• Sermon prononcé le 22 juillet 1985, à Sainte-Madeleine du Barroux, par le R.P. Bruckberger, à l'occasion de la fête patronnale du monastère. Le prédicateur commente l'évangile de la fête du jour, en mettant en lumière le geste insolite de Marie-Madeleine : entrée chez Simon le Lépreux, elle brise un vase d'albâtre et en répand le parfum précieux sur les pieds de Jésus, qu'elle baise et qu'elle essuie ensuite avec ses cheveux. Le Père Bruckberger laisse transparaître dans ce sermon tout son attachement pour cette femme dont les péchés furent pardonnés par le Christ, et qui fût la première témoin de la Résurrection. Sainte Marie-Madeleine, patronne de la Provence, demeure le modèle des pénitents et des convertis. L'Église en a fait la patronne des âmes vouées à la contemplation.

  • Au moment où elle va rencontrer Jésus, Marie-Madeleine est dans tout l'éclat de sa jeunesse, dans toute la gloire de sa beauté. Elle vit sans frein, à bride abattue, elle est libre. Elle est hors-la-loi et s'en trouve fort bien. Autour d'elle, toute une société la condamne, et en premier lieu les gardiens de la loi, Scribes et Pharisiens, auxquels elle fait horreur. Elle récuse le jugement des juges.
    Libre, est-elle heureuse? Il y a toujours un moment de bonheur, quand on secoue le joug et qu'on le brise. Pour elle, le moment a peut-être duré longtemps. Les peintres, esclaves de leur oeil, l'ont toujours représentée avec une opulente chevelure blonde, un long manteau de pourpre, comme une impératrice. Elle est l'Impératrice des désirs.
    Heureuse, Marie-Madeleine l'était sans doute moins qu'elle ne voulait le paraître. Sinon, comment aurait-elle eu le courage, ou même l'idée, d'aller à la rencontre de Jésus, cherchant auprès de lui ce que nul homme ne lui avait jamais donné?
    Le père Bruckberger nous raconte de sa manière incomparable l'histoire de Marie-Madeleine dont il nous donne, comme dans Marie, mère de Jésus-Christ, une image originale et neuve: celle de la femme orgueilleuse dont le destin bascule, qui se soumet d'un coup et devient l'une des plus proches de Jésus.

  • "J'avais dix-neuf ans quand a paru Sous le soleil de Satan et que je l'ai lu : dès ce jour, Bernanos devint pour moi le grand Initiateur, je savais que ce serait de lui que j'apprendrais les grandes choses sur l'esprit et la vie, sur un certain comportement dans la vie et dans l'exercice de l'esprit. C'est dire avec quelle anxieuse impatience - celle de la toute première jeunesse - je me suis mis à attendre chacun de ses livres, comme si, de quelque manière, mon sort en dépendait, et il en dépendait en effet. Chacun, sitôt paru, je le lisais, le relisais indéfiniment, moins pour apprendre - apprendre quoi? - que pour accorder mon souffle à cette puissante respiration, pour sentir en moi des portes s'ouvrir magiquement, silencieusement : mon espace intérieur élargi à l'infini. La vision que Bernanos me donnait de la vie chrétienne était tellement libératrice; ample, généreuse que, tournant vers moi mon regard, je ne pouvais plus attribuer les mesquineries de mon existence qu'à ma propre ladrerie : c'était merveilleux !"

  • D'une horloge, nous exigeons qu'elle se répète avec exactitude. De la vie, même dans la monotonie de la tâche quotidienne, nous attendons qu'elle invente, qu'elle nous étonne. Le ressort de la vie, c'est la surprise.

    Ce volume est le dernier des Mémoires du Père Bruckberger. Il couvre la partie la plus combative, la plus controversée, la plus féconde de sa vie, de 1958 à 1987, où il a eu des champs d'activité divers : cinéma, littérature, journalisme; où il a fréquenté les avenues du pouvoir : portraits de De Gaulle, de Pompidou, de Malraux, éclairés d'une lumière shakespearienne. Le récit, sur le rivage d'une île grecque, des retrouvailles avec Camus et Michel Gallimard, a les couleurs de la fable.
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    Le ton de ce livre est la sincérité. Le Père Bruck ne ménage ni son lecteur, ni lui-même. Il marche à l'aveu comme on marche au canon. Ce n'est pas tant avec les autres qu'il règle ses comptes, qu'avec lui-même. Cela donne un récit poignant, où il tente d'introduire quelque cohérence dans ses contradictions personnelles, sans y parvenir d'ailleurs : "Je refuse d'être déculpabilisé, j'ai besoin d'être pardonné!" A l'angoisse se mêle l'espérance.
    Une dimension donne à ce récit sa perspective propre, la foi en Jésus-Christ, qui accompagne en contrepoint tout le livre, tel, dans le lointain, un chant.

  • Rompant avec le côté éthéré de la Vierge telle qu'elle est souvent présentée dans la catéchèse catholique, le père Bruckberger propose une vision originale de la mère de Jésus dont il fait l'exemplaire de l'humilité, celle qui accepte de se soumettre à la volonté divine pour le meilleur et pour le pire.

    Essai tonique, réflexion au fil de la plume, cette Marie, mère de Jésus-Christ s'adresse à tous car, dit le père R.-L. Bruckberger, entre l'inflation sentimentale catholique et le rationalisme desséchant protestant, il y a la place pour une piété mariale authentique, basée avant tout sur la foi sans pour autant larmoyer, et sur le questionnement, seule manière de s'enrichier et de vivifier cette foi.

  • "Le scientisme a fait faillite. Par lambeaux, silencieusement, parfois honteusement, les savants l'abandonnent, avec le sentiment d'avoir commis une erreur de jeunesse. Ils savent que le scientisme est désormais incompatible avec les découvertes modernes et avec les progrès de la science même, sur laquelle ils prétendaient pourtant se fonder. Dans cette situation imprévue, et imprévisible il y a cinquante ans, il est urgent pour un chrétien de réfléchir sur la substance de la foi, d'exprimer cette foi de manière contemporaine, en tenant compte des perspectives nouvelles que les sciences, et particulièrement la biologie, ont ouvertes sur la structure de l'univers, sur les impératifs de la vie à tous ses degrés, sur la nature de l'homme et sur les horizons de son destin propre. Tel est le but de mon livre. Mes voeux seraient comblés si je contribuais à rendre aux catholiques français la fierté de leur foi et une insolence certaine dans l'expression de cette foi. Il est certain que le sommeil dogmatique a changé de camp et que pour la première fois depuis si longtemps la pensée libre est avec eux s'ils font seulement l'effort de penser." R.P.B.

  • Ce livre se divise en trois parties. La première partie, inédite, est mon Journal de guerre de 1940 à 1944. La deuxième partie est constituée par mes chroniques du Cheval de Troie en 1947-1948. Cette époque elle-même est plus loin de notre mémoire que nous ne pensons communément. C'était l'époque de la grande floraison existentialiste, et c'est pourquoi j'ai laissé ma chronique intitulée " Désespoir de cause ". C'était aussi l'époque où Staline faisait peser une menace immédiate sur l'Europe occidentale et où le monde s'installait dans la guerre froide. La troisième partie a déjà paru en livre (aux Éditions Amyot-Dumont), en 1949. Mais le livre est depuis longtemps épuisé et s'intègre parfaitement dans cette chronique des années noires.

    /> Il faut toujours viser beaucoup plus haut que soi. Si, dans toute la littérature française, j'avais un modèle à donner à ce livre, ce serait " Choses vues ", de Victor Hugo. Tout l'intérêt de mon livre se résume à ceci : " J'étais là. Voici ce qui est arrivé ! " Ainsi, vingt ans après, j'ai relu ces récits si loin de moi. C'est vrai qu'en 1940 je croyais au Père Noël. J'ai cru plus loyal de ne pas supprimer les traces de cette candeur.

    C'est vrai aussi que j'ai traversé le feu. Forcément, on en sort un peu roussi. Je ne regrette rien que mes péchés, surtout ceux contre la charité. Je vois venir le terme, où comme tout homme qui a vécu, je serai jugé sur l'amour. Pour le reste, j'ai vécu en effet, et j'ai manqué mourir. C'était très passionnant, je m'y suis passionné.

    R.L. Bruckberger, 5 avril 1967.

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