Notari

  • Réunis en un volume illustré de photographies et dessins contemporains, on présente ici les textes les plus genevois de Michel Butor: la série «Concernant Genève», écrite en 1986 est accompagnée de deux textes inédits qui ouvrent et ferment l'ouvrage.

  • Dans une série de 42 dessins et lavis à l'encre, Catherine Ernst s'est livrée à une exploration minutieuse de paysages imaginaires tirés du ventre de la nature : forces telluriques et flux de lumière s'y croisent pour donner aux plissements des sols la fluidité des lames, aux souffles des bourrasques la densité du granit. Des espaces où le temps se donne à voir en des formes et des rythmes fusionnant l'immuable et le transitoire. C'est un condensé de mémoire qui veut dire aux humains de quel devenir ils sont faits et encore à faire. Si l'on se sent pris de vertige devant les abîmes du visible et de l'inconnu, ce monde lève aussi le voile sur les richesses et les saveurs promises à ceux qui oseront se mesurer au réel dont ils ont leur part dans cette démesure.

    C'est le réel, précisément, en ses différentes couches, que Michel Butor s'emploie à extraire des oeuvres de Catherine Ernst comme d'une mine. Et en effet, des profondeurs de ces paysages apparemment vierges de toute trace d'activité sinon de Mère Nature elle-même, le poète rapporte des minerais dont l'alchimie verbale révèle toute la diversité et permet une classification guidée par une approche de type encyclopédique. Dès lors, le regard du contemplateur devenu lecteur est amené à observer les paysages dans leur épaisseur géographique, historique, culturelle, biologique, voire économique, à voyager dans le temps et dans l'espace, à apprivoiser (ou enfanter) ainsi sa propre démesure dans le miroir des mots et des images.

  • Des photographies de deux sortes sont présentes dans ce livre : d'une part de vrais coqs et poules, magnifiquement saisis par Daniele Ferroni, de l'autre les mêmes animaux en fer martelé et peint du sculpteur italien Tamburelli, également immortalisés par le même photographe, ami de l'écrivain et de l'artiste. Cet ensemble d'images sorti d'un poulailler véritable et artistique a inspiré à Michel Butor une suite de textes sur ces « Altesses de la basse-cour », qui ont des comportements terriblement humains sous sa plume. Une vraie caricature, bien critique, des jeux de pouvoir d'une certaine société contemporaine.
    Comme le dit Sarah Tardino dans sa préface : « ce livre est un dialogue à trois, il y a les coqs translucides qui ont trait à la matière, de Giovanni Tamburelli, qui se dressent avec leur émail rouge, jaune, bleu, avec des couleurs vives et des pattes en fer forgé sur des portails dans le gris d'une heure, dans l'eau, parmi les fleurs, dans les rivières, parfois très colorés et érudits comme des météores, parfois métalliques et sériels, bilans immobiles d'une foule qui a perdu le principe de sa mission : ce sont des marque-temps. Daniele Ferroni les immortalise avec sa terrible pellicule, si réfractaire au beau et à l'idéal représenté de manière moderne, en creusant dans les choses de l'âme et des personnes l'objectivité de l'esprit, dans une fixité inquiète en équilibre instable sur le bord d'autre chose. À quoi doit s'attendre le lecteur avec ce livret de visionnaires ? Certainement à une vision contemporaine, émaillée, de l'homme. »

  • Elle existe bel et bien, et elle est très grande effectivement, cette armoire que Michel Butor a héritée de sa famille et qui l'a accompagné toute sa vie. Elle contient, accumulés en vrac depuis plusieurs générations, des objets de toute nature se rapportant à des époques, des personnes, des événements et des lieux qui, ensemble, constituent un trésor de mémoire. Avec ce livre, qui présente une photographie et un commentaire pour chaque objet répertorié, Butor se livre ; il ouvre les portes et les tiroirs de cette armoire intime et expose aux yeux du lecteur ce qui le relie au monde par son histoire familiale, par ses rencontres avec des amis, des artistes, des étudiants, par ses voyages, ses lectures, par ses propres écrits, etc. Il effectue ainsi un retour sur lui-même dans lequel sa personne se confond amoureusement avec les souvenirs évoqués par la magie des objets décrits au fil des pages. C'est donc en poète que Michel Butor effectue pour nous cette merveilleuse visite guidée de sa Grande Armoire. Mais c'est aussi le professeur bienveillant qui nous adresse subtilement une leçon : chacun d'entre nous n'a-t-il pas quelque part, ne serait-ce que dans son coeur ou dans son imaginaire, une armoire à explorer et à faire découvrir ?

empty