• P. Ismard donne une lecture politique et sociale du procès intenté à Socrate en 399 avant J.C. Cet évènement historique a révélé et cristallisé au fil des âges tous les griefs faits à la démocratie athénienne et par extension à l'idée démocratique elle-même. Au-delà du discours politique subversif du philosophe, c'est son mode de vie, sa sexualité et sa pédagogie qui sont explorés.

    1 autre édition :

  • Ce livre vise tout d'abord à éclairer le lien étroit qui unit l'invention de la démocratie et l'esclavage en Grèce ancienne. En étudiant la façon dont est défini à Athènes l'homme-marchandise qu'est l'esclave, les formes d'organisation de son travail, ou encore le statut de sa parole dans l'espace judiciaire, il propose une analyse inédite du droit athénien de l'esclavage. Mais il entend surtout placer l'esclavage au coeur de nos réflexions sur l'expérience grecque, en éclairant la façon dont la cité des hommes libres est elle-même modelée par l'institution esclavagiste. L'imaginaire politique athénien, auquel nous associons l'expérience de l'autonomie politique, est en effet le produit de l'expérience esclavagiste. À travers l'esclavage, la cité pense et donne une forme à ses frontières, et c'est un certain rapport au corps, à l'écriture, ou à la notion même de représentation qui se trouve alors éclairé.
    Mais le livre entend aussi interroger les relations souterraines qui nouent l'histoire de l'esclavage antique à notre présent. Si nous prétendons aujourd'hui, à tort et à raison, être les héritiers de l'Antiquité gréco-romaine, en quoi l'esclavage, qui fut la condition même de son développement, a-t-il contribué à écrire une part de notre histoire au point de persister jusque dans notre plus extrême modernité ? Explorant, sous la forme d'essais libres, le droit du travail, la cybernétique, ou les formes modernes de la représentation politique, mais aussi convoquant Hermann Melville ou Aimé Césaire, Paulin Ismard en arrive à la conclusion que la configuration athénienne est d'une certaine façon encore la nôtre.

  • Imaginons un instant que le dirigeant de la Banque centrale européenne, le directeur des CRS comme celui des Archives nationales, tout comme les greffiers des tribunaux soient des esclaves, propriétés à titre collectif du peuple français, ou, plus improbable encore, d'un peuple européen. Quelle forme emprunterait la délibération entre députés si les esclaves étaient le seul personnel attaché de façon permanente à l'institution, alors que les parlementaires étaient renouvelés tous les ans ?
    Ils étaient greffiers, archivistes, policiers ou vérificateurs de la monnaie : tous esclaves, ils furent, à leur manière, les premiers fonctionnaires des cités grecques. Le relatif silence des sources à leur sujet ne dit rien de l'ampleur de cette étrange institution que fut l'esclavage public en Grèce ancienne. En confiant à des esclaves de telles fonctions, qui supposaient une véritable expertise dont étaient dénués la plupart des citoyens, il s'agissait pour la cité de placer hors du champ du politique la question de la compétence technique en la rendant impropre à justifier la participation politique.
    C'est en définitive le rapport de la cité démocratique aux savoirs spécialisés qui s'éclaire à la lumière de ses esclaves. Le recours aux esclaves, « instruments animés » entre les mains du peuple, assurait théoriquement que nul appareil administratif ne pouvait faire obstacle à la volonté du peuple. Autrement dit : en rendant invisible ceux qui avaient la charge de son administration, la cité conjurait l'apparition d'un État qui puisse se constituer en instance autonome et le cas échéant, se retourner contre elle.

  • La démocratie athénienne ne fut pas seulement affaire d'institutions politiques. Sa pérennité, depuis la fin de la période archaïque jusqu'au r siècle avant notre ère, tient en grande partie à l'existence d'une vie communautaire particulièrement dense qui, entre la sphère de la famille et celle de la cité, participait à la construction du lien social. Qu'il s'agisse de subdivisions civiques (dèmes, phratries), de communautés sacerdotales (genê) ou d'associations cultuelles (thiases, orgéons, synodes, eranoi), c'est au sein de ces différents groupes que chaque citoyen prenait part à la vie démocratique. Structurées autour de pratiques cultuelles spécifiques, possédant des terres et des biens, désignant en leur sein des magistrats ou votant des lois et des décrets, toutes ces associations ne constituaient pas pour autant des entités fermées sur elles-mêmes. Leur étude croisée fournit à ce titre un point d'observation à partir duquel le fonctionnement de la société civique athénienne peut être appréhendé dans son ensemble. À cette aune, la cité apparaît comme un faisceau d'entités composites, un ensemble de réseaux de multiples dimensions, loin de l'image stéréotypée de la cité une et indivisible promue par l'idéologie civique. Peut-être est-ce précisément là que réside la grande originalité de l'Athènes classique : ces communautés au fonctionnement emboîté forment la trame d'un espace public pluridimensionnel. Largement inspirée de la démarche de la micro-histoire, cette étude propose ultimement une hypothèse sur la nature même du politique athénien.

  • De la fin de l'âge du bronze jusqu'au ier siècle avant J.-C., la Grèce a connu un destin mouvementé et paraît avoir réuni tous les talents comme tous les extrêmes. Les affrontements militaires, les innovations politiques, les inventions culturelles et intellectuelles comme les personnalités d'exception ont marqué cette presqu'île comme l'ensemble du monde occidental.

    D'Homère ou Socrate à Alexandre le Grand, des guerres médiques à la victoire de Rome, cette chronologie restitue mille ans d'une civilisation dont rien ou presque n'a été oublié.

  • À la fin du Ve siècle avant notre ère, la guerre du Péloponnèse aboutit à la défaite d'Athènes. Profitant de la débâcle, une commission de trente Athéniens abolit les institutions démocratiques qui régissaient la vie politique de la cité depuis un siècle : c'est le début d'une guerre civile sanglante qui dure un peu plus d'un an. Car les démocrates ne restent pas sans réagir face aux oligarques : dès la fin de l'année 404, Thrasybule rassemble une armée de volontaires et, après plusieurs victoires retentissantes et des négociations difficiles, la réconciliation est conclue au début de l'automne 403, et la démocratie rétablie.
    À partir du destin de dix personnages singuliers, ce livre aborde l'événement sous un angle inédit. S'inspirant du modèle du choeur antique, il entend proposer une description renouvelée de la société athénienne, à rebours des classifications figées dissociant citoyens, métèques et esclaves. Par sa brutalité, la guerre civile fait en effet émerger des collectifs multiples et mouvants, organisés autour de figures clés tels l'inclassable Socrate, l'oligarque Critias, le rhéteur Lysias, mais aussi le scribe Nicomachos, l'ancien esclave Gèrys ou la prêtresse Lysimachè. En scrutant ces choeurs, l'enquête dévoile les hiérarchies et les tensions qui les traversent, mais surtout les pratiques et les émotions qui les soudent. Se dessine alors une nouvelle cartographie de la communauté athénienne, placée sous le signe de la pluralité et de la contingence.
    Cette histoire chorale s'interroge en définitive sur la façon de « faire société » : par quels processus une communauté en vient-elle à se déchirer, voire à se désintégrer, puis à se refonder ? Une réflexion indispensable, qui fait écho à notre présent tourmenté.

  • « La Terre ne peut tolérer deux soleils ».

    300 av J.-C., Memphis. À l'ombre de la statue majestueuse d'Alexandre le Grand, un hoplite et un scribe, deux amis de longue date, se remémorent leurs glorieuses campagnes menées auprès de l'empereur. Conquérant né, stratège génial, roi divin... les superlatifs ne manquent pas pour désigner celui qui fit du petit royaume de Macédoine le plus grand empire que le monde ait connu. Une ambition démesurée, marquée par une volonté d'unifier le monde grec et la civilisation perse. Mais une aspiration illusoire, car comme tous les hommes exceptionnels, Alexandre le Grand était admiré... mais aussi détesté.

  • «L'écriture d'Alias Caracalla a correspondu à l'automne de ma vie. La chance a permis que je publie ces Mémoires de mon vivant. Raconter son existence, c'est la juger. Du point de vue des hommes, il est bien des manières de réussir ou de rater sa vie. Du point de vue de Dieu, comment le savoir avant la fin?
    Je demeure persuadé d'une chose : mon engagement dans la France Libre et, quarante ans plus tard, les trente années que j'ai consacrées à l'écriture de cette histoire sont les deux périodes de mon passé que je recommencerais à l'identique si j'en avais la possibilité.
    Entre ces deux périodes, j'ai dédié l'essentiel de mon temps à la passion de l'art contemporain. Aujourd'hui, je crois qu'en dehors des joies qu'il procure l'art n'est pas autre chose qu'un plaisir égoïste, incapable de répondre aux cris de millions d'esclaves et des peuples opprimés.
    Une vie n'est que ce qu'elle fut. Lorsqu'on découvre la vérité, il est trop tard pour recommencer.» Daniel Cordier.

  • Cet ouvrage, qui réunit des spécialistes des cités grecques et du royaume ptolémaïque, se propose d'interroger la notion d'identité dans les mondes grecs par le biais des processus d'identification, processus qui conduisent conjointement à singulariser un individu et à le différencier d'un autre pour pouvoir le reconnaître. Il procède de deux objectifs : tenter de dépasser l'effet de rupture suscité par la spécificité des sources conservées pour les cités grecques d'époque classique, d'une part, et pour les royaumes hellénistiques, d'autre part ; confronter la perspective sociale et la perspective juridique afin de cerner ce qui unit et sépare les tenants d'une histoire sociale à proprement parler et ceux qui centrent leurs objets sur les normes juridiques et les pratiques en contexte judiciaire.

    Un premier groupe de cinq articles interroge ainsi le degré d'implication des instances de la polis ou de l'Etat monarchique en matière d'identification des personnes (A. Maffi, P. Ismard, U. Yiftach, Y. Broux - avec un éclairage complémentaire offert par M. Béraud pour le monde romain). Six autres contributions explorent plus particulièrement les relations et les tensions entre identifications individuelles et identifications collectives (R. Guicharrousse, M.-L. Sronek, L. Sot, K. Bouillot, S. Wackenier, L. Rossi). Trois études enfin sont centrées sur les pratiques d'identification en contexte judiciaire et parajudiciaire (N. Siron, E. Scheid-Tissinier, G. Baetens).

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