Libretto

  • « Vérification de la porte opposée : j'aime cet ordre que le chef de cabine lance à son personnel au moment de l'atterrissage.
    C'est la première chose que l'on entend avant de découvrir un nouveau pays... L'expression pourrait constituer un beau principe philosophique : il faut toujours explorer les chemins qui s'offrent à soi et même ceux qui semblent aux antipodes de ses élans. ».
    Vérification de la porte opposée regroupe deux recueils de nouvelles de Sylvain Tesson parus chez Phébus en 2002 et 2004 sous les titres Nouvelles de l'Est et Les Jardins d'Allah, mais augmenté de façon significative d'un texte inédit.
    Dans cette vingtaine de nouvelles, qu'il décrive la Russie postsoviétique ou les ravages du fanatisme islamique, l'auteur nous parle toujours, avec indulgence, mélancolie et humour, de l'incompréhension entre l'Orient et l'Occident, et plus largement, entre les cultures. La nouvelle inédite, Les Naufragés de l'E19, conte de Noël grinçant, dévoile le cynisme de notre monde. Comme si Sylvain Tesson voulait nous rappeler, sans trop s'en donner l'air, que vivre, où que l'on soit, c'est toujours tomber de haut.

  • Un homme tombe amoureux fou d'un visage, ou plutôt du mystère que celui-ci révèle ou dissimule, c'est selon. Récit de la fureur qu'engendre le désir, cette quête ne peut avoir d'autre issue que tragique. Si le plaisir se partage, le désir, comme la folie, est voué à la solitude. Et cette boîte en os dont on rêve ici de forcer la serrure n'est autre que le crâne humain qui ne laisse échapper aucun de ses secrets.
    Ce livre paru en 1941 est longtemps resté dans l'ombre. En 1984, Phébus le remet en lumière. La presse de l'époque déclare, déjà, son émerveillement.

  • Jacques Verdier, jeune artiste de vingt-huit ans, se suicide.
    Celui qui découvre son corps peut lire cette courte lettre. « Je me tue volontairement, et pour des motifs personnels. [...] Je réclame la fosse commune et prie monsieur le commissaire de police qui fera la constatation de bien vouloir accepter, pour lui personnellement, le pli cacheté qui se trouve sur ma table : il fera de son contenu l'usage qu'il voudra. » Dans ce pli, un manuscrit titré Un amour. S'y déroule de façon implacable le récit d'une vie qui ne pouvait mener qu'à une mort violente.
    Depuis sa plus tendre enfance, Jacques Verdier provoque malgré lui d'épouvantables accidents mortels. Crises cardiaques, chutes, empoisonnements, brûlures se multiplient autour de lui. À tel point que la question lancinante de sa propre responsabilité l'accule à envisager une solution fatale.

  • L'origine du monde ; vie du modèle Nouv.

    L'Origine du monde de Gustave Courbet figure parmi les tableaux emblématiques de l'histoire de l'art. Malgré cela, le modèle en était demeuré inconnu. Jusqu'à ce que Claude Schopp en découvre son nom, par hasard, en annotant la correspondance inédite entre George Sand et Alexandre Dumas fils. Une révélation que d'autres sources sont venues étayées.
    Ce récit invite le lecteur à accompagner le chercheur dans sa tentative à redonner vie à cette danseuse aux beaux sourcils noirs, bientôt demi-mondaine et maîtresse de l'étonnant Khalil-Bey, diplomate ottoman en poste à Paris. On la retrouve ensuite femme de bien, généreuse donatrice aux oeuvres de charité. Peu à peu, un visage et une âme sont restitués à celle dont le sexe incarne la peinture réaliste.

  • Bernard Ollivier aura cheminé, la retraite venue, d'un bout à l'autre de l'Asie, d'Istanbul à Xi'an, en longeant l'ancienne route de la Soie. Quatre années passées les chaussures aux pieds, essentiellement à la belle saison, afin de pouvoir franchir les hauts cols d'Anatolie et du Partir impraticables en hiver. Quatre années racontées au fil des jours dans un récit qui n'est en rien l'évocation d'un exploit mais bien le partage d'une aventure humaine rare, par un voyageur émerveillé allant de rencontre en rencontre et qui constate que son projet lui est aussi mystérieux que le monde.

  • Gérard de Cortanze livre ici une reconstitution sensible de la vie de Frida Kahlo (1907-1954).
    Pour raconter cette figure mythique de l'art du xxe siècle, il choisit de mettre en lumière, de manière tout à fait subjective, des rencontres ou des événements qui ont marqué son existence et imprégné sa création. On y croise donc, tout au long des sept courts chapitres, son compagnon Diego Rivera bien sûr, mais aussi la photographe-portraitiste Gisèle Freund ou Léon Trotski, réfugié au Mexique et dont elle a été la maîtresse.

  • Combat d'un éléphant happé par un anaconda alors qu'il se baignait dans le fleuve. Vers la dixième heure de cette lutte de titans, l'éléphant qui avait laissé à chaque immersion sa trompe dressée hors de l'eau, traîna enfin le serpent de 15 mètres sur la berge pour le piétiner de fureur... Telle est l'Afrique que raconte Jean Michonet, fils d'un normand et d'une métisse née du peuple Myéné ; une Afrique fabuleuse des forêts et des rivières, des clairs-obscurs et des lianes déchirées par des galops d'apocalypse...

  • Suisse, canton de Berne, fin du XIXe siècle.

    On vivote entre misère et exploitation, entre les étables et une industrie horlogère encore balbutiante. Une série de conférences de Bakounine à Saint-Imier en 1871, plein de l'ardeur de la Commune de Paris, éveille l'idée qu'une autre vie est possible.

    En juin 1873, dix jeunes femmes font le pari insensé de bâtir, à l'autre bout du monde, une communauté où régnerait « l'anarchie à l'état pur ». Valentine, dernière survivante des « dix petites anarchistes », nous fait le récit de cette utopie en acte qui les conduit de Suisse en Patagonie jusqu'à Buenos Aires, en passant par l'île de Robinson Crusoé.

    Extraordinaire épopée de femmes soudées par un amour farouche de la liberté, ce livre est aussi, et peut-être avant tout, une émouvante collection de portraits de femmes fortes, magnifiques de courage qui, comme le dit l'auteur, « prouvent que l'utopie peut être un principe de vie ».

  • La balade commence au palais du Louvre. On y surprend le lever du roi Henri IV. L'auteur nous promène ensuite dans tout Paris. Il nous fait franchir parfois de vieilles portes, comme celle aperçue au fond d'une ruelle du village de Noisy-le-Roi.
    Le temps d'un instant, il fait revivre le chef de la bande Lauda qui, durant l'exécution de sa propre femme et de sa fille, vole le cheval de l'exécuteur au beau milieu de la place de Grève.
    Pour nous, il entrouvre la porte des Archives nationales qui n'abrite pas que des vieux papiers. La machine infernale de Fieschi, le poignard de Louvel et l'habit porté par Damiens qui frappa Louis XV de son canif en constituent quelques preuves.
    /> Les anecdotes sont nombreuses. Le ton est plaisant. Ici, Paris, revit, quartier par quartier. On le doit à ce livre insolite et au talent de ce formidable conteur qu'est G. Lenotre.

  • Des neiges du Pamir aux ruelles de Hashgar, seule métropole d'Asie centrale à vivre encore à l'heure des Mille et Une Nuits, des interminables déserts du Taklamakan et de Gobi à la Chine des Hans, Bernard Ollivier continue de marcher sur la route de la soie. Il en arrive, chemin faisant, après être passé sur les traces des anciens fidèles à l'enseignement du Bouddha, à regretter la générosité de l'Islam si familier au voyageur.
    S'il tire quelques conclusions personnelles et peine à retrouver les repères d'un monde soi-disant moderne, c'est toujours sur le ton pudique et réservé qui donne à son récit l'écho de l'universel...

  • En 1763, la corporation des libraires passe commande auprès de Denis Diderot d'une lettre qui sera adressée à la fin de cette même année au lieutenant général de police (actuel ministre de l'Intérieur), Monsieur de Sartine. À cette époque, le droit d'auteur n'existe pas. Les privilèges (autorisation de publier délivrée par les services du roi) sont remis aux libraires, qui sont aussi éditeurs, sans prendre en compte les auteurs.
    Dans cette lettre, Denis Diderot se fait autant l'opposant des corporations en général que le défenseur des privilèges des libraires en matière d'édition. On y retrouve aussi la question de la contrefaçon, de la concurrence déloyale ou encore des conditions de l'exercice du métier de libraire et d'éditeur.
    Il y expose également des idées novatrices sur le droit d'auteur et la diffusion des oeuvres tout en faisant preuve d'une grande ingéniosité rhétorique.
    S'il fait croire à son lecteur qu'il épouse les idées de Sartine, c'est pour mieux développer, et valoriser, ses arguments à la suite.

  • Après deux tentatives d'évasion et douze mois de détention dans les prisons du Roussillon, de Catalogne et d'Estrémadure, Pierre Dac réussit à gagner l'Angleterre en octobre 1943. Il intègre immédiatement l'équipe de la fameuse émission de la BBC Les Français parlent aux Français. Résidant à Londres jusqu'en juin 1944, il dresse dans ce livre de souvenirs un tableau pittoresque de la capitale britannique alors peuplée de Français.
    Car, mieux encore qu'un reportage vécu, le livre de Pierre Dac est un véritable document sur le petit univers encore mal connu de cette phalange de Français libres de Londres qui après avoir été les instigateurs du refus de la défaite, furent les messagers de l'espoir avant de devenir les premiers artisans de la victoire.

  • K.O.

    Hector Mathis

    Sitam est un jeune homme à la situation précaire. En décalage avec la société de son temps, amoureux de littérature et de jazz, il vit chez sa petite-amie, Capu. Un soir, alors qu'un attentat, qui rappelle celui du 13 novembre, frappe la ville, ils décident de fuir pour rejoindre une banlieue imaginaire, baptisée « la grisaille », d'où Sitam est originaire. De nouvelles péripéties les poussent à partir à l'étranger.
    Mais, Sitam y apprend qu'il est atteint d'une maladie incurable. Il choisit alors de tout quitter. Sur les chemins de son errance, il croise des personnages burlesques, désabusés, effleurant la folie, d'attachants détraqués, que l'auteur décrit dans une langue brute, syncopée mais pourtant très fluide.

  • Un monde se meurt. Immémoriaux, les Tahitiens ont trahi leurs dieux et leurs coutumes. Le drame se joue au moment de l'arrivée des Européens sur les rives enchantées de la Polynésie, à la fin du XVIIIe siècle. Il prend ici figure d'allégorie : en vain, Paofaï, le dernier païen, partira à la recherche d'une écriture capable de sauvegarder les « mots qui ne doivent pas mourir » ; et moins de vingt ans suffiront aux Occidentaux pour anéantir une culture restée jusque-là intacte.
    Dans ce premier livre, une active nostalgie mène Victor Segalen, non à déplorer, mais à recréer la belle « société antique et forte », ses fêtes, son culte du jouir, son alliance heureuse avec la nature. Le livre, publié en 1907 sous un pseudonyme, acquiert tout son sens aujourd'hui où nous en mesurons le caractère prémonitoire.

  • Édition limitée reliée simili cuir.

    Sise au fin fond de la forêt, une cabane en rondins abrite deux êtres hallucinés : un colosse marqué par la folie et son fils. Orphelin de mère livré à lui-même, nourri dans ses premiers jours avec le lait d'une hérissonne trouvée morte, ce dernier se retrouve adulte devant un juge silencieux pour avouer des actes inqualifiables.

    Son témoignage l'amènera à révéler peu à peu, en toute ingénuité et dans une langue unique, l'incroyable histoire de sa vie comme le destin tragique de son père.

  • Initialement destiné à Madame du Barry, l'une des dernières favorites de Louis XV, le célèbre collier de diamants ne parvient pas à sa destinataire. Le roi meurt avant la fin de sa réalisation.
    Dépités, les joailliers mettent en vente le bijou d'exception, composé de près de 650 diamants et pesant 2 800 carats.
    Le 28 décembre 1784, Madame de La Motte, qui se présente comme une amie de la nouvelle reine Marie-Antoinette, se montre intéressée. Elle affirme aux joailliers qu'elle va intercéder auprès de sa maîtresse pour la convaincre d'acheter le bijou. Elle devra toutefois passer par un prête-nom.
    En quête de fonds pour mener ses guerres, le pouvoir royal ne peut se permettre de se porter officiellement acquéreur.
    D'autant que Marie-Antoinette a refusé l'achat du collier deux ans auparavant.
    C'est le début de l'Affaire du collier. Restant au plus près des faits historiques, l'auteur défend la thèse selon laquelle Madame de la Motte aurait abusé du Cardinal de Rohan, Grand aumônier de France en disgrâce auprès de Marie-Antoinette et qui a accepté de jouer les prête-noms.

  • Examinateur d'admission à l'École militaire de Saint-Cyr, Hippolyte Taine entreprend des tournées dans toute la France de 1863 à 1866. Il en profite pour rédiger quotidiennement des notes, prises à la volée, sur de tout petits cahiers, la plupart du temps au crayon et presque toujours sans corrections ni ratures. Dans sa correspondance, Taine manifeste ensuite, et à plusieurs reprises, son intention de les publier... mais d'autres projets jugés plus urgents interrompent ce projet.
    La guerre de 1870 l'enterre définitivement.
    C'est dans leur contexte qu'il convient d'apprécier ces notes.
    En les lisant aujourd'hui, le lecteur avisé constatera toutefois sans réserve que la forme reste très aboutie.

  • Entre les mois de février et novembre 1906, Félix Fénéon, critique d'art et journaliste, anime une rubrique dans le quotidien Le Matin intitulée « Nouvelles en trois lignes ». Il s'agit de dépêches sous forme de brèves qui n'excèdent pas trois lignes et qui, sous cette contrainte, confèrent à ces faits divers, ou plutôt à ces « histoires », poésie et humour noir.

    Réunis en 1948 en un volume après la mort de leur auteur, ces courts textes aux accents de haïku seront rapidement célébrés par les surréalistes.

  • Linda Lê, fervente « istratienne », a rassemblé ici en trois volumes l'OEuvre quasi complète de Panaït Istrati, vagabond roumain qui avait décidé à trente ans de raconter le monde et sa vie en français, et qui fut salué par l'enthousiasme de ses pairs : Romain Rolland, Kessel, Kazantzakis, Claudio Magris. Soit une quinzaine de titres, romans ou contes autobiographiques, nés sur l'improbable frontière où se rejoindraient l'itinéraire de Jack London et celui de Shéhérazade.

    Trois volumes rassemblent l'oeuvre quasi complète de l'écrivain roumain d'expression française Panaït Istrati, salué en son temps par des personnalités telles que Romain Rolland ou Joseph Kessel et surnommé le Gorki des Balkans.

  • Comment peut-on être persan ?

    Le mieux est encore d'aller voir... et c'est ce que fait Jean Chardin dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Il s'établit alors dans la capitale de l'Empire pour y faire commerce de diamants. C'est au titre de représentant de la Compagnie anglaise des Indes orientales que Chardin entreprend en 1686 la publication de ses voyages.
    Ce récit passionnant reçoit au siècle suivant l'éloge de Rousseau, Voltaire, Gibbon et bien sûr Montesquieu. Empreints d'un sens aigu de l'observation et considérés par les spécialistes comme une source historique de première main, les voyages de Chardin gardent encore aujourd'hui un intérêt considérable.

  • Jane, du haut de ses vingt ans, observe le monde avec une lucidité à la fois légère et grave. Éprise d'un champion du monde de lutte dont les performances amoureuses sont inversement proportionnelles à ses performances sportives, elle ne le voit qu'entre deux compétitions. Pour combler ses absences et cette solitude, elle accepte les avances d'un vieux monsieur très riche. Car Jane veut tout, comme on veut tout à vingt ans et, à défaut de s'aimer elle-même, elle aime son corps, sa jeunesse dont elle ne veut rien perdre - obsédée déjà par la fuite du temps.

  • En 1931, l'industriel André Citroën organisait avec le concours de l'État et d'organismes privés l'« expédition Citroën Centre-Asie » appelée à un grand retentissement : la traversée en automobile de l'Asie centrale, de Beyrouth à Pékin.

    L'expédition fut divisée en deux groupes. Le premier, le groupe Pamir, dirigé par le directeur général des usines Citroën, Georges-Marie Haardt, et Louis Audouin-Dubreuil, partit de Beyrouth le 4 avril ; le second, le groupe Chine, dirigé par Victor Point, lieutenant de vaisseau, partit du nord-est de Pékin pour aller à la rencontre de l'autre équipe. Leur jonction se fit dans le Sin-kiang, le 8 octobre. Les deux groupes réunis arrivèrent à Pékin le 12 février 1932.

  • Née Adèle Eugénie Sidonie Landoy en 1835 à Paris, Sido fut immortalisée par sa fille Colette, qui fit d'elle « le personnage principal de toute [sa] vie » et de plus de quatorze de ses ouvrages. Sido fut également une mère à nulle autre pareille, une belle-mère à la dent dure, et une libre penseuse revendiquée.
    Riche de plus de quatre cents lettres, sa correspondance avec sa fille cadette révèle - au-delà du témoignage sur l'époque - l'envers du miroir, où l'on découvre une Sido intransigeante et pourtant profondément aimante, celle qui, bien qu'admirant Colette l'écrivain, s'inquiétait de la voir perdre son temps dans le monde du music-hall, n'hésitant pas à lui parler de son manque de talent... Une femme à double tranchant, une fille qui le lui rendait bien : ce recueil rétablit l'équilibre et nous dévoile une relation particulière, teintée d'amour et d'amertume.

  • Gilles, adolescent ayant grandi en ville, est placé à la campagne chez sa tante pour quelques mois. La nature bordelaise lui procure alors un bonheur qu'il ignorait, notamment lors de ses promenades dans un jardin situé près de l'estuaire...

    Cette douceur est mise à rude épreuve alors qu'il intègre l'internat du collège voisin. C'est toute la dureté des relations entre adolescents qui rythme désormais son quotidien. Mais là se nouent également les amitiés les plus fortes. Gilles assiste aussi aux premières mises à mal d'une intégrité morale qui soulignent l'entrée dans l'âge adulte. Il éprouve par ailleurs le manque de ce père malade auquel la mère consacre toute son énergie... jusqu'à l'inéluctable.

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