Gallimard

  • Dès sa publication en France en 1992, l'ouvrage de Ian Kershaw s'est imposé comme une indispensable référence. En effet, le retard pris par l'école historique française dans l'étude du national-socialisme est inquiétant, alors qu'à l'étranger les travaux sur le nazisme ne se comptent plus. Au point que même le spécialiste a du mal à en faire le tour. Quant au phénomène lui-même, il soulève de façon aiguë un certain nombre de problèmes théoriques d'interprétation d'une redoutable complexité. Aussi n'est-il pas surprenant que les étudiants aient quelque difficulté à s'orienter dans le dédale des analyses et contre-analyses dont l'histoire de l'Allemagne moderne continue de faire l'objet.
    On comprend dès lors l'impact qu'a eu et continue d'avoir Qu'est-ce que le nazisme ? Ian Kershaw dégage les problèmes clefs d'interprétation de la dictature nazie, explique de manière concise les zones d'ombre ou les débats qui demeurent, montre comment les historiens d'horizons différents les ont traités et, enfin, tente d'évaluer les positions en présence.

  • Evénement majeur de notre siècle, le nazisme demeure également une énigme majeure posée aux historiens.
    Entre l'omnipotence diabolique de hitler et la description de son pouvoir comme celui d'un " dictateur faible " face à un appareil d'etat tout-puissant, ian kershaw risque une vision nouvelle.
    Ce qui devient objet d'histoire, ce n'est plus hitler, mais sa position exceptionnelle qui excédait la mesure d'un individu sans qualité, tribun de brasserie, déclassé social, artiste raté. hitler exerçait une autorité charismatique, fondée sur la perception, toujours renouvelée, par la masse de qualités, d'une mission, d'un héroïsme supposés du chef.
    Le charisme permet enfin de tenir ensemble tous les traits que les interprétations précédentes avaient jusqu'alors séparément soulignés : le pouvoir de hitler résultait de la collaboration, de la tolérance, des faux espoirs ou de la faiblesse de tous ceux qui, en allemagne, occupaient une position de pouvoir ou d'influence - tous reportèrent leurs attentes ou leurs ressentiments dans la personne du dictateur.
    Il devint l'emblème de l'activisme, la source de l'autorité légitime, l'instance de confirmation ou de sanction des faits et gestes de quiconque agissait selon les intentions qu'il prêtait au führer. de cela résultait une combinaison sans précédent d'instabilité institutionnelle et de dynamisme hors du commun, qui, incapable de stabilisation dans des formes légales, finit dans l'autodestruction.

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