Nouvelles Lectures

  • Lorsque le commissaire Mathieu Difrade reçoit le journal intime de celui qui se présente comme un « méchant », il enfile des gants pour ne pas brouiller les empreintes. Ce n'est qu'après avoir pris cette précaution qu'il lit le texte, d'une seule traite. Il le photocopie, puis, incrédule, le relit avant de confier l'enveloppe et le texte dactylographié au laboratoire de police scientifique.
    Le commissaire Mathieu Difrade se persuade qu'il n'a pas affaire à un mythomane mais bien à un tueur qui le défie. Commence alors pour celui que l'on surnomme le Flicorse une enquête hors norme.
    Une première victime est découverte sur la promenade Polangis qui longe la Marne. Tout comme l'annonce le « méchant » dans son journal...

  • « Les rues défilent. Il regarde les magasins, les enseignes. Des noms, partout des noms. Un sentiment étrange l'envahit. C'est comme s'il entrait dans le monde. Maintenant il est à égalité avec tous ces gens qui circulent sur les trottoirs. Il aurait presque envie de descendre, d'aller serrer la main au premier venu.
    - Bonjour, je m'appelle.... »
    Un nom. Un nom enfermé dans une enveloppe scellée. Comment la loi peut-elle permettre à une mère de cacher, pour toujours, son nom à son enfant ? Quel secret de famille, caché dans cette enveloppe, découvrira Martin, le héros de ce livre, à l'issue de la recherche éperdue de son identité ? L'amour d'une mère adoptive peut-il remplacer l'amour de la mère rêvée, idéalisée, la « vraie » mère ? Cet amour empêchera-t-il la haine de frapper à la porte de la maison ?
    Par ce roman fertile en rebondissements, dont l'issue restera incertaine jusqu'aux dernières pages, histoire policière et romantique tout à la fois, l'auteur revient sur la question tant controversée aujourd'hui du droit à l'identité.

  • Au moment où Peter Ziegler, Américain de 20 ans, pose le pied à l'aéroport de Roissy, il se souvient des évènements récents qui l'ont amené à quitter son pays d'origine, sans doute pour toujours.
    « Ouais, les choses ne se présentent pas aussi mal que je le croyais après tout. Je m'en tire bien. C'est comme le disait Dr Leb, je n'ai qu'à rendre ma vie « gérable » - c'est l'essentiel - et le reste viendra avec le temps - ha ! - et si le reste ne vient pas il va se passer un moment avant que je m'en inquiète. Ça n'a pas d'importance parce qu'aussi longtemps que j'aurais accès à une bonne herbe sans avoir à en payer les absurdes répercussions légales, et que je pourrais la consommer en paix, c'est une véritable consolation pour cette vie maudite que je n'avais pas désirée »
    Ce roman générationnel raconte avec un humour féroce le parcours difficile d'un jeune homme accro au cannabis dans la société américaine du début du siècle.
    L'auteur: Alexander Merchant, Américain de mère française, signe avec ce premier roman le portrait au vitriol d'une certaine bourgeoisie de la Nouvelle-Angleterre.

  • « J'ai aimé Blaise Cendrars pour son pseudonyme de braise et d'art, de phénix et d'ogre. J'ai cru comme lui qu'on pouvait écrire pour renaître de ses cendres, partir comme on se régénère, rêver comme on se recommence. J'ai aimé les masques du poète, les ruses du voyageur. J'ai poursuivi le désir jusqu'en Ouzbékistan, la joie jusqu'au Brésil, les livres jusqu'à l'absurde. J'ai appris à m'esquiver pour mieux me retrouver. Cendrars a voulu que la poésie soit dans sa vie avant d'être dans ses livres. Il a fini par confondre les trois : la poésie, la vie et les livres. Il avait bien raison. Je ne sais pas faire autre chose. » Adeline Baldacchino
    L'auteur : Adeline Baldacchino a publié plusieurs recueils de poésie et des essais : « La Ferme des énarques » (Michalon) et « Michel Onfray ou l'intuition du monde » (Le Passeur).
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « J'ai aimé Jack Kerouac pour ce dialogue :
    -Hey ! Jack, il faut y aller et ne pas s'arrêter avant d'y être.
    -Et où ça, mon pote ?
    -Je ne sais pas mais il faut y aller.
    Je l'ai aussi aimé parce que j'avais lu Jack London, le météore qui ne s'est endormi qu'à sa mort... Ces deux frères Jack m'ont donné envie de tracer la route. Encore et again ! J'ai aimé Kerouac et ses potes beatniks, au point de refaire le même trajet, sur la route US, cinquante ans après. J'ai aimé Kerouac parce que j'ai su garder dans ma main celle de l'enfant qui rêvait d'être un cowboy ami des Indiens. J'ai également aimé Kerouac pour cette phrase : "Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller mais qui brûlent, brûlent..." Kerouac a été ma conquête de l'Ouest. Il m'a donné envie de devenir écrivain. Je suis un coureur des bois, plus que de jupons. Lire Kerouac m'a rendu ivre de livres et de vie. » Guillaume Chérel.
    L'auteur: Guillaume Chérel est un écrivain qui a bourlingué, des Comores à la Mongolie, en passant par la Chine et les États-Unis. Il est l'auteur de nombreux romans et d'un Duetto consacré à Jack London. Derniers livres publiés: Un bon écrivain est un écrivain mort (Mirobole) et Cadavres, Vautours et Poulet au citron (Michel Lafon).
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « Le cinéma de Philippe de Broca, c'est celui de mes vingt-ans. C'était hier, c'était déjà au siècle dernier. Des actrices ressurgissent de ma mémoire comme des éclats du passé. Marthe Keller, Annie Girardot, Jacqueline Bisset et Geneviève Bujold resteront à jamais mes amours de jeunesse. Elles étaient belles et enivrantes, inaccessibles et désirables. Philippe de Broca les filmait avec sa maestria habituelle, légère et profonde, délicate et sensuelle. Cet immense réalisateur à l'oeuvre essentielle mettait aussi en lumière de merveilleux acteurs : Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort, Jean-Pierre Cassel ou Claude Brasseur. Philippe de Broca donnait de l'élégance à nos vies.» Thomas Morales.
    L'auteur : Thomas Morales, écrivain à la plume tendre, nous fait revivre cette parenthèse enchantée. Il pose un regard nostalgique sur ce cinéma d'ancien régime. Vous trouverez dans cet hommage personnel l'insouciance des Trente Glorieuses et les marques d'un pays heureux. Thomas Morales est l'auteur de nombreux livres. En 2018, il a publié "Eloge de la voiture" aux éditions du Rocher, "Noblesse du barbecue" aux éditions Nouvelles Lectures et "Tais-toi quand tu écris" aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

  • « Mes débuts avec Bernanos furent difficiles : je tombai par hasard, traînant sur un billard dans un château délabré, sur La Joie. Ce livre fut rude à mes quatorze ans, je n'y compris rien. Par grâce, je m'obstinai. J'en fus récompensé. Peu à peu, Bernanos devint mon grand-père spirituel, d'autant plus qu'il ressemblait par plusieurs points à mon grand-père de sang. J'attrapai des idées politiques, religieuses plutôt proches de celles de Bernanos. Bien sûr, l'auteur de Sous le soleil de Satan y était pour quelque chose. De surcroît, je partageai son goût pour le vent sifflant dans les haies de houx et d'aubépines de l'Artois.» Bernard Leconte
    L'auteur: Bernard Leconte a toujours vécu dans le Nord. Il a publié une quinzaine de livres, écrit dans pas mal de journaux et revues et anime à la radio une émission littéraire.

  • « En mes jeunes années, je me suis pris de passion, le mot n'est pas trop fort, pour l'oeuvre de Michel Déon. D'une certaine façon, l'auteur des « Poneys sauvages » aura été mon père spirituel. Ses héros ont ainsi déteint sur moi, me communiquant cette mélancolie nonchalante, ce regard sur la vie, triste et amusé, qui ne me quittent plus. Le bonheur existant parfois, j'ai eu la chance de correspondre avec celui que je nommais le Grand Michel. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises, notamment à l'occasion du Prix des Hussards, créé, ce n'est plus un secret, pour lui. Michel Déon m'a reçu, ensuite, dans sa propriété de Tynagh, en Irlande. Notre dernière rencontre eut lieu quelques jours avant sa mort.
    Le maître avait de plus brillants disciples mais nul homme n'aura eu de meilleur mentor.»

    L'auteur: François Jonquères est avocat et secrétaire général du Prix des Hussards. Il est l'auteur de plusieurs livres, notamment « La Révolution buissonnière » et « Robert B. Sept nuances de gris », romans parus aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

  • « Vous êtes un styliste hors pair. Votre écriture affutée est d'une grande pureté. Certaines phrases jaillissent comme des évidences, dites-vous. Vous me racontez que vous faites des gammes, que vous ajoutez des voix, des instruments, vous mixez, vous réglez les basses et les aigus, exactement comme un musicien en studio. Les chansons, les mélodies, les airs qui vous ont enchanté sont des chambres d'écho où les images se réveillent. Vous me citez Tender Lovin' Care de MFSB, The First Picture of You de Lotus Eaters, Song for Whoever de Beautiful South. Et puis, nous évoquons Bowie : encore un caractère irréductible, trempé, d'une élégance rare, l'énergie d'un style, et c'est sur cet indomptable que nous tombons d'accord : « La vie est moins belle sans Bowie » me dites-vous. »
    Laurence Biava.
    L'auteur : Laurence Biava, écrivain, agent littéraire indépendant, chef d'entreprise de LB - CLC.
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « La relation que j'entretiens avec Koltès est une relation fraternelle. Comme on ne connaît jamais vraiment son frère, je ne comprends qu'imparfaitement sans doute l'oeuvre de Bernard-Marie Koltès. J'en accepte la marge. Je l'aime comme un petit frère. Il a capté de la jeunesse le refus des idées conventionnelles, des formes et des discours. Il fait entendre une musique nouvelle. Un rythme, un langage métissés. Koltès est à mes yeux, à mes oreilles, un dramaturge francophone bien davantage qu'un auteur français. Il sait aussi me prendre en défaut parce qu'il met en échec ma quête de clarté. Je subis l'énigme de ses personnages avec jubilation. Je prends son oeuvre tout en bloc. Elle entre clandestinement dans mes recoins et me pousse à les visiter. C'est un dialogue qui se régénère à chaque lecture et se poursuit en-dehors. Je n'ai qu'à m'installer, à ma place parmi les autres, pour entendre les personnages de Koltès, à chaque création, parler avec une voix que je découvre. » Bénédicte Forgeron
    L'auteur: Enseignante de lettres et d'histoire des arts en lycée, Bénédicte Forgeron est en charge du service éducatif de la Scène nationale d'Angoulême.
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « J'ai découvert « Stupeur et tremblements » en 2002, trois ans après sa parution. Nommée à un poste de gestionnaire comptable dans une administration publique, je sombrais alors dans les affres de la dépression lorsque je lus le roman d'Amélie Nothomb. Je fus frappée par la similitude de l'expérience de la narratrice Amélie San et de la mienne. En outre, ce texte m'ouvrit à un auteur et à une écriture. Une écriture vive, incisive, courte où se mêlent, à l'extrême, l'humour, l'autodérision et l'humilité. La psychologie du personnage embarqué dans un jeu pervers me stupéfia. « Stupeur et tremblements » changea ma manière d'agir, mon regard sur le réel. Après mon départ de la fonction publique, j'eus une première correspondance avec Amélie Nothomb. Lorsque je me lançai dans l'écriture, elle fut la première personne à qui j'envoyai mon premier ouvrage. Ces échanges se sont poursuivis, au gré des parutions, avec celle qui est devenue ma marraine de coeur. » Sylvie Payet
    L'auteur: Sylvie Payet, formatrice et correspondante de presse, est l'auteur d'un recueil de nouvelles, "À fleur de peau" (2016), et d'un roman, "Camélia rouge" (2017) - ces deux livres parus chez L'Harmattan. "La Baie fait un somme" (Éditions Cadasre8Zéro, 2018) est, entre proses et nouvelles, un ouvrage coécrit avec Philippe Lacoche à partir de photographies de nuit de la Baie de Somme.
    La collection Duetto: un écrivain en raconte un autre.

  • « Il est rare que me soit donnée l'occasion de faire ce que ne font pas les autres. Particulièrement dans le domaine de l'écrit, dit de littérature. Un récit sur une région (Lettres gersoises), sous forme épistolaire, comme au XVIIIe siècle, mon siècle de prédilection. Ou celui d'une année entière, 1986, (L'Année Alison, ou comment survivre en amour à l'âge fatidique de trente-six ans), publié en même temps que des historiettes érotiques extraites de mes écrits intimes. C'était des propositions inattendues d'éditeurs qui m'offraient cette opportunité. Duetto ainsi me permet d'extraire des milliers de pages de mon Journal intime, intitulé « L'Écueil de naître », ce que m'a inspiré la lecture du Journal littéraire de Léautaud.» Serge Safran
    L'auteur: Serge Safran Poète, romancier, essayiste, critique, il est aussi cofondateur des éditions Zulma et fondateur des éditions qui portent son nom.

  • « Françoise Sagan fut de ces quelques écrivains qui m'ouvrirent la porte de la littérature et du théâtre. Grâce à elle, j'accédais à un nouveau monde. Bonjour tristesse et Château en Suède furent de véritables chocs littéraires. Cette "petite musique" que l'on retrouve dans toute son oeuvre, et qui a transporté tant d'hommes et de femmes, ne m'épargnait pas. Je me suis mise à lire tous ses livres. Le choix de ses mots, le caractère de ses personnages, la force de ses décors, la finesse de son style, la subtilité de chaque réplique me donnaient l'envie de la lire encore, de tout découvrir et même de relire. Je dévoile dans ce texte mon histoire avec son oeuvre, ses romans, ses pièces de théâtre, ainsi que ma rencontre avec son fils, Denis Westhoff. Se plonger dans l'oeuvre de Françoise Sagan, c'est devenir dépendant d'un style et d'une écriture reconnaissable entre mille. Mettez-moi au défi de retrouver ses mots parmi d'autres, je vous promets de jouer le jeu et de reconnaître sa plume à coup sûr. » Myriam Thibault

    La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Jules Verne ? Et pourquoi pas la comtesse de Ségur ? Un auteur pour la jeunesse comme écrivain fétiche alors que nous sommes censés arrêter de le lire passé 15 ans. Je persiste et je signe. J'aurais pu choisir la Comtesse dont j'ai follement aimé les livres fillette mais j'ai opté pour le pendant masculin de mes passions littéraires de jeunesse. De nos rêves d'enfance découle tout le reste. Et Jules Verne m'a imposé sa manière : de l'ambition et pas de frontières. Il est celui qui fait cavaler l'imagination. Il la débride. Il la ventile. Il la disperse aux quatre coins du monde et au-delà. Les voyages extraordinaires, un thème inépuisable associé à un adjectif jamais galvaudé chez lui. Le tout en 62 romans que je n'ai pas tous lus mais que je peux toujours lire. On ne quitte jamais Jules Verne. On lui reste fidèle. » Françoise Dargent

    La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Pourquoi ai-je choisi Roger Vailland ? Ce n'est pas moi qui l'ai choisi ; c'est lui qui m'a choisi. Ou, tout au moins, j'en ai, depuis quelque temps, ressenti la prétentieuse et mégalomane impression. Je m'explique. En rédigeant ce texte, j'ai pris conscience qu'au fil des années, trop de coïncidences nous réunissaient, nous unissaient, lui l'écrivain, moi le lecteur. Dans le désordre : son lieu de naissance (Acy-en-Multien), en Picardie, comme moi ; Acy-en-Multien à quinze kilomètres de Silly-le-Long, petit village où résidait mon arrière-grand-mère et où ma mère fut élevée ; son lieu d'adolescence (Reims) et j'ai passé mes vacances d'enfant et d'adolescent au château de Sept-Saulx, dans la Marne, à 21 kilomètres de Reims (mon grand-père maternel y était jardinier) ; la profession de journaliste nous est commune, de même que notre intérêt pour la condition ouvrière, les femmes et l'alcool. Le fait que j'ai été amené, par hasard, à connaître ses amis chers (Jacques-Francis Rolland, Jean-Jacques Brochier) ; ils devinrent les miens. Ils me manquent. Mais, au fond, tout ceci n'est rien. Je pense que Roger Vailland est l'un des plus grands stylistes français. J'aime également qu'il fût un hussard rouge. Un homme de gauche, d'une vraie gauche extrême, qui, jamais, ne fit la morale, et jamais ne négligea le plaisir. C'est si rare... Une manière d'aristocrate, adorateur de nos meilleurs écrivains : Laclos, Stendhal, Diderot, Bernis. » Philippe Lacoche


    La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Je me vois toujours en train de lire un livre de Colette. C'est ma drogue dont je prends, chaque matin, une dose en ouvrant, au hasard, un volume des oeuvres complètes de mon idole qui m'a aussi servi de guide pour explorer Lesbos. Comme Marcel Proust était fasciné par les jeunes filles en fleurs de Gomorrhe, je l'ai été par ces mêmes jeunes filles qui étaient devenues des vieilles dames quand je les ai rencontrées, au siècle dernier. Elles évoquaient, en rougissant de plaisir au souvenir des plaisirs passés, les aventures saphiques de celle qui fut successivement Mme Willy, Mme de Jouvenel, Mme Goudeket et avec qui elles avaient secrètement partagé d'inoubliables voluptés. Seule une femme aimant les femmes comme Colette a pu dépeindre des femmes aussi profondément femmes que Claudine, Lea de Lonval, Julie de Carneilhan, ou Gigi. Avec Colette, les "femmes damnées" chères à Baudelaire sont devenues des amantes ne se cachant plus et montrant leur fierté d'être des élues de Lesbos qui célèbrent ouvertement leur culte. Pour parvenir à cette visibilité, Colette, par son exemple et par son oeuvre, a fait plus que la plus engagée des féministes. Elle a été, à sa façon, révolutionnaire. Et surtout adorable, comme l'avait décrété Léon-Paul Fargue : "Adorable Colette". Oui, adorable et éternelle Colette qui gagne à être mieux connue... » Jean Chalon

    La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Pourquoi l'ancien flic que je suis, devenu auteur de romans policiers, s'est-il passionné pour l'oeuvre de Sartre ? Il n'est pas anodin de fréquenter la mort et des meurtriers. On se pose forcément des questions sur le sens de l'Être, sur "l'existence". Le flic peut trouver chez Sartre une incitation à mieux réfléchir, donc mieux comprendre la nature humaine qui est son champ d'action. L'auteur de polar peut y braconner un modèle d'écriture, du sens, des énigmes ou des personnages. Dans La Nausée, je me suis intéressé aux hommes, lorsqu'ils jouent les imbéciles ou les salauds. Pour moi, le Roquentin et l'Erostrate de Sartre côtoient Maigret et Gabriel Lecouvreur alias "Le Poulpe". Au cours d'une conversation avec l'Autodidacte, Roquentin est soudainement frappé par la réalité d'un couteau à dessert; je serais tenté d'imaginer une suite tragique bien différente de celle philosophique donnée par Sartre. Pourquoi Roquentin n'endosserait-il pas les habits d'un assassin ? Quelques personnages du théâtre de Sartre sont aussi des tueurs en série en puissance. Goetz, notamment, dans Le Diable et le Bon Dieu, qui recherche le Mal pour le Mal : il pourrait devenir un meurtrier mystique. Sartre voulait être à la fois Spinoza et Stendhal. Un auteur de polar pourrait rêver d'être Sartre et Simenon.»
    Jean-Paul Ceccaldi

    La collection Duetto invite écrivains et critiques à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « L'histoire de mon Duetto sur Dan Fante, c'est une histoire de survie. Ou comment la littérature peut relier les êtres, quand on fait le choix -radical- de l'art plutôt que celui de la mort. L'histoire d'un jeune écrivain solitaire, aidé dans son écriture comme dans son existence par un auteur plus expérimenté. L'histoire de deux rapports aux pères, de deux univers qui se rejoignent par la force de résister. L'histoire des liens qui peuvent unir deux plumes, d'une transmission par-delà les océans ; celle aussi d'un héritage impalpable, et pourtant bien réel, qui passe uniquement par les mots.
    L'histoire de mon Duetto sur Dan Fante, c'est une histoire... de vie. » Christophe Diard
    L'auteur : Écrivain épris d'une littérature virtuose, engagée, Christophe Diard s'applique depuis plusieurs années à bâtir une oeuvre aussi discrète qu'enragée. Il aborde des thèmes comme la mémoire, le déni ou la survie. En matière d'écriture, il s'autorise à explorer des formes allant du roman au scénario en passant par la chanson. Christophe Diard est par ailleurs rédacteur en chef du magazine Rebelle(s).
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « Saint Exupéry est beaucoup plus que l'image que l'on a parfois de lui : un aviateur qui a écrit "Le Petit Prince". Pour rencontrer l'essence de son oeuvre, je me suis tourné vers les lieux de son enfance dans la Sarthe et en Provence, j'ai retrouvé les témoignages de ceux qui l'ont côtoyé durant ses années de collège. Et je me suis vite rendu compte qu'il n'est pas indispensable de parcourir le Maroc, l'Argentine ou le désert de Libye pour mettre au jour les sources les plus vivifiantes de son inspiration. » Thierry Dehayes
    L'auteur : Enseignant de culture générale en classes préparatoires aux grandes écoles, Thierry Dehayes s'est intéressé très tôt aux deux écrivains qui, comme lui, ont vécu entre la Sarthe et la Provence : Marcel Pagnol et Antoine de Saint Exupéry. Il a publié une dizaine d'ouvrages. Parmi ceux-ci, "Pique-la-lune, sur les pas de Saint Exupéry en Sarthe", paru en 2001, et "Marcel Pagnol, lieux de vie, lieux de création" (Equinoxe, 2015).
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « J'ai découvert Nietzsche chez les Jésuites à Avignon au printemps 1976. Je me rappelle la sensation de tremblement éprouvée à la lecture de quelques pages de Par-delà bien et mal et cette impression que ce livre s'adressait à moi en particulier. Je marchais dans la cour du lycée, j'avais 17 ans et me croyais marxiste. J'étais ébranlé dans mes certitudes qui m'apparurent soudain comme autant de fictions. Je savais désormais que l'idée que je me faisais de la vie ne serait plus tout à fait la même. Je ne suis pas nietzschéen mais je suis reconnaissant à Nietzsche de m'avoir fait gagner du temps. Quelques semaines seulement après avoir découvert ce livre, je quittai le mouvement des jeunesses communistes auquel j'appartenais depuis l'âge de 15 ans. » Paul François Paoli
    L'auteur : Né à Marseille et corse d'origine, Paul François Paoli est journaliste et critique littéraire. Il a publié une douzaine d'essais dont "La Tyrannie de la faiblesse" (François Bourin, 2010) et "Quand la gauche agonise. La république des bons sentiments", paru en janvier 2016 aux éditions du Rocher.
    La collection Duetto : Ecrivains et critiques sont invités à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « Je vous ai rencontré très tard et j'en suis navrée : que de temps perdu ! J'aurais voulu être du premier cercle de vos lecteurs conquis. Quoi qu'il en soit, je chemine désormais en votre compagnie, vous êtes à mes côtés, une présence pure, discrète et muette, une ombre portée.
    J'apprends à regarder avec vos yeux, puis avec les miens. Je découvre - enfin ! - la beauté du monde. Ce n'est pas un mince cadeau que vos livres me font.
    Je sais que vous n'aimez recevoir que des lettres manuscrites. Qu'allez-vous penser de ce texte qui n'est même pas imprimé mais seulement virtuel ? J'ai cédé à la suave tyrannie des techniques, raison de plus pour vous déplaire. Pardonnez-moi, voulez-vous ? » Eve Chambrot.
    L'auteur: Eve Chambrot vit à Nancy, où elle anime des ateliers d'écriture, notamment à Sciences Po. Après "Le Noeud de pomme" et "La Bonne Distance", son troisième roman, "La Fuite", sortira en août 2016.
    La collection Duetto: un écrivain en raconte un autre.

  • « A votre Simone de Beauvoir, je dénouerai le chignon. Parce qu'elle chapitra à longueur de pages les femmes soumises, vassales, auxiliaires, dévouées, régénératrices, oublieuses d'elles-mêmes, on n'a pas voulu voir cette femme coquette qui se fendait de lettres d'amour sottement passionnelles.
    C'est cette Simone-là que j'aime. La grande amoureuse, la jolie capricieuse, la demanderesse d'affection, épongeant son ego avec une serpillère.
    Je me retrouve en Simone quand je lis et fume seule dans la nuit. Je suis Simone quand on me prend la main et que j'en ai les larmes aux yeux. Je suis Simone quand je vis avec mes livres dans une maison cachée dans un bois. Je suis Simone quand je coupe la parole aux hommes. Je suis Simone quand je baise parce que mes traces de doigts raclent la sueur qui perle sur le dos de mon amant. » Bénédicte Martin
    L'auteur : Petite femme mais grande liseuse, grande voyageuse, grande solitaire, Bénédicte Martin est auteur de nouvelles ("Warm Up", Flammarion, Prix Contrepoint 2004), de poésies, de beaux-livres (La Source des femmes, Glénat, 2010), d'essai (La Femme, Les Équateurs). Elle est aussi journaliste (L'Express, Le Point, Next Libération, Paris Match, Marianne...)
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « J'ai essayé ici de me souvenir de ma découverte de Bret Easton Ellis, de nos rencontres, de mes lectures de ses livres. En choisissant pour cela d'utiliser le "Je me souviens" de Joe Brainard et de Georges Perec afin de remonter le temps, la bibliographie de l'écrivain américain, et d'essayer de présenter une oeuvre qui n'a cessé de me fasciner et de me déranger. Depuis "Moins que zéro", Bret Easton Ellis écrit des romans qu'on déteste ou qu'on adore, mais qu'on n'oublie pas. Il a marqué son époque, difficile d'en douter, et l'a couchée à jamais sur le papier avec une précision lancinante. » Alexandre Fillon
    L'auteur : Né le 26 mai 1970 à Paris, Alexandre Fillon est journaliste littéraire. Il collabore à Lire, au Journal du Dimanche, Sud-Ouest Dimanche et Les Echos. Il a dirigé le recueil collectif "Lire, vivre et rêver" aux éditions des Arènes et participé à l'édition française des "Remèdes littéraires" d'Ella Berthoud et Susan Elderkin chez JC Lattès.
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « Comme tout le monde, je fais des listes (1)
    Et Queneau s'y prête, comme tout le monde.
    Donc, liste : Queneau et l'asthme, Queneau et la boxe, Queneau et le neo-français, Queneau et la fête foraine, Queneau fils unique, Queneau et Rabelais, Queneau et Hegel, et Joyce, et Breton, etc, et les rues de Paris, et le cul des femmes. Ce dernier sujet m'occupe ici : le Q de Queneau.
    Donc, liste : Queneau et la gaine Scandale (d'époque), Queneau et les (jeunes) fesses de Zazie, Queneau et les petits tabliers qu'on dénoue dans les bistrots, et les culottes cyclistes. Liste mon cul, comme aurait dit Zazie, incomplète. Bien sûr, et c'est heureux : la liste, c'est le trou dans la liste, c'est le manque, qui agite tant nos désirs, et nos plaisirs littéraires. »
    Claude Meunier (2)
    1. Il y a les écrivains à listes et les écrivains à images. (a)
    a. Les écrivains à images n'ont aucun intérêt.(b)
    b. Le seul intérêt des écrivains à images, c'est qu'on peut en faire la liste.(c)
    c. Mais on comprend que cet intérêt leur est extérieur.(d)
    d. Voir note a.
    2. Claude Meunier est écrivain. En ligne (effet de légèreté). À l'écart dorénavant, ça s'est fait comme ça, du commerce papetier (dernier livre-en-papier publié : Petit dictionnaire du rire et de ses environs, Seuil, 2011).. Textes de toutes sortes et, en ce moment, plutôt de la poésie, sur son site : claude-meunier.com.

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