• Qui n'a pas vu des gens mourir sur les routes martelés par une main invisible ne peut comprendre ce que représente, ce qu'est la mort d'un pays, pas plus que celui qui n'a pas senti son propre corps inexistant, inemployé, injustifié, insignifiant, indésirable, inassouvi, sa fameuse force motrice interrompue, rompue, coupée du feu intestin de l'émotion.

    S'il y a un héros dans ce livre apparemment sans personnage, c'est sans doute le langage, les mots, dont on exalte ici le pouvoir, capables qu'ils sont de "brûler la langue à jamais". Et plus précisément la langue grecque, dont on voit défiler, comme dans un fleuve en crue, des débris arrachés à toute son histoire, à tous ses registres - sans que l'on sache s'il s'agit là, comme l'annonce le texte, d'un ultime feu d'artifice avant sa disparition, ou au contraire, d'une démonstration de richesse et de vie renouvelées.
    M. Volkovitch

  • Qui est-il ? Moi je ne sais rien de lui. Il a un logement ? Il a des parents ? Je l'ai interrogé mais aux mêmes questions il donne des réponses différentes. Il a des parents et il n'en a pas. Il habite chez eux et n'y habite pas. Il dit tantôt qu'il n'a que sa mère, tantôt qu'il a ses deux parents. Il dit tantôt que son père est mort brusquement, tantôt que quelqu'un l'a tué. Quand il sort il dit qu'il va chez ses parents. Tu le crois ? Quand il parle de ses parents, est-ce qu'il parle de nous ? Quand il parle de chez lui, est-ce qu'il veut dire chez nous ? Alors, quand il sort d'ici, où va-t-il ?

  • Et comment je peux m'en sortir, mère, je serai toute ma vie dans le landau, qu'est-ce que tu crois, c'est là que je retournerai, pour me terrer, me cacher, oublier, je le préfère au reste du monde, mon landau, mais je le sais, mère, ce n'est pas une vie, il faut que je parte, que je fasse quelque chose pour partir... de mon landau... avec le landau...

  • Homériade est l'épopée du non retour, du combat contre la nostalgie comme nécessité vitale de l'existence. Détournant le sens homérique de nostos, destination ultime de l'aventure humaine, Dimìtris Dimitriàdis montre le retour telle une contre-destination et son désir telle une machine de désastre.

  • Agamemnon, Clytemnestre, Egisthe, Cassandre, Electre, Iphigénie, Oreste, Chrysothémis. Ils dormaient. Ils se réveillent et entrent en scène, un par un. Ils vont devoir rejouer leur histoire une fois de plus, et de surcroit au théâtre. En ce début du XXIe siècle, devant nos yeux abreuvés de la violence quotidienne de notre monde, quelle attitude adopteront-ils ? Forceront-ils leur destin qui les condamne à tout revivre indéfiniment ? Inventeront-ils de nouvelles luttes, certes sanglantes et non conformes à la légende officielle, mais où s'exerceront leur volonté, leur choix ? Comme un écho aux luttes contemporaines.

  • Pour la première fois, Dimìtris Dimitriàdis se confie, dans deux textes directement rédigés en français, sur son expérience de l'écriture dramatique. Il le fait dans une langue simple, directe, d'autant plus mystérieuse qu'elle ne prétend pas résoudre des problèmes, dicter des règles ou des devoirs, mais décrire l'étrangeté, littéralement exorbitante et excentrique, d'un point de vue radical : l'écriture dramatique est ce qui permet à l'auteur - fugitivement, illusoirement - d'échapper à son non-être constitutif, mais aussi ce qui ouvre l' « humanité » à la contemplation paradoxale, aveuglante et toujours à reprendre, de sa propre énigme - et donc, à la nécessaire destruction des noms et des figures historiques qu'elle ne cesse de se donner.

    Ouvrage publié en collaboration avec l'Odéon - Théâtre de l'Europe.

  • Ce livre comprend deux pièces autour de figures mythiques du cinéma :

    - Insenso, monologue de femme inspirée par le film Senso de Visconti, traduit du grec par Constantin Bobas et Robert Davreu ;
    Présentation de Constantin Bobas et Robert Davreu ;

    - Stroheim, pièce à trois personnages mettant en présence Erich von Stroheim à la fin de sa vie entourée de sa compagne, Denise, et de Norma Desmond, traduit du grec par Dimitra Kondylaki et Christophe Pellet ;
    Présentation de Chritophe Pellet.

    Un texte de Dimitra Kondylaki, intitulé L'Utopie de l'union, sur Insenso et l'écriture de Dimitris Dimitriadis termine le volume.

    Les traductions ont été réalisées avec le soutien de L'Atelier européen de la traduction, scène nationale d'Orléans, et de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale à Montpellier, dans le cadre du programme "Dimitris Dimitriadis 2009-2010" de l'Odéon-Théâtre de l'Europe.

    Insenso. Emportée par le souffle d'une voix multiple, la comtesse Livia Serpieri (celle du film « Senso » de Visconti) n'est qu'amour pour le sous-officier Franz Mahler qui vient d'être exécuté sur sa propre dénonciation. Ce qui l'anime est la passion, celle qui espère la fusion impossible des corps, et conduit à la consumation des âmes jusqu'à la folie, hors de tout autre considération.

    Stroheim. Retiré avec sa compagne Denise, Erich von Stroheim voit survenir Norma Desmond, l'héroïne du film « Sunset boulevard » de Billy Wilder dans lequel il jouait. Comme une vision impossible, inaccessible au temps, le personnage parle, évoque le passé et l'avenir, mais aussi la comédienne qui l'interprétait. Et du personnage à l'actrice, de la vie du réalisateur-acteur à la scène du théâtre, du monde des vivants et à celui des morts, se dessine l'abyme envoûtant de notre présence au monde.

    Centrés sur des figures emblématiques du cinéma, ces deux textes interrogent le rapport au réel. Dimitris Dimitriadis travaille le rythme de l'écriture - ce dont témoigne la graphie - de façon à rendre perceptible les mouvements souterrains des êtres : monologue à multiples registres pour Insenso, sorte de dialogue syncopé à trois personnages pour Stroheim.

  • Nouvelle édition revue et corrigée par Olivier Goetz en 2009.

    Panique‚ terreur‚ agonie‚ épouvante. Je veux pousser le cerveau jusqu'à ce point. Qu'il ne puisse pas aller au-delà. Qu'il vienne cogner sur sa propre paroi. Qu'il tourne en rond dans le cercle de ses limites. Qu'il se noie‚ qu'il devienne fou en découvrant qu'il ne peut plus avancer. Quelle est l'action finale‚ le dernier instant ? Vouloir voir et ne pas pouvoir. Vouloir comprendre‚ y être presque‚ et que ça te soit interdit.

  • Les Catalogues constituent l'une des oeuvres majeures de l'écrivain grec Dimitris Dimitriadis dont l'écriture travaillée et précise porte une radicalité expressive peu commune. Il s'agit d'une suite poétique sur laquelle il a travaillé durant plusieurs années. La préparation de l'édition de ces quatre premiers Catalogues n'est pas étrangère aux diverses activités qui ont engagé l'auteur en France en 2009-2010 : l'Odéon-Théâtre de l'Europe a ainsi offert à son public l'occasion de découvrir ce grand dramaturge européen de notre temps. Deux créations, un accueil, mais aussi des lectures, des tables rondes, le soutien à un projet global de traduction d'oeuvres inédites, coordonné par l'Atelier européen de la Traduction et la Maison Antoine Vitez, n'ont pas été de trop pour faire entendre cette voix si particulière, plus de quarante ans après la création du Prix de la révolte au marché noir par Patrice Chéreau.

  • La pièce de Dimìtris Dimitriàdis déploie sur la scène du théâtre - le nôtre bien sûr, celui de nos desseins les plus noirs, les plus extravagants et les plus romanesques -, un arc-en-ciel terrorisant et grotesque.
    Ils sont onze, installés dans des situations tout à fait banales, des histoires d'amour fou, de couple, d'adultère, mus par des sentiments communs et extrêmes, passion, désespoir, vengeance, trahison. Des êtres en quête d'absolu. La Ronde du carré raconte ce qui ne se dit pas, ne se fait pas. La sortie de la raison pour le cercle sans fin de la folie et de l'imaginaire. Mythique et humain.

  • Avec pour toile de fonds la création contemporaine, ce livre pose la question des liens entre l'érection et la vision du monde. L'érection est comprise ici comme une manifestation première du désir, de la joie, de la fertilité ; comme un évènement sacré, une conquête et une fierté, y compris d'un pays tout entier.
    L'inspiration est venue de Dimitris Dimitriadis et de son texte prémonitoire : Je meurs comme un pays (1978) : l'auteur y dépeint un pays où les femmes ne conçoivent plus d'enfants, où les soldats déposent les armes et désertent, un pays en involution dans lequel même la langue se meurt. À partir de ce texte, nous proposons un retournement de paradigme, et nous envisageons l'érection comme une antithèse à la mort. Le rôle symbolique, dans notre avenir européen et au-delà, du désir, de l'élan vers l'autre et de l'érection est discuté de divers points de vue : psychologique et politique, artistique et architectural, poétique et symbolique, mythologique et philosophique. L'ensemble des textes émane de la conférence du 22 novembre 2013, intitulée : Je bande comme un pays.
    En deuxième partie, Lycaon, une apologie du désir, est un texte inédit de Dimitris Dimitriadis. L'homme, voué à l'alternance insurmontable de la potentia et de l'impotentia, de la position debout et de la position couchée, se devait de trouver une manière de détourner la « petite mort » par une érection durable et visible. L'architecture aura été, de tout temps, l'une des grandes consolatrices de la détumescence et de la mort. L'architecture est une incarnation de la puissance, de la dignité, des visions qu'une ville, voire un pays, ont d'eux-mêmes. L'« érection » de gratte-ciels et autres bâtiments d'envergure, monuments, stèles, pyramides, menhirs ou totems... signe la puissance des hommes dément leur « débandade ». Mais l'architecture n'est, de loin, pas la seule consolatrice : quand Dimitris Dimitriadis dit « on est prêt à éjaculer. Donc à créer ». Toute création se réalise comme substitut de jouissances autres, l'érection chez l'homme, d'autres jouissances chez les femmes. Les artistes femmes parlent d'ailleurs elles aussi d'orgasmes créatifs, d'accouchements - et parfois d'éjaculations.

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