• Traduire les oeuvres classiques de la littérature universelle est tout à la fois une nécessité pour le développement des langues et, dans bien des cas, un défi pour les traducteurs. Défi que Georges Mauvois réitère à présent avec Antigone de Sophocle, après avoir traduit et adapté en créole, Dom Juan de Molière.

    Opportunément, Georges Mauvois associe à la livraison d'Antigòn, celle de Arrivé d'Pari, nouveau titre de la pièce satirique écrite, il y a déjà quelques années sous la dénomination de Lisiyis sòti Pari, pièce de forte inspiration paysanne. Georges Mauvois prouve ainsi qu'il a bien compris que la traduction d'oeuvres du répertoire universel et création originale sont véritablement les deux mamelles d'une littérature créole en devenir.

  • Il y a quelques personnes aux Antilles dont l'itinéraire sort de l'ordinaire, qui ont, durant leur vie, défrayé la chronique, et sur lesquelles nous aimerions en savoir davantage. Georges Mauvois est de ceux-là.

    Ancien militant politique, ancien journaliste à « Justice », ancien haut fonctionnaire, ancien avocat, ancien candidat à diverses élections politiques, Georges Mauvois (né en 1922) est, sans doute de ceux dont on peut dire qu'avec eux disparaîtra une bibliothèque. Son expérience est longue. Il fait partie de ceux-là dont on voudrait entendre, de leur propre bouche, le récit de leur parcours et la façon dont ils voient la tranche du siècle qu'ils ont traversée.

    Voici que, précisément, Georges Mauvois décide de se raconter lui-même dans ce Monologue d'un Foyalais. Il le fait à sa manière - qui n'est pas ordinaire - avec une exceptionnelle liberté de ton. Et c'est, du même coup, le vécu de la société martiniquaise dans ces dernières décennies qu'il nous invite à regarder, avec ses yeux.

    Georges Mauvois est connu comme auteur de pièces de théâtre bilingues créole et français dont les plus connues -pour avoir été jouées -sont les comédies :

    Agénor Cacoul, Man Chomil, Misyé Molina, Nasse et Filbec Il a traduit en créole le Dom Juan de Molière et l'Antigone de Sophocle.

  • Gélius est une mangouste centenaire et philosophe et son disciple un homme d'une trentaine d'années, un peu étrange. Leur première rencontre a lieu à un arrêt de bus proche d'une petite localité de la Martinique, En Léonce. Ils dialoguent à l'aide d'un petit combiné durant quelques semaines et la visite d'En Léonce est l'occasion de raconter la vie des habitants du lieu mais également l'histoire de la Martinique. On découvre ainsi avec Joé chaque personnage dans son intimité, son évolution sociale, familiale, psychologique. Gélius est un témoin privilégié, introduit comme ces congénères en Martinique pour détruire les serpents, il doit fuir quand les hommes sont victimes de leur appétit débordant. Il traverse alors toute la Martinique et assiste à son évolution historique et sociale.


    Avec beaucoup d'humour parfois de tragique, Gélius nous raconte ses fresques dans son univers, mi-humain, mi-animal.


    Joé s'attache très rapidement à ce personnage hors du commun, mais un incident tragique mettra un terme à ces entretiens. Joé sombre dans la folie, passe un certain temps en hôpital psychiatrique. Une fois guéri, on lui propose d'intégrer l'équipe soignante d'un hôpital marseillais. Il revient en Martinique au bout de trente-cinq ans propriétaire d'une maison à En Léonce. Il y retrouve Gélius vieilli, et les descendants des habitants d'En Léonce pour de nouvelles histoires.

  • La mer entourant les colonies insulaires de la Caraïbe n'a jamais été une barrière et encore moins un obstacle insurmontable, mais au contraire une véritable voie vers les autres colonies. En 1833, alors que la France maintient l'esclavage, l'Angleterre l'abolit et cette dé­cision qui ouvre l'ère des abolitions européennes ultérieures pro­voque des évasions d'esclaves à partir des colonies françaises de la Guadeloupe et de la Martinique.

    Georges Bernard Mauvois (1949-2011), dans cet ouvrage qu'il n'a pas eu le temps de parfaire avant sa disparition, traite de cette question peu documentée par la recherche historique. Patiemment, il a traqué les traces archivistiques qui permettent de retrouver ces figures d'esclaves de la Martinique qui risquèrent leur vie pour re­joindre les colonies anglaises de Sainte-Lucie ou de la Dominique. Bravant les interdictions, les menaces et surmontant leurs peurs, ces hommes et ces femmes ont rejoint, par la mer, ces terres étrangères qui étaient, pour eux, promesse de liberté.

    Cette étude, bien qu'inachevée, est un document pour l'histoire car elle jette les bases pour de nouvelles recherches à venir. Sa publica­tion est aussi un hommage à un historien et érudit dont les travaux originaux ont toujours cherché à reconstruire un sujet esclave ou affranchi agissant pour établir ou défendre sa liberté.

    Honneur et respect.

  • La tradition orale créole se compose pour l'essentiel de contes, de proverbes - « dolos » en Guyane - et de « titim » (devinettes). Dans l'inventaire qui est fait depuis une vingtaine d'années de ces formes « oralittéraires » apparaît la préoccupation première de classer le matériau recueilli dans ces catégories, ce qui doit être fait, et le mieux possible. Mais cela doit-il empêcher de se demander si d'autres formes et d'autres contenus sont apparus, qui réclameraient un réexamen de la tradition et de ses significations ? Ou encore d'affiner la classification par le repérage de formes secondaires : il y a des contes fantastiques, et des contes réalistes, des récits à personnages humains, et d'autres à personnages animaux, des débuts de légendes, et des bribes de mythes.



    C'est ainsi que, constatant qu'un proverbe n'est, après tout, qu'un concentré de conte, et un conte un proverbe développé, Georges Mauvois a imaginé de donner sa version du sens d'une cinquantaine de proverbes créoles pour la plupart familiers, privilégiant toutefois l'univers paysan, par son choix préférentiel de récits à personnages animaux, sans oublier un soupçon de fantastique, « T'on Gilmane ». Ainsi se forme, par petites touches au fil des récits, une vision créole du monde antillo-guyanais.

empty