L'amourier

  • On pourrait croire ce récit inscrit dans la lignée des tragédies grecques : une unité de temps (une fin d'après-midi), une unité de lieu (une terrasse donnant sur la mer où sont réunies trois femmes ; une quatrième, Sara, étant hors champ), la « cité phocéenne » (Marseille) très présente, et, liés en un seul drame, l'amour et la politique butant sur une énigme dont Oreste, l'absent, est le centre. Cependant, changements de rythme et tresse narrative donnent une facture très contemporaine à un texte continûment tendu, lancé à contre-désastre, attentif à la fois à ne pas éluder le réel de la perte ni celui de « l'état du monde » mais aussi, et surtout, à ne pas céder sur son désir.

    «Ainsi, le texte va, vient, saute, reprend et ne cesse de déborder le récit qui trame sous lui son avenir, écrit Bernard Noël. Les coïncidences qui ponctuent ce monde immense y introduisent régu lièrement des élans, une sensualité, qui troublent une lecture que l'on voudrait raisonnable. Mais ne vaut-il pas mieux que le désir de lire soit soutenu par un appétit plutôt que par la raison ?»

  • Les poèmes (vers et petites proses) de la place du sujet sont des compositions d'après nature. Ils sont nés de la rencontre d'un lieu, et sont comme les empreintes, en moi sans doute d'abord laissées, mais ensuite recomposées, en poèmes, et donc à autrui adressées, par le surgissement d'une silhouette ou d'un événement... C'est presque nécessairement que s'y posa la question de la place du sujet, tant il vrai que plus s'éprouvaient la tension d'une distance, la nécessité d'une objectivation afin d'approcher poétiquement un fragment du réel, telle figure ou telle scène, plus l'empathie s'y révélait également agissante. Dans un même mouvement toutefois (d'une façon presque cubique) cette question présentait sa face grammaticale, car ces poèmes ne sont pas des tableaux "peints sur le motif", et le plus "descriptif" d'entre eux fut encore bien sûr, et avant tout, un imprévisible événement de langage.
    Contrairement à ce que pourraient laisser croire les lignes qui précèdent et la citation de Georges Braque qui ouvre ces Carnets du Panier, ce n'est pas aux peintres mais à l'incroyable liberté d'expression offerte par les poètes du siècle dernier que je pensais en poursuivant l'écriture de ces textes; et tout en saluant d'un timide clin d'oeil les ardoises de Reverdy, je songeais à l'espace ouvert par les poèmes en prose de Baudelaire, - même si rien bien sûr ne rapproche du Spleen de Paris ces petits poèmes provinciaux, nés de l'énigmatique cristallisation de tendresse et de violence, très humaine, du plus vieux quartier de Marseille.
    Les photographies de Giney Ayme qui accompagnent ces poèmes tentent avec eux un dialogue que nous avons voulu à la fois simple et singulier, dialogue à la fois de sens et de forme, le plus libre possible (donc travaillé), piégé ni dans l'illustration ni dans le contre-pied. Si elles disent elles aussi, avec les moyens propres bien sûr à l'art photographique, quelque chose du quartier du Panier, c'est en jouant, en rendant possible le jeu, c'est-à-dire d'une manière sans doute très subjective mais sans coller à leur sujet.
    Florence Pazzottu

  • Petite

    Florence Pazzottu

    Ces quarante-quatre "petites", écrites en marchant, sont des cristaux d'enfance vive saisis dans la langue. Elles se pressent. S'effleurent. Font la ronde. "Petite", 44 fois le mot lance et relance la parole de Florence Pazzottu.
    "Petite", c'est un mot de passe. Le sésame du temps illimité d'une enfance moins retrouvée que maintenue et qui soudain se cristallise en 44 textes courts. Précipités d'émotions, de sensations et de pensées, transparents jusqu'à l'incandescence.

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