• Rosalie Jullien, née le 9?septembre 1745 dans une famille de la bourgeoisie marchande, est une femme de culture et de convictions. Épouse d'un député de la Drôme à la Convention, Marc-Antoine Jullien, elle observe, s'informe, lit et écrit des lettres si nombreuses, élégantes et longues qu'elles finissent par constituer un journal de la Révolution française. Femme des Lumières, inspirée par le souffle révolutionnaire, elle ose cette phrase, le 10?août 1792, jour de la prise des Tuileries par les Parisiens?: «?Jour de sang, jour de carnage, et pourtant jour de victoire qui est arrosé de nos larmes. Écoutez et frémissez.?» Témoin, auteure et citoyenne engagée, elle constate que «?l'exaspération est un des plus énormes péchés dans la Révolution. Fougue n'est pas force. Il faut de la sagesse, puis de la sagesse, et encore de la sagesse?» et forme le voeu, le 1er?janvier 1800, «?que le XIXe?siècle répare les crimes et les sottises du XVIIIe.?»

  • " Fermer l'abîme des révolutions. " Cette formule employée en 1820 dans un discours visant à rétablir la censure de la presse révèle le traumatisme engendré par le souvenir de la Révolution française au sein de l'élite de la Restauration. Mais peut-on, en décrétant une sorte d'amnésie d'Etat, annuler l'histoire d'un peuple en oblitérant un passé qui déplaît tant ? A l'inverse, notre époque est saisie d'une passion mémorielle s'accompagnant souvent du désir de juger le passé à l'aune des préoccupations du présent, ce qui ne simplifie pas le travail de l'historien. Loin de ces deux extrêmes, ce livre entend reprendre l'étude de l'impact des guerres révolutionnaires dans la construction des mythologies nationales qui fonctionnent comme autant de marqueurs identitaires. Les auteurs des contributions réunies dans ce volume sont des spécialistes reconnus, d'horizons géographiques et culturels variés qui, par l'examen de sources de nature différente (gravures et cinéma, presse, documents privés ou institutionnels, histoire du théâtre et histoire des représentations religieuses...), tentent de comprendre l'inscription des événements dans la mémoire nationale. La violence, destructrice ou régénératrice, est présente par essence dans les nombreux soulèvements qui ont émaillé l'histoire des XIXe et XXe siècles depuis 1789. Les révolutions françaises, de 1789 à 1848, et les éclats de mémoire projetés à travers le monde par le cinéma occupent une part importante de ce livre, dans lequel on trouvera aussi des réflexions sur la Chine et l'Allemagne des années 1920 et 1930, ou encore sur l'Etat d'Israël, en quête de référents dans les récits de guerres incessantes qui l'opposent à ses voisins arabes.

  • Comment celle que son beau-père Louis XV avait affectueusement surnommée "la petite rousse" à son arrivée à Versailles en 1770 est-elle devenue "la rousse royale" sur une caricature diffusée en juin 1791 (fuite à Varennes) ? Est-ce en raison de moeurs, réelles ou fantasmées, puisqu'on traite successivement de "catin", "tribade", "Messaline moderne" une femme qui ne pouvait être qu'une "Nouvelle Médicis", donc, à la fin, une "créature de l'Enfer" ? La légende noire de Marie-Antoinette est fondée sur des raisons politiques, car elle personnifiait un choix diplomatique honni, le traité d'alliance avec l'Autriche de Marie-Thérèse, signé en 1756, lorsqu'elle n'avait qu'un an. Elle est donc une "garce autrichienne, fléau et sangsue des Français", dont on observe sans se lasser tous les faits et gestes. Les critiques les plus virulentes portent sur son appétence pour l'argent, elle devient vite la "Poulle d'Autry/uche" qui dit, sur une autre caricature, « Je digère l'argent avec facilité/ Mais la Constitution je ne puis l'avaler ». La déroute finale de la monarchie et la Révolution française auraient-elles été causées par "Louis le traitre et sa putain", "Madame Déficit", "Madame veto" ? L'opinion publique a joué un rôle crucial dans le déclenchement et le déroulement de la Révolution française, les attaques contre la reine y occupant une place de choix. Elle-même n'est pas dupe puisque, dans une lettre à son frère Léopold, elle écrit qu'elle a perdu la guerre d'opinions qui lui est faite...

  • Qu'elle est donc jeune, belle et enjouée l'archiduchesse d'Autriche, Maria-Antonia de Habsbourg-Lorraine, qui arrive à Versailles en 1770 épouser Louis-Auguste, duc de Berry, dauphin de France et devenir, au décès de Louis XV en 1774, reine de la plus brillante monarchie d'Europe. Ravie d'échapper aux pesanteurs de Vienne et au regard soupçonneux de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, la jeune fille ensorcelle la cour de Versailles, privée de reine depuis le décès de Marie Leszczynska en 1768. Amoureuse de la mode, coquette autant que séductrice, passionnée par les arts et les jeux, elle fascine par son élégance et son audace, qui fait jaser autant que ses coiffures sont hautes ! Au XVIIIe siècle naît un "style Versailles", qui est un style Marie-Antoinette aux yeux de toute l'Europe. Pourtant, elle n'oublie pas de jouer son rôle de reine, se rend dans les hôpitaux auprès des pauvres - et va même jusqu'à adopter et soigner l'éducation de plusieurs d'entre eux. Son goût pour les bijoux a crédibilisé le piège organisé par une aventurière au nom de l'un de ses soupirants, le cardinal de Rohan et, lorsque le scandale de l'affaire dite du « collier de la reine » éclate, elle trouve refuge dans son cher petit Trianon, ouvert aux seuls intimes, met des rubans au cou de moutons bien propres venus de la Bergerie royale de Rambouillet, lit Rousseau et joue du Beaumarchais au théâtre sans se soucier des remontrances de son royal mari ni mesurer la puissance des critiques formulées dans ces oeuvres. Chassée de Versailles en octobre 1789, elle devient grave aux Tuileries, tente d'arrêter le cours de l'Histoire en aidant la contre-révolution avant d'être recluse au Temple et guillotinée le 16 octobre 1793.


  • a l'aube du siècle des lumières, bernard de montfaucon, bénédictin de st-maur et érudit, écrit dans le prospectus d'annonce de son antiquité expliquée et représentée en figures (1716): "souvent ces estampes nous apprennent bien des particularités que les historiens ne disent pas".
    près de trois siècles plus tard, l'histoire continue d'entretenir avec les images des rapports ambigus. en effet, lorsqu'elle s'est constituée, à la fin du xixe siècle, comme une science, en élaborant des méthodes de travail et de critique des sources archivistiques, elle a privilégié l'écrit en abandonnant les données visuelles aux historiens de l'art ou aux esthéticiens. pourtant, les images sont multiformes (peinture, dessin et gravure, mais aussi sculpture, architecture et numismatique par exemple) ; elles peuvent être étudiées sous différents points de vue et révéler les significations les plus diverses.
    l'image, objet concret, contribue à forger des imaginaires mentaux, dont la connaissance et la compréhension sont essentielles pour le travail de l'historien. les enseignants de tous niveaux sont censés réserver une place importante aux documents, iconographiques en particulier, dans l'élaboration de leurs cours. ce manuel réfléchit sur l'histoire des images, et donne des clés d'analyse scientifique, en proposant l'étude de plusieurs dossiers thématiques.


  • À quel moment un événement historique peut-il être perçu comme étant un fait d'humour ? Lorsqu'il surgit ? Lorsqu'il est raconté ? Dans des correspondances privées ou des écrits institutionnels ?

  • L'histoire de la famille de Louis XVI et de son épouse Marie-Antoinette d'Autriche. Entre 1770 et 1793, leurs vies passent du rêve à la tragédie, de leurs 4 enfants, seule leur fille Madame Royale connaîtra une vie longue.

  • En 1792, l'abbé Charles-François de Lubersac de Livron, imaginant les dernières heures de Louis XVI, prisonnier au Temple, écrit " nuit et jour, la meule de Jacques Clément tourne sans cesse pour aiguiser les poignards du régicide ".
    Anticipation de l'exécution du 21 janvier 1793, la vision de Lubersac, comme celle de nombreux autres pamphlétaires ou caricaturistes de l'époque, rattache explicitement le destin d'Henri III, le dernier des rois Valois, assassiné par le moine ligueur Jacques Clément le 1er août 1589, à celui de Louis XVI, jugé, condamné à mort et guillotiné place de la Révolution. De fait, à ces deux époques troublées, fin du XVIe siècle, fin du XVIIIe siècle, l'image du roi, et à travers elle la légitimité du pouvoir, sont profondément remises en cause.
    A partir d'un commentaire minutieux des documents les plus importants, de leurs codes visuels, des liens qu'on observe entre eux, Annie Duprat démonte les mécanismes de la calomnie et de la rumeur, passe en revue les multiples registres de la propagande anti-royale : accusations de sacrilège, de dépravation, de bestialité, etc. Elle nous explique comment la "crise de la représentation monarchique" a contribué à la désacralisation du pouvoir, à la formation d'une opinion publique autonome, et, plus directement, à la mise à mort de deux rois, Henri III et Louis XVI.

  • « Catin », « créature de l'enfer », « garce autrichienne » : les injurescontre Marie-Antoinette ont fleuri durant ses dix-neuf années passéesà Versailles. La violence des caricatures, des pamphlets etdes chansons de l'époque semble à peine croyable aujourd'hui.Fille de Marie-Thérèse d'Autriche, mariée en 1770 pour des raisonspolitiques au futur Louis XVI, la reine est considérée comme« le fléau et la sangsue des Français ». Elle est guillotinée le16 octobre 1793 sous les vivats du peuple en Révolution et, depuislors, sa mémoire oscille entre haine et dévotion, de l'étrangèreintrigante pour la France républicaine du XIXe siècle à la figurede jeune femme coquette et incomprise qu'elle incarne de nos jours.S'appuyant sur une riche iconographie, l'historienne Annie Dupratdémêle les représentations contrastées de la postérité deMarie-Antoinette, devenue malgré elle « la Lady Di du XVIIIe siècle ».

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