• Publié en Espagne en 2004, Cecilia est une parenthèse heureuse dans l'oeuvre sombre et visionnaire d'Antonio Gamoneda : une sorte d'art d'être grand-père qui nous vaut trente poèmes d'une clarté et d'une transparence qui n'excluent ni le mystère ni l'angoisse. Chant à la vie à travers le sentiment aigu de sa perte, chant d'amour à ce qui nous abandonne irrémédiablement, ce livre - traduit par Jacques Ancet et publié en édition bilingue -, est le parfait contrepoint au désespoir éblouissant de Clarté sans repos qui paraît simultanément aux Éditions Arfuyen.

  • Le Codex de Dioscoride (Ier siècle apr. J.-C.) est l'un des livres de botanique et de médecine le plus lus, commentés et traduits au XVIe siècle. Il en existe de nombreuses versions, en français comme dans beaucoup de langues européennes. La traduction espagnole fut publiée en 1655 par le botaniste Andrés de Laguna, castillan, aventurier et humaniste, mais surtout écrivain au style somptueux.
    Antonio Gamoneda a sélectionné des extraits du VIe livre de ce Codex, «Sur les poisons mortifères et les bêtes sauvages qui crachent le venin», ainsi que les notes et commentaires de Laguna. Conscient que le temps a transformé le langage scientifique de l'époque en une matière et une langue poétiques, il procède à la corruption de ces textes en les passant au tamis d'une sensibilité actuelle. Mais il va plus loin : il ajoute ses propres commentaires qui s'enflent en des récits de plus en plus imaginaires, où apparaît chaque fois le personnage mythique de Cratévas, médecin de Mithridate, qui se livre à des expériences sur les poisons, sur la cruauté, la douleur et le pouvoir.
    Il s'agit donc d'une polyphonie où l'on entend les voix de Dioscoride, de Laguna commentant celui-ci, et enfin de Gamoneda lui-même, dans une traduction en français moderne influencée par la langue des traducteurs lyonnais de Dioscoride au XVIe siècle.

  • Dis-moi, que vois-tu dans l'armoire horrible et dans la vaisselle des pleurs : c'est quoi ? Quand tu contemples la mélancolie dans les pharmacies et que, sur les murs, les accusations déjà sont écrites, qui es-tu à la fin, pourquoi te taire ? Face aux animaux et face au silence, plonge tes mains dans l'eau, tes mains griffées d'aubépines. Ne pleure pas ; dis-moi quels sont ces noms qui vivent dans ton coeur.

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