• L'époque où surgit la dynastie capétienne ne se confond pas avec « la naissance de la France ». Sans doute le royaume de Francie occidentale puis de France, qui embrasse alors la Catalogne au sud et la Flandre au nord, devient-il une entité politique qui ne se partage plus, mais le souverain continue explicitement de se dire « roi des Francs » plutôt que « roi de France ». Si la monarchie construit et élargit méthodiquement son domaine, le sentiment d'une unité française n'existe pas pour autant. Soucieux d'échapper à toute téléologie dynastique ou nationale, le propos tenu ici accorde une grande attention aux singularités régionales.
    Les siècles de la féodalité, longtemps décrits comme des siècles de fer, correspondent en réalité au moment du « décollage » européen.
    Dynamisme économique, expansion chrétienne et mutations sociales vont alors de pair, portés par l'affirmation d'un ordre seigneurial effaçant peu à peu les derniers vestiges de l'empire carolingien.
    Les acquis des recherches historiques des vingt dernières années ont profondément renouvelé la compréhension de ce long moment de transition. Ils conduisent à réexaminer des questions aussi fondamentales que le regroupement des populations et la « naissance du village », l'instauration de la seigneurie châtelaine, le rôle des réformes monastiques ou l'épanouissement de l'art roman et gothique.
    Ils amènent surtout à remettre en cause la thèse d'une « mutation féodale » rapide et brutale autour de l'an mil au profit d'une appréciation plus nuancée des évolutions.

  • Les chapitres : ils forment un récit, reprenant les grands thèmes et les chronologies (démographie, production, institutions, culture.).
    L'atelier de l'historien : le lecteur découvre la manière de travailler de l'historien. Cet atelier met en lumière les sources historiques et les débats d'historiens que la période a engendrés. Un atout majeur.
    Les annexes : indispensables pour comprendre le travail de l'historien, elles reprennent les repères chronologiques, les notices biographiques, la bibliographie par chapitre, la table des références iconographiques, les sources des textes, cartes et graphiques et l'index.

  • Le culte rendu aux saints, ces "morts très spéciaux", représente l'une des pratiques sociales et religieuses les plus singulières du Moyen Age. Au c?ur des récits hagiographiques qui leur sont consacrés figurent bien sûr les Vies de saints, dont le sens et les enjeux sont bien plus larges que la simple finalité liturgique ou cultuelle quelles mettent généralement en avant. D'autant plus que, jusqu'au XIIe siècle au moins, la biographie du saint et sa personnalité importent relativement peu tant le poids des modèles structure les récits. On ne saurait donc s'étonner de ce que la figure "historique" de Julien du Mans, dont la sainteté et le culte, de l'époque carolingienne à l'âge gothique, sont l'objet de cet ouvrage, demeure évanescente, pour ne pas dire insaisissable. Pourtant Julien finit par être considéré comme le premier évêque du Mans et un disciple des Apôtres, et par devenir le principal titulaire de l'église cathédrale et le patron du diocèse du Mans. L'intérêt de l'étude réside donc ici : dans l'ensemble des pratiques et des représentations que la fabrique légendaire met en jeu, à l'articulation de l'histoire de l'institution ecclésiale, de l'histoire culturelle et de l'histoire des pouvoirs. Pour mieux fonder la démonstration l'ouvrage propose également une édition scientifique des principaux textes hagiographiques et liturgiques concernant saint Julien.

  • Durant les longs siècles qui séparent l'effondrement de l'Empire romain de l'affirmation des " grandes monarchies d'Occident ", l'Eglise a représenté la principale institution sociale et politique. Dans ses textes fondateurs, le christianisme des origines se présente comme une religion sans limites ni points d'ancrage, une religion sans frontières, fondée avant tout sur les relations interpersonnelles et le charisme des détenteurs de l'autorité.
    La cité n'est pas sur terre mais au ciel. Historiquement, l'Eglise s'est pourtant peu à peu instituée sur des lieux et des territoires au point d'être définie au début du XIIIe siècle comme un nouvel Empire au sein duquel l'autorité du pape rayonne, Urbi et orbi, sur l'ensemble des provinces et des évêchés de la Chrétienté. Depuis le XIXe siècle, les historiens ont considéré que l'Eglise médiévale avait hérité et du même coup entraîné la conservation des formes territoriales de l'Empire romain.
    Dans ce cadre, l'évêque était implicitement considéré comme le successeur direct des anciens magistrats romains. Le pari de cet ouvrage est de considérer, au contraire, qu'en modifiant le sens, les usages et les formes de l'espace hérités de la Rome antique, les évolutions conjuguées de la société chrétienne et de l'institution ecclésiale ont en réalité produit un nouveau rapport à l'espace. Le pouvoir épiscopal apparaît dans cette perspective comme le creuset d'une nouvelle souveraineté fondée sur un rapport territorialisé au peuple des fidèles à travers l'exercice d'une juridiction et d'une fiscalité spécifiques : cette nouvelle souveraineté inventée entre le Xe et le XIIIe siècle, dans les siècles centraux du Moyen Age, inspira les Etats princiers ou monarchiques.
    S'intéresser à la manière dont les évêques du Moyen Age pensèrent et exercèrent leur emprise sur la société à travers l'espace, c'est à la fois renvoyer Rome à son antiquité, restaurer de la discontinuité dans l'histoire et réévaluer la matrice ecclésiale des formes modernes de la souveraineté territoriale.

  • Féodalité (888-1180)

    Florian Mazel

    • Belin
    • 3 Juin 2010

    La fin des Carolingiens, le morcellement de l'empire en principautés rivales, l'avènement progressif d'une nouvelle dynastie encore modeste, les Capétiens, la réforme grégorienne - affirmation de l'indépendance, voire de la supériorité de l'Église sur les princes de ce temps - l'explosion du monachisme occidental et le processus de féodalisation de la société : dans ce foisonnement et cette croissance, le livre de Florian Mazel trace des pistes et permet de comprendre cette société tellement lointaine et différente. De nombreux textes d'époque, traduits du latin ou de l'ancien français, permettent de se rendre compte de la floraison intellectuelle de ces siècles, pendant lesquels naissent la chevalerie, l'amour courtois et la scolastique.

  • Espace du diocese

    Florian Mazel

    Parmi les structures territoriales de l'europe médiévale et moderne, le diocèse est traditionnellement considéré comme la plus ancienne et la plus solide.
    On fait remonter son existence aux grands conciles de l'empire romain tardif, au cours desquels l'église a adopté, pour son organisation épiscopale, le cadre civil de la cité qui associait étroitement une ville et un territoire. le fait que dans de nombreuses régions la plupart des sièges épiscopaux soient bien les héritiers des cités tardo-antiques a contribué à enraciner cette conviction, relayée par la géographie historique depuis la fin du xixe siècle.
    Pourtant, comme entendent le montrer les études réunies dans cet ouvrage, une telle vision des choses repose sur une certaine illusion administrative et territoriale au sujet du diocèse médiéval. en reprenant à la source les questions de perception, d'appréhension et de construction de l'espace par les pouvoirs et les institutions, dans le temps long qui conduit de la fin de l'empire romain à la codification du droit ecclésiastique et à l'émergence des états territoriaux, elles conduisent à relativiser, voire à rejeter, l'idée de continuité territoriale entre l'antiquité tardive et le moyen âge central.
    Dans le même mouvement, elles envisagent d'autres voies susceptibles de mieux expliquer la complexité des rapports à l'espace dans la société médiévale et la genèse d'une territorialité ecclésiastique dont l'influence pèse sur l'ensemble de l'évolution sociale et politique de l'europe occidentale.

  • D'où l'on réalise que le temps des seigneurs, des chevaliers et des paysans est aussi le temps des moines et que l'Église est généralement aux commandes. Où l'on doit bien reconnaître que l'éléction d'Hugues Capet n'a pas fait la France et passa presque inaperçue... Voilà l'aventure à laquelle vous convie un preux chevalier que rien n'impressionne, et surtout pas les légendes noires ou dorées qui obscurcissent notre mythologie nationale des temps féodaux.

  • Aquae Sextiae, "les eaux de Sextius", Aquis, Aix, Aix-en-Provence, les noms de la ville disent son ancienneté et suggèrent ses transformations successives. Aujourd'hui en partie éclipsée dans l'imaginaire par la montagne qui en domine l'horizon, la Sainte-Victoire, érigée par la peinture de Paul Cézanne, l'enfant du pays, en icône de l'art moderne, la ville n'en a pas moins une histoire propre, longue et complexe, qui ne saurait se résumer au symbole culturel qu'elle est devenue dans la seconde moitié du XXe siècle. Idéalement placée dans la longue durée au carrefour de voies de circulation reliant l'Italie à la vallée du Rhône et au Languedoc, les Alpes à Marseille, la haute à la basse Provence, foyer de romanisation dans l'Antiquité, dont de spectaculaires fouilles archéologiques révèlent chaque jour un peu plus l'ampleur, Aix doit cependant son véritable essor à son érection en capitale de la Provence à partir de la fin du XIIe siècle. Ville royale aux horizons italiens sous le gouvernement des Angevins de Naples, elle voit ses fonctions de commandement régional renforcées par l'annexion au royaume de France à la fin du XVe siècle. Ville d'États et ville parlementaire par excellence, capitale judiciaire, intellectuelle et aristocratique, elle se pare alors des plus beaux atours de l'âge classique.

    La Révolution et l'essor de Marseille, la puissante voisine, au cours du XIXe siècle constituent un choc et un défi, que la ville relève d'abord avec lenteur puis, depuis l'après-guerre, avec plus de vigueur, au prix d'une profonde métamorphose urbaine, socio-économique et culturelle. C'est à emprunter ce parcours, qui associe étroitement les formes de la ville aux mutations de ses fonctions et aux renouvellements de sa société, qu'invite cet ouvrage richement illustré, le premier consacré à l'histoire d'Aix dans la longue durée depuis 1977.

  • La fondation de Cluny, le 11 septembre 910, par le duc Guillaume le Pieux et son épouse Engelberge, puis l'important rayonnement de ses abbés ouvrent un nouveau chapitre de l'histoire de l'Église et de la société en Occident. Les moines bénédictins étaient alors investis d'une véritable fonction sociale et toute étude du monachisme à l'époque féodale conduit à s'interroger de manière large sur l'organisation de la société et des pouvoirs, comme sur les productions matérielles et culturelles. En 2010, le XIe centenaire de la fondation de l'abbaye fut l'occasion d'explorer ces différentes dimensions, dans le cadre de plusieurs colloques, en redonnant toute sa place à l'institution ecclésiale dans la structuration de la société, au cours d'une ample séquence chronologique, depuis la fin de l'Empire carolingien jusqu'à la grande réforme de l'Église des XIe-XIIe siècles. L'ouvrage se déploie en trois volets. Une première partie est consacrée au monachisme comme facteur de transformations de l'Église sur son versant institutionnel, comme dans ses productions culturelles. La deuxième partie s'intéresse au rôle des moines dans l'émergence du monde féodal, aux dispositifs idéologiques et sociaux mis en forme par une institution monastique qui était à la fois une église et une seigneurie, à travers un tour d'horizon qui prend en considération les réalités régionales, de la Bourgogne jusqu'au Sud et à l'Ouest de l'ancienne Gaule. La troisième et dernière partie rend compte de la dimension monumentale que prit l'Église alors que se recomposaient les configurations spatiales et territoriales. Les contributions de ce volume permettent ainsi de rompre avec une histoire clunisienne longtemps aspirée par le seul « grand Cluny » des années 1000-1150 et de dépasser les apories des discussions sur le « tournant de l'an Mil » pour revenir à la chronologie longue du « premier âge féodal » de Marc Bloch.

  • Daniel Pichot et Florian Mazel, Avant-propos.
    Daniel Pichot, Prieurés et société dans l'Ouest, XIe-XIIIe siècle. Éléments d'historiographie et premier bilan d'une enquête.
    Sébastien Legros, Les prieurés de Château-Gontier et l'établissement d'une seigneurie châtelaine dans le comté d'Anjou (fin du Xe siècle-fin du XIe siècle).
    Jean-René Ladurée, Le prieuré de la Ramée dépendant de l'abbaye d'Évron : un prieuré rural exemplaire.
    Jérôme Beaumon, Implantation et expansion d'un réseau de prieurés à l'époque féodale : l'exemple des prieurés de l'abbaye Saint-Florent de Saumur dans le diocèse de Rennes et la seigneurie de Dol-Combourg (XIe-XIIIe siècle).
    Étienne Mathieu, La naissance des prieurés de l'abbaye féminine Saint-Georges de Rennes (1024-1047).
    Florian Mazel, Seigneurs, moines et chanoines : pouvoir local et enjeux ecclésiaux à Fougères à l'époque grégorienne (milieu XIe-milieu XIIe siècle).
    Florian Mazel et Armelle Le Huërou, Actes de l'abbaye de Marmoutier concernant le prieuré de la Trinité de Fougères, XIe-XIIe siècles : édition et traduction.
    Cécile Treffort, Moines, monastères et prieurés charentais au Moyen Âge. Quelques réflexions autour d'un projet collectif en cours.
    Laurent Ripart, Moines ou seigneurs : qui sont les fondateurs ? Le cas des prieurés bénédictins des Alpes occidentales (vers 1020-vers 1045).
    Philippe Racinet, Cluny et les autres : l'exemple des prieurés.




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