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" pour le voyageur arrivant par la mer, la ville s'élève, même de loin, comme une belle vision de rêve, se découpant nettement contre un ciel bleu vif que le soleil réchauffe de ses ors.
Et les dômes, les monuments, les vieux châteaux surplombent la masse des maisons, tels les lointains hérauts de ce délicieux séjour, de cette région bénie des dieux. " fernando pessoa " lisbonne, ville de l'intranquillité, après la prague de kafka et le dublin de joyce, fait son entrée dans la littérature, et son "passant intégral", fernando pessoa, en est l'introuvable et mélancolique fantôme. " antoine de gaudemar, libération
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Il y a bien longtemps que je ne divise plus les gens en bons et en mauvais. Encore moins les personnages littéraires. En outre, je ne suis pas sûr que dans l existence le crime entraîne des remords inévitables ni que l'exploit soit récompensé par la félicité. Nous sommes tels que nous nous ressentons. Nos qualités et nos vices remontent à la surface au contact subtil de la vie. Dans ce récit, il n'y a ni anges ni démons, et il ne saurait y en avoir. J en suis l'un des protagonistes.
Telle est la confession de Sergueï Dovlatov, l'un des écrivains les plus aimés de sa génération. L'amour que suscite cet auteur, que l'on doit dorénavant considérer comme un cas littéraire international, tient au revigorant sentiment de bonheur qui émane de ses comédies de la vie quotidienne, à l'humour plein de tendresse qui filtre de ses innombrables anecdotes, qui en ont fait le Tchekhov de son temps. Au point que, si le lecteur français oublie un instant le lieu et le temps où ils se déroulent (la république soviétique d'Estonie, à l'époque de Brejnev), ces compromis, qui mettent en scène un monde où le mensonge est la norme, où des journalistes amoureux de grand art, d'alcool pur et de vérité fréquentent les vieillards au pouvoir et leurs larbins obligés, pourraient fort bien raconter sa propre histoire, aujourd'hui, dans la république de France ou de Navarre.
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D'après soljenitsyne, le camp est un enfer.
Moi, je pense que l'enfer, c'est nous-mêmes. ces souvenirs d'un gardien de camp montrent le caractère inextricablement paradoxal et comique du monde. le monde des criminels de droit commun, oú dovlatov s'en alla monter la garde, après avoir été expulsé de l'université ; et le monde imaginaire des lettres écrites à son éditeur russe exilé à new york, dans lesquelles il raconte ses déboires pour faire publier la zone, roman qui relate sa jeunesse soviétique et sa vie en exil.
Comme un écho qui se répète entre le monde des hommes libres et l'univers des prisonniers, les histoires vécues à l'intérieur du camp de détention ne diffèrent guère de celles du monde extérieur. c'est pourquoi la zone n'est pas un récit de prison. on y retrouve le regard amusé et triste du grand écrivain russe face à l'humanité avec laquelle il partage une expérience cruciale. un monstrueux assassin devient ainsi un bon ami, comme on n'en trouve pas chez les honnêtes gens.
Combien la limite est ténue, combien la différence est subtile entre la prison et la liberté, entre les russes de l'urss et les russes en amérique ! et c'est avec un humour irrésistible, unique, que dovlatov se moque de nous et de notre condition.
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Dans ces dix essais lyriques et passionnés, écrits par un citoyen de l'Est dans les sombres années 1960, le poète polonais Zbigniew Herbert célèbre l'art, l'histoire et la culture des villes françaises et italiennes d'Arles, de Lascaux, de Sienne, d'Orvieto...
Porté par l'histoire et son héritage culturel à la fois familier et étranger, Herbert évoque avec une sensibilité et un humour exquis l'atmosphère et la splendeur de ces villes renommées. Ecrites avec érudition et enthousiasme, ces proses atteignent la perfection de l'art poétique de Herbert. Les fresques de La Légende de la Croix de Piero della Francesca, les lignes harmonieuses du temple de Paestum, le monde des troubadours et des Albigeois, l'épopée des Templiers sont quelques-uns des thèmes qui traversent son itinéraire spirituel à travers le vieux jardin de l'Europe méditerranéenne.
Paradoxalement, cet homme cultivé, ce gardien de l'art qui a grandi au milieu de la barbarie politique, se présente à ses lecteurs comme un Barbare égaré dans le jardin de la culture.
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Avec ce premier roman publié en 1906 en Italie, Sibilla Aleramo connaît une gloire soudaine à l'âge de trente ans : Une femme est aussitôt traduit en français, Anatole France s'enthousiasme dans un article du Figaro sur ce prodige de la littérature italienne et le Tout-Paris la fête : Rodin, Anna de Noailles, Valéry Larbaud, Charles Péguy, Apollinaire, Colette se disputent la compagnie de cette jeune femme fascinante.
" Qui n'a pas vu Sibilla Aleramo à Rome en cette première décennie du XXe siècle n'a rien vu ", s'exclamera l'écrivain Stephan Zweig après l'avoir rencontrée à Rome, à son tour conquis par cette figure légendaire, après Gorki, Brandes, Pirandello et tant d'autres. Une femme, roman autobiographique, rempli de passion, osé, reflète le tempérament totalement indépendant et affranchi de Sibilla et porte déjà la marque si personnelle qui caractérise toute l'oeuvre de cet écrivain unique dans l'histoire de la littérature moderne.
Près d'un siècle après sa parution, l'oeuvre de Sibilla Aleramo continue, de génération en génération, à conquérir de nouveaux lecteurs qui se reconnaissent dans cette voix chaude, sensuelle, éprise de liberté, d'amour et de justice sociale - dans l'éternelle rebelle Sibilla.
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La vie a credit de don jacobo lerner
Isaac Goldemberg
- Éditions du Rocher
- Anatolia
- 20 Janvier 2005
- 9782268052885
Un grand roman moderne sur le vaste chaos judaïque. Quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, deux amis d'enfance, Jacobo Lerner et Léon Minsky, arrivent à San Sebastian, en provenance d'un village du fin fond de la Russie. Ils y découvrent un pays dans le chaos, où l'on accuse les Juifs tantôt d'être des capitalistes tantôt d'être des communistes, en les rendant ainsi responsables de la débâcle économique. Leurs vies s'organisent peu à peu, puis elles seront bouleversées, et Minsky se laissera glisser dans la folie, au grand effroi de Jacobo. Les harangues de son ami devant l'église du village suscitent les moqueries et la haine de ses habitants. C'est dans ce contexte que le drame se déroulera, histoire d'amour et recréation du juif errant tout à la fois. " La comtesse s'était considérablement empâtée depuis la dernière fois que Jacobo l'avait rencontrée. Preuve en était, principalement, son postérieur, flasque et volumineux, et sa poitrine, devenue plus opulente et rebondie. Elle lui ouvrit la porte, vêtue d'un peignoir vaporeux, ses cheveux platine en partie recouverts d'un foulard écarlate. Quelques mots prononcés en russe par Jacobo suffirent pour que la comtesse lui tende les bras avec effusion et l'invite à entrer chez elle. Avec force rires et exclamations, elle l'introduisit dans une entrée, séparée du reste des pièces par un paravent chinois décoré d'oiseaux et de fleurs d'un jaune criard. Jacobo se sentit troublé par la pénombre régnant dans la pièce, ainsi que par le maquillage excessif de Mme Chernigov, qui lui donnait un air enfantin et grotesque à la fois. Bien qu'il se sentît abattu par ses tribulations de la journée, il se crut obligé de la mettre au courant de ce qui lui était arrivé depuis qu'il avait quitté la pension en 1927. Quand il eut fini son récit, Jacobo lui demanda si elle savait où vivait Moïsès. La dernière fois que j'ai vu Moïsès, c'était il y a deux ans, c'était le jour de son mariage, et il n'a plus mis les pieds dans cette maison depuis. Il n'y a pas à dire, les hommes sont tous des ingrats ", répondit la comtesse en soupirant longuement."
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louri Olecha (Elisavetgrad, 1899-Moscou, 1960) est l'auteur de L'Envie, l'un des chefs-d'oeuvre de la littérature russe de l'entre-deux-guerres. Ce n'est qu'en 1956, à la faveur du premier dégel en Union soviétique, que paraîtront quelques extraits de son journal, extraordinaire document personnel sur la Russie de l'époque. En 1965, la veuve de l'écrivain parviendra à publier, sous le titre l'as de jour sans une ligne, une sélection largement autocensurée de cette oeuvre. Enfin, en 1999, paraît Le Livre des adieux, qui reprend le Journal dans son intégralité, suggérant une vision concrète des années 1930-1960. Accusé en son temps, avec une agressivité outrancière, de lâcheté et d'opportunisme par la critique, Olecha reste une figure: emblématique de l'une des périodes les plus cruelles de l'histoire de la littérature russe. Son itinéraire tourmenté, douloureux, chaotique témoigne de ce qui me destin d'une grande partie des artistes et des intellectuels soviétiques aux prises avec la Terreur et les exigences du totalitarisme. " Au lieu de me mettre à écrire un roman, aujourd'hui je commence mon journal. C'est bien plus intéressant, bien plus passionnant que la littérature d'imagination. On éprouve un intérêt incomparable à la lecture de ce genre de livres. Que le destin me garde de la littérature d'imagination! En aucun cas ne rien rayer, ne rien biffer! Noter tout ce qui vient à l'esprit. Sans fioritures, de façon lapidaire. " Le printemps. Avril. Il fait froid. Aujourd'hui, le jour s'est illuminé au coucher du soleil. La grande maison au loin était jaune comme un verre de thé. J'ai grossi, pris du ventre. Comment me sauveroe Est-il encore possible de faire revenir ma jeunesse ou est-ce déjà la finoe Trente et un ans, un embonpoint naissant, un cou presque inexistant, d'horribles mystères au fond de la bouche (ici, l'homme de lettres veut dire qu'il a des dents cariées qu'il ne soigne pas pour une raison connue de lui seul). Ca fait bien pour un homme d'avoir quelques dents en or. Parole d'honneur, c'est le signe d'une élégante virilité. " Cette année, le printemps sue l'angoisse."
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Comment reconnaître vos amis des grands singes
Cuppy W
- Éditions du Rocher
- Anatolia
- 21 Août 2006
- 9782268059129
Will Cuppy (Auburn, Indiana, 1884-NewYork, 1949) était l'un des membres de l'équipe réunie par Harold Ross quand il a lancé le New Yorker. Son style se caractérise par une misanthropie débonnaire, une espèce de concentré de vinaigre, pourrait-on dire. A propos du titre de son ouvrage, l'auteur reconnaît " Les moyens vieillots et dans l'ensemble bien peu efficaces pour reconnaître vos amis des grands singes ne manquent pas, je vous l'accorde. Quand vous êtes au zoo, par exemple, rien n'est plus simple. Les grands singes se trouvent derrière les barreaux. D'accord, mais quand vous êtes sorti du zoo, vous faites quoioe " C'est une bonne question. C'est alors que nous avons besoin d'un coup de main de Cuppy, cette main incomparable qui, à la différence de celle du chimpanzé, est propre et pourvue d'un pouce opposable aux autres doigts. P. G. Wodehouse salue son ami dans la préface de ce livre: " Will Cuppy, le jeune Américain -jeune en tout cas pour les vieux barbons de mon espèce - peut revendiquer trois titres de gloire. Il est capable de reconnaître ses amis des grands singes (ce qui n'est pas à la portée de n'importe qui). Il est l'auteur de ce qu'on a dit de plus pertinent, jusqu'à présent, au sujet des pékinois, à savoir : "Je ne vois vraiment pas pourquoi ils ont l'air si contents d'eux. Ils ne sont pas mieux que nous." Et il est depuis si longtemps le chef de file de la critique littéraire américaine dans le domaine du roman policier que, même s'il n'a encore jamais assassiné un baronnet dans sa bibliothèque, il connaît cinquante-sept façons différentes de s'y prendre et de faire porter les soupçons sur le majordome. "
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La mer rugit lugubrement autour des rivages d'Inverara.
Un étranger, blessé dans son corps et dans son esprit par l'éclatement d'un obus, vient loger sur l'île, chez un couple dont les années de mariage ont été dépourvues de joie - et la présence de l'arrivant déchaîne leurs passions. Car, à mesure que le printemps adoucit la beauté sauvage d'Inverara, l'Etranger prend conscience de la présence à ses côtés de la brune Mary - toute frémissante de vie à l'approche de l'été.
Jamais elle n'a aimé un homme avant lui et l'éveil de sa sexualité la grise. Mais avec l'automne vient le danger. Les paysans superstitieux grondent contre Mary ; John le Rouge rit de tout et de rien, on lit le meurtre dans ses yeux ; et, pour finir, c'est un hurlement de dément qui réexpédie brutalement l'Etranger parmi les sains d'esprit... " Ce livre est le plus sauvage de la littérature irlandaise moderne.
Je le qualifie de " sauvage ", parce que les passions primitives s'y déchaînent librement. " (George Russell). " L'énergie d'un pur génie. " (W. B. Yeats).
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Ce voyage nous l appelions amour
Aleramo/Campana
- Éditions du Rocher
- Anatolia 940
- 22 Mai 2003
- 9782268042732
Passions et sentiments, angoisses, tendresses, invocations, trahisons, retrouvailles, coups et menaces, souffrance et maladie : le tout sous un " ciel qui n'était fait que d'amour ".
Telle est la rencontre entre Dino Campana et Sibilla Aleramo, rencontre extraordinaire, tout comme les lettres que s'écrivirent les deux amants. Dino, j'éprouve quelque chose de tellement fort que je ne sais pas comment le contrôler... Est-ce toi qui me bouleverses ainsi ? Que m'as-tu donc mis dans les veines ? Et j'ai toujours devant les yeux cette rue sous le soleil, le premier matin, les fontaines où tu m'as fait boire, la terre qui se mélangeait à nos baisers, cette étreinte profonde de la lumière.
Où es-tu, pour que je me sente aussi vivement arrachée à moi-même ? M'appelles-tu, ou bien m'as-tu oubliée ? Oh, je te veux, je te veux, je ne te laisserai pas aux autres, je ne serai plus à d'autres, je te veux pour toute ma vie et pour ma mort, Dino, après ceci, il ne peut plus rien y avoir d'autre, oh, savoir que toi aussi tu ressens cela, que toi aussi tu râles ainsi... Tu m'attends, dis-moi, tu m'attends, c'est bien vrai ?- Nous serons seuls sur la terre.
Nous brûlerons. As-tu vu que nous sommes vierges, que quelque chose ne nous ajamais été arraché ? Pour nous. Plus au fond, plus au fond, nous nous fondrons dans l'espace, prends-moi, tiens-moi, je ne te quitte plus, nous brûlerons.Dis-moi que si le souffle me manque à ce point, c'est parce que tu m'appelles, parce que tu me veux...
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Les Horreurs de la démocratie : Scolies pour un texte implicte
Gomez Davila/Volpi
- Éditions du Rocher
- Anatolia
- 20 Février 2003
- 9782268044675
Nicolas Gomez Davila (1913-1994) consacra sa vie à la lecture et à l'écriture. Chez lui, à Bogota, sa bibliothèque était le centre de sa maison, un lieu de recueillement et de méditation d'où se dégageait le parfum du savoir et de la littérature de l'ancienne Europe. Selon son ami Alvaro Mutis, son oeuvre, " un livre immense ", est un " territoire jalousement maintenu dans la pénombre ". Et Gabriel Garcia Marquez aurait avoué en privé : " Si je n'étais pas communiste, je penserais en tout et pour tout comme lui. " " Démagogie est le mot qu'emploient les démocrates quand la démocratie leur fait peur. " " La grande ambition de l'artiste actuel, c'est que la société le couvre d'opprobre et la presse d'éloges. " " Les opinions révolutionnaires ouvrent la seule carrière, dans la société actuelle, qui assure une position sociale respectable, lucrative, et paisible. " " Le Progrès se réduit finalement à voler à l'homme ce qui l'ennoblit, pour pouvoir lui vendre au rabais ce qui l'avilit. " " Cela fait deux siècles que le peuple a sur le dos non seulement ceux qui l'exploitent, mais aussi ses libérateurs. " " Son dos s'est courbé sous ce double poids. " " Que le christianisme soit né comme une conspiration de prolétaires, seul peut le croire quelqu'un dont le coeur se sentirait comblé par l'argent. " " La toute-puissance de l'argent a été le prix de l'égalité sociale. " La toute-puissance de l'Etat sera le prix de l'égalité économique. "
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Le passager, fasciné par ce qui se passe à nos portes et dont personne ne semble se soucier, entreprend de voir par lui-même les choses depuis l'intérieur des terres de la défunte République démocratique allemande aux prises avec la nouvelle " unification sacrée " et nous en rend compte pas à pas.
William Cliff, poète qui tout au long de son oeuvre a arpenté et interrogé inlassablement le monde, nous donne ici, après La Sainte Famille, son deuxième roman, issu d'une longue errance au coeur des anciennes terres de l'Est. " Un train pour Rostock était à quai. La machine, de fabrication soviétique, vrombissait sourdement. L'on siffla le départ. Le moteur à mazout se mit à gronder à toute force et entraîna le convoi vers l'ancienne Allemagne de l'Est.
" J'essayais de voir l'endroit où le train franchit l'ancienne frontière. N'était-ce pas ici ? Où tout à coup le paysage n'offre plus rien qu'une grande lande ? Ici sans doute se dressaient les fameux miradors. Et ces longs poteaux de bois, tous les mêmes, avec une laide lampe à leur sommet couverte d'un disque noir, oui, je les reconnais, pour les avoir déjà vus jadis en allant à Berlin. Nous roulons sur le réseau de la ci-devant Deutsche Reichsbahn, on le remarque aux gares, aux signaux, à toute la pauvreté, toute la vétusté, la laideur du matériel et des maisons.
Le paysage lui-même semble imprégné de quelque chose de triste, de négligé, d'irrémédiable. " "Les croupes lacustres de la Baltique", lit-on sur les atlas. En effet, nous n'avons plus ici la grande plaine alluvionnaire de la mer du Nord mais des renflements couverts de bouleaux et d'herbes sauvages ; la terre, dans ses commotions, quand elle fit la fosse qui s'appelle aujourd'hui la mer Baltique, a laissé des restes de ses mouvements : ces croupes, et aussi ces lacs nombreux, qui donnent quelque variété au paysage.
" Le train s'arrête dans des villes aux noms tout à fait inconnus, villes qui, vues du train, font mal au coeur, et dont on a peine à imaginer quelle vie a été la leur pendant tout ce long temps, les longues quarante années de ce régime. "
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De la rebellion a la reaction
David Herbert Lawrence
- Éditions du Rocher
- Anatolia
- 19 Février 2004
- 9782268049496
Dans les années 1920, David Herbert Lawrence voyage, en France, en Italie, aux Amériques, loin d'une Angleterre qui depuis la publication de son roman l'Arc-en-ciel le honnit et le vomit. (La parution de l'Amant de lady Chatterley en 1928 ne fera rien pour arranger cette situation.) Les essais réunis ici, inédits en français, datent de cette époque qui s'achèvera par la mort de l'écrivain, emporté par la tuberculose à Lawrence, en 1930. Lawrence y explore avec entêtement les sujets qui lui tiennent à coeur : la place de l'homme dans l'histoire, dans la société, dans le cosmos. " La condition humaine, et comment y remédier " pourrait être le sous-titre de ce recueil, auquel la franchise - on pourrait même dire la brutalité parfois - du ton, l'absence de tout conformisme, de toute inhibition - y, compris la peur du ridicule - confèrent bien souvent une étonnante actualité.
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Avec Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Karl Kraus, Peter Altenberg, Stefan Zweig, Alfred Polgar est l'un des grands écrivains qui ont fait rayonner Vienne dans le monde entier. Comme l'a dit un de ses admirateurs, Franz Kafka, " les proses d'Alfred Polgar sont tellement fluides et agréables que nous accueillons ses textes comme un divertissement social inoffensif, sans nous rendre compte de la façon dont ils nous influencent et nous éduquent. Sous le gant glacé de la forme se cache une volonté forte et intrépide ". Alfred Polgar, le maître prosateur, a ainsi défini son art " La vie est trop brève pour la forme littéraire longue, trop fugitive pour que l'écrivain puisse s'étendre en descriptions et en commentaires, trop psychopathologique pour la psychologie, trop romanesque pour le roman ; la vie fermente et se décompose trop rapidement pour pouvoir la conserver indéfiniment dans des livres longs. " Dans cet ensemble de proses publiées avant-guerre en feuilletons dans les grands journaux de Vienne, c'est toute la vie d'une époque qui est dévoilée, celle de l'Autriche postimpériale, racontée au jour le jour dans toute sa force anecdotique par l'un de ses plus brillants observateurs et conteurs.
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Le reactionnaire authentique
Nicolas Gomez davila
- Éditions du Rocher
- Anatolia
- 13 Janvier 2005
- 9782268053004
" Cette oeuvre superbe, qui propose à la fois une fertile théorie de l'histoire et une inattaquable doctrine politique... se penche aussi sur l'humanité stupide et fruste parmi laquelle nous nous démenons la plupart du temps. Si insolite et ambitieux que nous apparaisse cet ouvrage, il concerne également nos petites affaires de tous les jours. Que les lecteurs y soient attentifs, et ils en retireront le plus grand profit spirituel. " Alvaro Mutis. La liberté est un rêve d'esclaves. L'homme libre sait qu'il a besoin de soutien, d'aide, de protection. / Les philosophes actuels sont cernés par plus de tabous que le sorcier primitif. / Lorsque la rouerie commerciale des uns exploite la crédulité culturelle des autres, on parle de diffusion de la culture. / La pensée réactionnaire fait irruption dans l'histoire comme le cri d'alarme de la liberté concrète, comme un spasme d'angoisse devant le despotisme illimité auquel atteint celui qui s'enivre de liberté abstraite. / Les communications plus faciles ne vivifient pas les régions écartées, elles leur sucent la moelle. / Sans instruction primaire il est impossible d'abrutir définitivement un peuple. / La vie intellectuelle d'une grande ville moderne est une combinaison de provincialisme de quartier et de cosmopolitisme d'hôtel.
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Journal sous la Terreur
Zinaida Hippius, Odile Melnik-Ardin
- Éditions du Rocher
- Anatolia
- 26 Janvier 2006
- 9782268052335
" 1er aout, Saint-Pétersbourg (ancien calendrier) Que noter ? Et peut-on noter quelque chose ? Il ne se passe rien, sauf une chose : c'est la guerre ! Et il ne s'agit ni du Japon ni de la Turquie, le conflit est mondial. Et moi, ici, cela me fait un peu peur d'en parler. Cette guerre appartient à tout le monde, elle appartient à l'histoire. Et les observations d'un personnage ordinaire ont-elles un sens ? D'autant plus que, comme n'importe lequel de nos contemporains, je ne m'y retrouve pas, je n'y comprends rien, je suis simplement en état de choc. Une seule chose est claire : si je dois continuer à écrire, je dois le faire en toute simplicité. Il semble que tout se soit joué en quelques jours. Mais, bien sur, il n'en est rien. Nous n'y croyions pas parce que ne voulions pas y croire. Les avant-derniers jours, j'avais été très frappée par le désordre qui régnait à Pétersbourg. Je n'étais pas en ville, mais toutes sortes de gens différents venaient nous rendre visite à la campagne, et chacun nous racontait les choses dune manière très précise, avec sympathie. Et malgré cela, je ne comprenais absolument rien, et l'on sentait que celui qui
racontait n'en comprenait pas davantage. Il était même évident que les ouvriers engagés dans le mouvement n'y comprenaient rien eux-mêmes, alors qu'ils mettaient à mal les wagons des tramways, arrêtaient la circulation, alors qu'on tirait de droite et de gauche et qu'il y avait des cosaques dans les rues. ". -
Eloge des femmes mures ; les souvenirs amoureux d'andras wajda
Stephen Vizinczey, Marie-Claude Peugeot
- Éditions du Rocher
- Anatolia
- 28 Mars 2001
- 9782268039169
Ce livre s'adresse aux jeunes gens, mais il est dédié aux femmes mûres - et c'est des rapports entre ceux-ci et celles-là que je me propose de traiter. Je ne suis pas expert en pratique amoureuse, mais j'ai été un bon élève des femmes que j'ai aimées, et je vais essayer d'évoquer ici les expériences heureuses et malheureuses qui ont, je crois, fait de moi un homme. » Récit de l'apprentissage amoureux, Éloge des femmes mûres est un véritable traité de l'érotisme, celui qui se pratique dans la découverte et le respect de l'autre, qui enrichit la connaissance de soi. Avec beaucoup d'humour et d'esprit, Stephen Vizinczey livre ici un classique de la littérature érotique moderne.
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"A chaque pas vous vous rendez compte que l'on vit sur cet opulent territoire depuis des siècles. En haut, dans les vignobles qui tapissent les collines, comme en bas, parmi les oliveraies remplies d'arbres noueux, on sent l'odeur de l'antique." Ce classique de la littérature de voyage est écrit à la gloire des régions intérieures de la Provence - son histoire, son peuple, son architecture et ses paysages hauts en couleur, ainsi que son étrange et rude dualité. Qu'il s'agisse de dépeindre les grands monuments tels que le pont du Gard ou le palais des Papes, ou bien la campagne mélancolique qui inspira Van Gogh, qu'il nous remette en mémoire la sculpture exquise ornant l'encadrement d'une porte au fond d'une ruelle, la prose stimulante et évocatrice de James Pope-Hennessy nous met sous les yeux le décor provençal dans toute sa diversité. Et l'on découvre, entremêlés à ses souvenirs de voyage, des scènes empruntées à la passionnante histoire de la région et des pages à la mémoire de ses grands hommes, notamment Mistral, Mérimée, Zola et Cézanne. La Provence de James Pope-Hennessy n'est pas le pays ensoleillé et souriant de la légende, mais pour reprendre ses propres termes, inoubliables, " une contrée amère et féroce, pleine de violence et de léthargie, de perfidie et de gentillesse, pleine de toutes lescontradictions possibles, sous son soleil brûlant".
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Un batlen revient chez lui et, rayonnant, il annonce à sa mère désespérée d'avoir un fils propre à lien : " Mame, mamele ! J'ai trouvé du travail.
Je dois aller en haut du village et regarder si le Messie arrive. Si je le vois, je dois l'annoncer à tout le monde. Tu es contente, mamele ? On me paie cinq groschens par semaine. " La mère sort de ses gonds : " Mon fils est un imbécile ! C est quoi ce travail de fou, " annonceur de Messie " ? Avec cinq groschens on va crever de faim ! - Oui, tu as raison mamele. Mais au moins, c'est un travail à durée indéterminée ! "
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Dans ce roman visionnaire du Graal, Mary Butts saisit le climat spirituel des années vingt. Mary Butts avait un penchant notoire pour l'insolite, en art comme dans la vie, un formidable goût de la fête; elle prenait un plaisir extrême aux écarts de conduite les plus extravagants - traits qui apparaissent dans Armée de folie, avec ses bribes de chansons et de poèmes, ses personnages qui dansent, festoient, plaisantent, et jusque dans cette langue nerveuse, visuelle, directe, parfois énigmatique et frappante, ramassée, inattendue. Ce roman est imprévu, incontrôlé, créant une sensation de folie, donnant l'impression qu'une force supérieure perturbe et bouleverse les protagonistes et le livre lui-même. On ne perd jamais de vue ni les personnages ni ce qui les entoure - les dieux, la nature, les objets. L'art et la vie peuvent coexister, dans le ciel et sur la terre, car il s'agit pour Mary Butts d'un royaume comme celui du Graal. La folie des années vingt - confusion, colère et désespoir, ainsi que l'élévation de l'âme -, c'est aussi la folie d'essayer de vivre la vérité des mythes et des légendes, une folie qui est l'arme de Scylla et de Pecus. Ceux-ci, en s'identifiant à ce qu'ils aiment, se trouvent illuminés et unis.