• Messaouda

    Abdelhak Serhane

    Prostituée, initiatrice, sorcière, Messaouda est un personnage de légende. Elle fait l'unanimité des désirs, et chacun la vénère comme une sainte. Dans un monde hanté par ses terreurs, elle incarne la liberté et la vie. Après sa mort, Driss répudiera son épouse, abandonnera ses enfants, s'en ira à la recherche de sexes pubères ou incrédules. Il ne tardera pas à trouver des matrices ouvertes à ses obsessions. Quant à son fils - le narrateur -, il apprendra l'atroce vérité sur la médiocrité de son père qui fut mêlé aux événements sanglants de la colonisation.

    L'extraordinaire violence de ce récit jaillit des souvenirs, des rêves et des fantasmes d'un jeune Maghrébin. Messaouda dit l'angoisse terrible d'une solitude, parmi d'autres solitudes. C'est le roman d'un peuple oublié, tapi à l'ombre d'une histoire silencieuse.

  • Les enfants de la rue, déjà acteurs principaux de Messaouda, forment le second roman de Serhane. Mais après l'indépendance, les maux du Maroc se sont accentués. Le chômage, la répression policière, la corruption des administrations ne font qu'aggraver les inégalités. Deux amis, le narrateur et Rahou, décident de s'exiler : l'un va en France, l'autre part avec sa mère répudiée. Lorsque, plus tard, le narrateur revient à Azrou, la ville n'a pas changé, et elle n'est, finalement, que le reflet d'une société qui a perdu sa dignité. Violent réquisitoire contre la corruption, interrogation inquiète sur le bouleversement des valeurs, roman de moeurs et de satire sociale, Les Enfants des rues étroites est aussi et surtout l'histoire d'une amitié qui défie la faute et dépasse le pardon.

  • Dans ce récit d'inspiration autobiographique, Abdelhak Serhane nous livre le portrait émouvant d'une enfance marocaine dans les années 1950 au sein d'une famille très pauvre installée dans un village isolé du Haut-Atlas. Enfance douloureuse marquée par une extrême misère matérielle et affective, et dominée par la figure d'un père violent et d'une mère soumise. C'est pourtant dans ce contexte que le jeune narrateur va faire son apprentissage de la vie, s'initier au français en lisant les bribes de journaux dont son père a tapissé le plafond de sa masure, et prendre peu à peu conscience de la condition peu enviable de ses compatriotes subissant l'arbitraire d'un pouvoir archaïque. Car à travers la profusion d'anecdotes souvent touchantes qui ponctuent l'histoire de cette famille, c'est en filigrane un tableau au vitriol d'une société gangrenée par la corruption et les interdits religieux qui est ici brossé, à mille lieues de l'image parfois complaisante que l'on peut avoir en Occident de la monarchie alaouite. Un livre engagé servi par une plume alerte et une verve expressive.

  • Le narrateur, écrivain de son état, est accueilli dans une ville marocaine par de vieux amis, parmi lesquels se trouve le cul-de-jatte Rouida qui s'apprête à fêter son prochain mariage. Il accuse l'écrivain de faire de leurs vies misérables la matière de ses romans. Sous l'égide de ce dernier une longue soirée de beuveries et de dialogues débute alors, où les récits scabreux et grivois se mêlent aux débats politiques ou aux réminiscences violentes et dramatiques. On est séduit par la liberté de ton, la sensualité irréligieuse qui baigne cette sorte de " Banquet " arabe dont le ton acerbe et polémique transparaît aussi bien dans l'évocation des problèmes sociaux et politiques du Maroc (terrorisme, tyrannie de la monarchie, corruption) que dans la manière dont la figure de l'écrivain (à la fois témoin engagé et " voyeur " nombriliste) est ici mise en scène et questionnée.

  • Nous sommes au Maroc, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1912, le pays vit sous le régime du protectorat. Les deux héros de ce roman, le narrateur et son double, Moha Ou Hida, à peine sortis de l'enfance, n'ont pas connu d'autre réalité. Ils doivent subir le poids des traditions ancestrales que viennent sans cesse contredire les séductions des «protecteurs». Et puis que restera-t-il de leur existence quand la grande Histoire sera passée ? Une légende, peut-être, mais une légende vraie : celle qui retrace les exploits de Abdelkrim, le héros de la guerre du Rif.
    En interrogeant cette période occultée de l'histoire à travers le regard de deux adolescents, Abdelhak Serhane nous donne à lire un véritable roman de formation. Comment grandir entre l'orgueil des origines et l'humiliation de la soumission, entre la légende héroïque et la lâcheté quotidienne ? Au-delà des individus, c'est toute la société marocaine d'aujourd'hui qui est ici passée au crible de sa douloureuse genèse.

  • Ce livre grave enfreint la loi du silence et dénonce l'hypocrisie sociale dès lors qu'il s'agit de pratiques sexuelles en terre d'islam, là où le corps devient la prison de ces femmes et jeunes filles qui hantent l'espace public,empaquetées dans des burqa et des voiles. De plus en plus accablante, la pression sociale arabe se focalise au niveau du corps féminin qui devient le point nodal des frustrations du musulman. Le danger pour la société orthodoxe est que les corps échappent à son contrôle. Dans ces sociétés, il faut situer le sexuel dans un islam totalisant et globalisant, impliquant le secours de Dieu et l'assistance du religieux.

    La morale sociale verrouille les esprits pour faire taire toute voix qui milite pour la liberté individuelle, pour la libération du corps et de la personne.

    Cet essai est un coup de poing porté aux béates certitudes des gardiens de la morale islamique. L'intellectuel y dissèque la sexualité arabo-musulmane dans ses moindres détails. Il s'y prend à la manière d'un pugiliste rompu à ces thématiques. L'auteur de Messaouda y déconstruit tous les archaïsmes et les dogmes à la source de cet asservissement généralisé des corps et des consciences. Son voeu profond est de réhabiliter Éros, maudit en terre d'islam, et d'en faire un préalable nécessaire pour l'accès du sujet au statut d'être humain et de citoyen libéré, seul gage de modernité et de réussite sociale.Éros maudit ou le Sexe des Arabes peut aussi se lire comme un véritable manifeste pour la dignité citoyenne.

  • Quand Soltane et Mina se sont mariés, ils avaient respectivement quinze et treize ans. Mina navait pris le temps ni de faire connaissance avec son corps ni dévaluer lampleur de ses rêves. Soltane navait pas eu le loisir de jouer son enfance, de faire le tri de ses souvenirs. Quant à la terre, elle ne produisait plus que des cailloux. Aussi Soltane a-t-il quitté la campagne pour les dangereuses promesses de la ville, tandis que son épouse éprouvait sans les comprendre les heurts de la tradition et du jeu morbide des adultes.
    A travers lhistoire dun couple sans expériences, cest léchec dun pays qui est ici raconté. Un pays où tout être humain se voit réduit à limage conforme de la bassesse domestique ou de la routine policière, sous le soleil de plomb des habitudes.

  • Nous étions quatre soeurs.
    Chassées de chez nous par notre propre père, un homme brutal et pourtant trop faible pour résister à la tyrannie de sa nouvelle épouse, nous nous sommes retrouvées seules face à notre destin. A la croisée des chemins, nous nous sommes séparées, après avoir juré que, dix ans plus tard, jour pour jour, nous reviendrions pour raconter au père ce que le sort nous aurait réservé... Dix ans plus tard, nous ne sommes plus que trois soeurs.
    Le père vient de mourir. C'est à son cadavre déjà rongé par les mouches que nous faisons le récit de nos diverses infortunes. Histoires hallucinées, toutes placées sous le signe de la fatalité, traversées tantôt tragiques, tantôt grotesques d'un pays livré à l'arbitraire, à la misère et à la corruption, nos récits sont emplis de vacarme de la vie. La vérité ultime n'est-elle pas cependant dans le silence de la quatrième soeur, le silence de plomb de celle qui a manqué le rendez-vous ?

  • «.On me passe le téléphone. Deux voix me parlent au bout de la ligne ? Je ne les avais jamais entendues. Les deux voix m'appellent « Papa ». J'écoute. Je pleure.Mes larmes ne veulent plus arrêter. Je ne peux pas parler.
    Pour dire quoi ? Ils m'ont privé de la voix de mes enfants pendant près de vingt ans. » Propos du Capitaine Salah Hachad, pilote de chasse et chef des moyens opérationnels de la base militaire aérienne de Kénitra, qui rapporte dans ce livre les moments forts du coup d'Etat du Boeing royal, comme ceux de l'enfermement à Tazmamart et les longues et difficiles tribulations que vécurent les familles des « emmurés » pour leur libération.

  • Le silence est déjà trop tard est un long poème d'une grande intensité, un chant d'amour à l'amour et à la femme, mais, avant tout, à la parole et au poème.
    Véritable torrent, cet hymne à la poésie fracasse le silence et entreprend la longue quête des mots proférés qui libèrent par ce long poème qui ne finit pas.

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