• Le neuvième jour

    Christiane Baroche

    • Rhubarbe
    • 15 Juillet 2010

    En deux mots ? Une nouvelle Der des der a anéanti toute l'humanité. Seul un vieux misanthrope a survécu, avec ses chèvres et sa chienne, quelque part sur le causse. Et puis aussi une chercheuse en biologie, qui a pillé les stocks des supermarchés abandonnés de sa ville pour survivre. Fatalement, ces deux-là vont se rencontrer sous le regard d'entomologiste de dieux tout frétillants. Mais si, pour une fois, les hommes usaient de leur libre-arbitre ? S'ils décidaient de ne pas recommencer toute l'histoire ? Un conte philosophique impertinent.

  • Jubilatoire et réjouissant, le nouveau livre de la très charmeuse et très romantique Christiane Baroche, est un impressionniste panorama de la perversité féminine. Dans l'esprit de ses précédents succès, les textes le composant sont autant liés à la nouvelle qu'à la chronique. Double genre et double sens pour des histoires édifiantes, libertines, impertinentes et drôles. Comme la vie, entre absence et présence trouble. Comme l'amour, entre désir et angoisse. Comme la vie donc... à fleur de mystère et d'existentialisme. Une suite iconoclaste qui rompt avec la litanie des textes convenus.

  • Jaime Clerg hérite de sa tante Adeline, veuve endiablée, férue de gitans et de chevaux, un mas en Provence : La Mérindole. Durant vingt ans, Clerg a construit des routes et des ponts ; arpentant le monde sans se fixer nulle part, grâce à cet héritage, il va pouvoir vivre à La Mérindole et cultiver des orchidées. Pour les gens du coin, Jaime représente tout à coup un divertissement neuf et savoureux. S'emploie à le découvrir toute une ville en bordure de Camargue, et les chroniques de cette "guerre" souterraine menée par un notaire intrigant sont tenues par deux vieilles femmes, Louise et Marthe, orchestrées par Colineau, brigadier de gendarmerie. Une autre femme, encore, Elodie Fabre, héritière de la propriété voisine et médecin des quartiers pauvres, est partie prenante de ce tourbillon. Deux scènes, en particulier, donnent le ton : celle où l'on découvre Adeline morte entre deux chevaux, un bras sur chacun, presque en croix. Ce sont les gitans qui l'ont trouvée. L'autre scène, fellinienne : la mort de José Rojas, le vieux {cantaor} flamenco, qui veut rendre le dernier souffle devant la mer. On charge son lit dans la Dodge de Jaime, et une procession de gens parés pour une fête l'accompagnent au son des guitares. C'est Elodie, le médecin, qui, alors que le mourant lui embrasse les seins, d'une pression sur la gorge, arrête sa vie. La véritable rencontre d'Elodie Fabre et de Jaime Clerg a lieu en ce moment extrême...

  • Dans la famille d'Héloïse Destrade, ce sont tous des originaux : au village, on les trouve plus amusants que la télévision. Le père, déconcertant, égoïste, douillet. Hélène, la mère, une émotive de sang froid que les mauvaises manières de sa fille font jubiler. Le frère, le petit Riton, qui adore les bonbons. Enfin, et surtout le grand-père, Papidou : il aime tant Héloïse, trop éveillée et trop lucide. Un vrai couple, ces deux-là ! Héloïse grandit, elle apprend à vivre, à souffrir, les garçons la couvrent de baisers, les parents changent, se disputent. Heureusement qu'il y a Papidou : il veut qu'Héloïse soit heureuse. A son tour, elle deviendra mère et épouse... Une histoire d'amour belle et joyeuse entre un "vieux sapajou" de grand-père et une petite fille qui grandit sous nos yeux.

  • Orsenne, une petite ville du sud entre fleuve, mer et marais, avec ses notables, ses scandales et ses hypocrisies. Deux familles, deux amies, complices de plus de 70 ans, Adèle et Judith, qui barattent leurs souvenirs. Judith, la brune, la passionnée, blessée à mort de ne pas avoir été aimée par son père qui n'a de goût que pour les garçons. A quinze ans elle découvre l'allégresse du corps grâce aux cousins Esposito, François et Bernard...comme son père "des hommes à hommes". Adèle, trop belle, trop blonde, idolâtrée par sa mère, détestée par son père et son frère, Jean. Déshéritée à la mort de son père, elle atterrit chez Louise qui tient le bordel de luxe d'Orsenne. Ensuite, le temps tragique de la Seconde Guerre mondiale : Jean, le frère d'Adèle, est chef de maquis ; Judith le retrouve, devient l'un de ses lieutenants et ils s'aimeront. De son côté, Adèle cajole les officiers allemands chez Louise, ce qui lui permet de renseigner le réseau, de retrouver Jean et de se réconcilier avec lui. Mais bientôt, Jean est torturé, fusillé sur la place du village. Judith prend sa succession, devient un lac de fiel, la mort de Jean a tué toute pitié en elle. Et voici venir, avec la fin de la guerre, le temps des dénonciations et des règlements de comptes...

  • « C'est une chose que de connaître d'instinct l'origine de soi, une autre que de l'exprimer, avec les mots et l'émotion qu'il faut. Mon grand-père - car le Boudou, c'est lui - est mort en 1943. Il a fallu presque effacer quarante-six ans d'existence pour me revoir tout à coup devant lui, puis devant ma mère, dans le dégoût de ces sentiments trop humains qui vous agitent quand la maladie dure. La mort, l'idée de la mort, n'est pas lourde à porter en ce qui me regarde. Mais celle du Boudou, celle de ma mère vingt-cinq ans plus tard, furent de sacrés fardeaux dont je n'avais pu délester mes épaules. Encore une fois, le Boudou n'est pas autre chose que cet affrontement sans douceur. En l'écrivant, j'ai senti qu'on était enfin au coeur du problème : ça passe ou ça casse. C'est passé. Requiescant in pace... »

  • On est loin des " petits bonheurs " de l'adolescence. Héloïse, pour la suite de ses aventures, se retrouve avec trois enfants : Emilie la romantique, Julien le tourmenté et Coralie, un vrai petit chameau à dresser dans l'heure ! Bien sûr, son mari Hans est là... quand il n'est pas en mer. Alors, puisque Papidou et Camille - les aïeux -, Hélène et André - les grands-parents - sont morts, il faut bien faire avec ce qu'on a sous la main pour élever cette jeunesse ! Se pointent donc Aimée, la vieille copine d'école, Harmonie et Julie, de vieilles tantes tout à fait indignes, avec de sacrés tempéraments. Harmonie tire les cartes à ses amies, Julie raffole des hommes sans jamais les épouser, s'amène aussi Rosalie Necker, de l'Assistance publique, une rude bonne femme aux manières plutôt coriaces... Et pendant ce temps, Héloïse vieillit, se souvient, emmène sa tribu d'enfants et de neveux - car son frère Riton a fait souche, comme elle - assister au naufrage du vieux Mas des Vignes dans le lac de retenue du nouveau barrage. Et les enfants grandissent à leur tour, découvrent le monde extérieur qui n'est pas toujours rose, et la vie passe...

  • Christiane Baroche est née à Paris en 1935. Après une carrière scientifique, elle donne cours à une vieille passion : l'écriture. En 1975, elle publie son premier recueil de nouvelles, Les feux du large, suivi de nombreux autres ouvrages. Si Christiane Baroche excelle dans les textes courts, elle a également publié des romans dont L'Hiver de Beauté (Gallimard, 1987), Les Ports du silence (Grasset, 1992), La Rage au bois dormant (Grasset, 1995) et Les petits bonheurs d'Héloïse (Grasset, 1997). Frédéric Donnavent arpente sa vie sans joie, se hasarde dans l'existence, sans appétit, et ne s'évertue que dans le danger. Il est pilote d'essai, avec l'espoir de ne pas survivre aux "voiles noirs". Il en émerge toujours, avec un étonnement douloureux. Bientôt, ces vols-limite lui sont refusés, il a vieilli, comme tout le monde. Il accepte de prendre en main le domaine familial mais se lasse vite d'attendre que le raisin mûrisse... Au cours d'un séjour à Mexico, la terre tremble, tue, ruine la ville. On est en 1986. Et soudain Frédéric s'anime, organise des secours, se collette avec la mort des autres, comprend enfin : risquer sa peau permet d'en découvrir le prix ! Seulement la terre ne tremble pas tous les jours... Pendant ce temps, la routine viticole continue, en particulier pour les femmes Donnavent, Elena, Moira, Angélique, pour Elise, qui raconte, et pour Jo que le désir "greffe" sur Angélique. Elles aiment jouir de tout, y compris des hommes. Comment vont s'entendre des natures aussi dissemblables ? C'est la trame de l'Homme de Cendre, la vieille histoire de Jean qui rit - Jean qui pleure... et cette fois, le rire est du côté des femmes.

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