l'aspect le plus contemporain d'une idéologie proposée à la société humaine il y a un siècle et qui n'a pas évité mais voit au contraire s'accentuer une nette tendance au pluralisme.Marx désavouerait-il certaines formes du marxysme actuel ? On peut conclure de la sorte ou de façon plus nuancée, mais il est certain que ces essais qui trouvent leur unité dans la recherche diverse d'un même objet, éclairent d'un jour nouveau le plus grand mouvement philosophique et politique du siècle.

  • Après un quart de siècle de croissance économique, la société moderne doit affronter de nouveaux assauts : les uns, disciples fidèles ou infidèles de Marx, dénoncent ses échecs relatifs ou partiels, les îlots de pauvreté au milieu de la richesse, l'inégalité excessive de la répartition des revenus ; les autres, dont l'inspiration remonte à J.-J. Rousseau, voire aux romantiques, vitupèrent contre la barbarie de la « civilisation industrielle », la dévastation de la nature, la pollution de l'atmosphère, l'aliénation des individus manipulés par les moyens de communication, l'asservissement par une rationalité sans frein ni loi, l'accumulation des biens, la course à la puissance et à la richesse vaine.
    Le pessimisme ambiant, diffus à travers l'Occident, accentué en France par le choc des événements de mai-juin 1968, imprégnait déjà l'analyse, esquissée dans ce livre, de la modernité. Tout se passe comme si les désillusions du progrès, créées par la dialectique de la société moderne, et, à ce titre, inévitables, étaient éprouvées par la jeune génération des années soixante avec une telle intensité que l'insatisfaction endémique s'exprime en révolte. Du même coup, l'observateur s'interroge sur le sens de cette explosion, sur la direction dans laquelle la société moderne pourrait répondre aux désirs qu'elle suscite, apaiser la faim, peut-être plus spirituelle que matérielle, qu'elle fait naître.
    Les Occidentaux éprouvent-ils une sourde mauvaise conscience pour s'être réservé la meilleure part des profits de la science et de la technique, ou tendent-ils à se renier eux-mêmes, faute de trouver un sens à leurs exploits ? Relisons Spengler, Toynbee et Sorokine, et ne cherchons pas à prévoir l'imprévisible, le destin d'une civilisation, révoltée contre ses oeuvres et rêvant d'un paradis perdu ou à reconquérir.
    Raymond ARON 1969

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