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La Republique Des Lettres
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Le phénomène humain
Pierre Teilhard de Chardin
- La Republique Des Lettres
- 2 Janvier 2026
- 9782824912158
Homme de science, philosophe et théologien, le Père Pierre Teilhard de Chardin a fait de la synthèse du christianisme et de la connaissance scientifique moderne l'objet constant de son étude et de sa réflexion. Dans cet essai qui ouvre de vastes horizons à tous ceux qui cherchent à comprendre le sens du monde et de la vie, il apporte une contribution magistrale à la cosmologie et à la phénoménologie de l'univers, domaines de recherche où convergent nécessairement science, philosophie et religion. Tout en restant exclusivement sur le terrain scientifique, "Le Phénomène humain" élargit le champ de la réflexion en offrant une solide synthèse sur l'évolution de l'humanité et la conscience de l'univers. Pour Teilhard de Chardin, l'Univers est une évolution qui va vers l'Esprit. La matière originaire contient en son sein la conscience comme élément organisateur, par laquelle l'évolution se présente comme un processus qui n'est pas complètement déterministe, mais aussi téléologique. L'univers, comprenant l'homme et son histoire, tend vers un point oméga identique à un alpha qui serait le corps du Christ cosmique.
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Premier volet d'une vaste fresque romanesque placée sous le titre d'«Ébauche d'une mythologie de la réalité», et inspiré par les dures années d'apprentissage de l'auteur dans l'hôtellerie, L'Apprenti évoque l'adolescence d'un garçon d'hôtel voyeur et onaniste. À travers la conscience d'un narrateur désenchanté, Raymond Guérin y observe en entomologiste une humanité aussi désespérante que sa propre vie. «Plaire aux femmes, se faire inviter, être dans le ton, se parfumer comme une cocotte, ça pouvait être aussi une vocation. Mais oui, les destinées les plus brillantes semblaient promises à Fragonard. Il était de cette catégorie d'individus qui savent se servir. À eux les femmes, les titres, les hommages, l'argent. Lui, il les regardait se servir. Aujourd'hui encore, il était là, en spectateur passif, sur son gradin, pendant que d'autres garçons, dans ce stade, sous ses yeux, allaient se couvrir de gloire. Il n'avait jamais été qu'un spectateur jusqu'ici. Et ça menaçait de durer.»
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Chef-d'oeuvre d'émotion retenue et peinture sans concession de l'exploitation émotionnelle, "L'Élève" raconte la relation intense, complexe et douloureuse entre Morgan Moreen, un jeune garçon d'une intelligence et d'une sensibilité exceptionnelles, et son précepteur, Pemberton, un jeune homme cultivé mais pauvre. Celui-ci, sincèrement attaché au jeune garçon, découvre rapidement la médiocrité morale des parents de Morgan, leur inconséquence et leur hypocrisie. La tension s'accroît lorsque Morgan, lucide, comprend qu'il est abandonné par sa famille. Le récit culmine dans un drame poignant, fait de trahison involontaire et de fidélité impuissante. En un récit bref mais d'une grande densité psychologique le roman explore les thèmes de la pureté et de la corruption, de l'amour inconditionnel et de la trahison morale, de la loyauté et du sacrifice. À travers le regard de Pemberton, Henry James brosse un tableau cruel de l'inhumanité bourgeoise, où les sentiments véritables sont écrasés par l'égoïsme et l'aveuglement.
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L'auteur des "Vies imaginaires" a rencontré le modèle de son héroïne en 1891. Selon Jules Renard, c'était une petite prostituée simple d'esprit qui mourût à l'âge de 25 ans. Figure ici du nihilisme, du dénuement et de la compassion, la Monelle imaginée par Marcel Schwob doit sans doute plus à la Sonia dostoïevskienne de "Crime et Châtiment". Initiatrice évanescente et fugitive, elle révèle une sagesse nouvelle: sa volonté de destruction, sa négation de toute permanence, son dépouillement de soi, constituent un enseignement qui condamne l'illusion de la durée et vise à la pure connaissance de l'instant. Ses sentences préconisent l'oubli de soi: "Ne te connais pas toi-même", "oublie-moi et je te serai rendue",... S'effaçant devant ses onze soeurs (l'égoïste, la sacrifiée, la rêveuse, la fidèle, la perverse, l'insensible,...), toutes étapes de son ascèse intérieure, elle ressuscite pour s'accomplir dans le royaume blanc de l'enfance. Marcel Schwob distille ici en virtuose les philtres du meilleur symbolisme et du préraphaélisme finissant: nuances crépusculaires, plaines automnales, érotisme pédophile.
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Avec "Histoires naturelles", Jules Renard se révèle poète et chasseur d'images animé par un intense amour de la nature. En disciple des Naturalistes, l'auteur de "Poil de Carotte" fixe ici les figures des animaux par des traits brefs et fermes, en se servant d'un jeu subtil d'analogies picturales et musicales. S'en tenant à la manière propre aux classiques, il touche à la poésie pure avec une imagination lucide et une subtile ironie. Plein de ferveur, son amour des animaux l'inspire tout entier. Sa phrase nous fait entendre le chant de l'alouette comme elle nous évoque la splendeur princière du paon. Le compositeur Maurice Ravel ne s'y est d'ailleurs pas trompé en donnant une merveilleuse transcription musicale à plusieurs de ces "Histoires naturelles".
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Le personnage principal de "Paludes" est un homme de lettres qui parle de lui-même comme dans un journal intime. Il passe ses journées en conversations et démêlés de bon ton avec des écrivains, des intellectuels et une femme d'esprit qui lui voue une pathétique amitié amoureuse. Il lui vient alors l'idée d'écrire un livre intitulé "Paludes" qui racontera la vie d'un personnage languissant et névrosé s'abandonnant, dans une tour isolée, à une création littéraire fantaisiste. Son personnage principal se nomme Tityre, en référence au Tityrus des "Bucoliques" de Virgile. Avec une toute mondaine importunité, les connaissances prient bientôt l'auteur de leur communiquer des extraits du livre afin de pouvoir en disserter. Trop faible pour refuser, il cède à leur requête, mais lorsqu'il cherche à faire comprendre la véritable signification et l'enseignement à tirer de son oeuvre, personne ne l'écoute. Après s'être plaint de ne pas être compris, il s'avoue finalement vaincu et consent à ne voir dans son livre qu'un stérile divertissement d'esthète. André Gide a classé "Paludes" dans la série de ses «Soties» qui décrivent sur un mode satirique le milieu littéraire.
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Poil de Carotte n'est pas vraiment un enfant martyr, car son triste sort l'a rendu rusé, sournois, menteur même, prêt à se défendre comme il peut. Il est plein de sentiments qu'il ne sait pas extérioriser, et quand il s'y efforce, maladroit et sot, il ne réussit qu'à exciter l'hilarité autour de lui. Il trouve quelque réconfort auprès de son père, qui est lui aussi une victime, mais qui ne montre qu'à peine son affection à son fils. Jules Renard nous campe son personnage à l'aide de rapides croquis, très mordants, tantôt mêlés de poésie triste, ou animés par un réel et intense sentiment de la nature, tantôt cruellement ironiques, amers, accentués par une épigramme finale. De cette suite de tableaux, se dégage un portrait d'enfant d'une vérité inoubliable, car c'est sa propre expérience, sa propre tristesse, que Jules Renard a mis dans ce livre. Et cette douloureuse figure de jeune garçon que sa mère n'aime pas devient comme le symbole de l'âme humaine, avide d'affection, mais incapable de s'ouvrir, suffoquant dans son amertume et sa solitude.
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Anarchiste exilé en Suisse après la Commune de Paris, géopoéticien avant l'heure, précurseur de l'écologie et de la mésologie, c'est en savant, philosophe et poète qu'Elisée Reclus s'attache ici à décrire le milieu naturel de la montagne, observé lors de son séjour dans les Alpes, qui lui permet de retrouver la joie et l'émerveillement. Menant en parallèle étude scientifique et réflexion philosophique sur la liberté et le bonheur, explorant et analysant les paysages, la géologie, le climat, la flore, la faune, se penchant avec humanité sur la vie des montagnards, il décrit et explique l'environnement avec clarté et simplicité, transmettant au lecteur toute l'émotion de l'expérience vécue. "Histoire d'une montagne" est à la fois un traité géographique sensualiste et une méditation philosophique, à la fois science et poésie.
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La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes
Oswald Wirth
- La Republique Des Lettres
- 1 Mai 2025
- 9782824912226
Compagnon du Grand Orient de France puis Vénérable Maître de la Grande Loge Symbolique Ecossaise avant d'oeuvrer ardemment à la fusion des deux obédiences, Oswald Wirth a été l'un des acteurs majeurs de la Franc-maçonnerie française. Magnétiseur médical, directeur pendant 30 ans de la revue franc-maçonnique "Le Symbolisme", membre des plus grandes sociétés secrètes, auteur d'une vingtaine d'ouvrages consacrés aux symbolismes et aux traditions initiatiques, dont un tarot kabbalistique, il a étudié de près les oeuvres d'Eliphas Lévi, Papus, Joséphin Péladan et Stanislas de Guaita entre autres. Mais son oeuvre la plus importante et la plus connue reste sans conteste "La Franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes", sous-titrée "Sa philosophie, son objet, sa méthode, ses moyens". Incontournable guide pour tout chemin initiatique, ce livre de référence devenu un classique est accessible à tout esprit curieux de comprendre l'univers fascinant de la Franc-maçonnerie: sa philosophie, son histoire, ses traditions, ses symboles, ses rituels, ses préceptes et ses mystères. Il permet aussi de découvrir la haute pensée d'un homme libre et d'un chercheur d'âme soucieux toute sa vie de retrouver les véritables sens symboliques de la Vérité et de l'Initiation. Cette édition rassemble en un seul volume le texte intégral des trois manuels originaux: "Le Livre de l'Apprenti", "Le Livre du Compagnon" et "Le Livre du Maître", accompagné de 103 illustrations.
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Les "Mémoires de Barry Lyndon" relatent à la première personne l'ascension et la chute de Redmond Barry, jeune et ambitieux aventurier irlandais du XVIIIe siècle. Après un duel avec un rival amoureux, il s'enfuit de son village, s'engage dans l'armée britannique, participe à la guerre de Sept Ans, déserte, se fait enrôler de force dans l'armée prussienne où il est repéré par un officier influent qui l'emploie comme espion. Après plusieurs aventures à travers l'Europe, il adopte une nouvelle identité et devient joueur et escroc professionnel. Cherchant à s'élever dans la société par tous les moyens, il séduit et épouse une aristocrate anglaise, la riche comtesse de Lyndon. Désormais connu sous le nom de Barry Lyndon, il mène une existence fastueuse mais arrogante, accumulant les ennemis et se montrant tyrannique envers son entourage. Son orgueil et ses excès précipitent sa chute. Il perd peu à peu sa fortune et son prestige. Finalement, il est trahi, emprisonné, et termine misérablement sa vie. À travers ce héros à la fois fascinant et détestable, Thackeray dresse un portrait acerbe de la société anglaise du XVIIIe siècle. Par son style satirique et son exploration des illusions humaines, il propose une réflexion brillante sur l'ascension sociale. "Barry Lyndon" a été magistralement adapté au cinéma par Stanley Kubrick.
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Arsène Lupin contre Herlock Sholmes
Maurice Leblanc
- La Republique Des Lettres
- 1 Avril 2025
- 9782824912233
Écrit à la suite d'"Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur", qui contient la nouvelle "Herlock Sholmes arrive trop tard", "Arsène Lupin contre Herlock Sholmès" est un recueil de deux récits: "La Dame blonde" et "La Lampe juive". Le héros de Maurice Leblanc s'y trouve cette fois véritablement confronté au célèbre détective anglais Herlock Sholmès, venu à la rescousse de l'inspecteur Ganimard pour résoudre de nouveaux mystères et tenter de capturer l'insaisissable gentleman-cambrioleur. Entre intrigues et énigmes plus palpitantes les unes que les autres - Qui est cette dame Blonde ? Qui a volé le diamant bleu, la lampe juive, le billet de loterie gagnant ? -, ces deux nouvelles aventures sont surtout le prétexte à un jubilatoire duel à fleurets mouchetés entre les deux plus grands héros de la littérature populaire du début du XXe siècle: Sherlock Holmes de sir Arthur Conan Doyle et Arsène Lupin de Maurice Leblanc. Le résultat donne un petit chef-d'oeuvre parodique plein de suspens et de malice même si, comme à son habitude, l'insolent Arsène finit toujours par se jouer avec brio de toutes les polices.
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Après une déception amoureuse, un médecin allemand part exercer sa profession dans un comptoir colonial indonésien. La nature tropicale et l'ennuyeuse compagnie de quelques fonctionnaires le poussent à se retirer dans la solitude. L'alcool apaise sa maladive nostalgie de l'Occident. Un jour, une jeune anglaise enceinte vient lui demander de la faire avorter clandestinement. Il refuse dans un premier temps mais la rencontre l'obsède. Cette femme fait naître en lui un amour tourmenté et insensé, en tout semblable à l'«amok», cette transe qui s'empare parfois des indigènes, les faisant courir comme des possédés en tuant tous ceux qu'ils rencontrent. Quelques jours après, la femme agonise avant qu'il puisse intervenir car elle a eu recours à une faiseuse d'anges. Juste avant de mourir elle exige du médecin que sa grossesse et son avortement restent secrets. Il rédige un certificat de décès falsifié puis décide de quitter l'Indonésie. Le corps de la défunte est transféré sur le bateau qui le ramène en Europe. Craignant qu'une autopsie soit décidée, il se précipite à la mer avec le corps afin de sauver l'honneur de la morte. "Amok" est une nouvelle fascinante qui illustre brillamment la maîtrise de Stefan Zweig dans l'exploration des tourments de la passion amoureuse. Le récit, construit sous la forme d'une confession, crée une atmosphère de tension dramatique et de suspens psychologique particulièrement intense.
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Georges Duroy, d'origine modeste et médiocrement instruit, mais à l'esprit résolu et, surtout, jeune et séduisant, monte tenter sa chance à Paris après avoir servi comme sous-officier en Afrique. Il y retrouve un ancien compagnon d'armes, Charles Forestier, qui brille maintenant dans le journalisme. Avec sa femme, il l'aide à publier un premier article qui connaît un fort retentissement. Duroy pénètre bientôt les rouages de la profession et les dessous du Tout-Paris. Il sait plaire à un propriétaire de journaux rusé et à plusieurs femmes influentes qui l'aident dans son ascension sociale. Son audace et son charme suppléent à son manque de culture. Un duel gagné accroît son prestige. Au fil des intrigues et des manipulations, Duroy, devenu désormais «Bel-Ami», prêt à tout pour faire fortune et asseoir son pouvoir, révèle une âme profondément dévoyée et cynique. Guy de Maupassant fut accusé de pessimisme outré pour ce roman balzacien qui fit scandale lors de sa parution. Il répondit qu'il s'était borné à écrire une satire du journalisme parisien. Avec son brio irrésistible et son style alerte et précis, "Bel-Ami" reste l'une des oeuvres les plus marquantes de la littérature française du 19e siècle.
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Viane perd sa femme à laquelle il était lié par une intime communion de pensée. Pour vivre dans son souvenir, il vient s'installer à Bruges, car il lui semble retrouver dans cette ville une analogie avec la disparition de sa femme. À travers les canaux, il poursuit l'image de son visage d'Ophélie et, dans le chant doux et lointain des cloches, il cherche l'écho de sa voix. Un soir, dans les rues de la vieille ville, il retrouve la femme aimée dans le visage d'une autre femme qui lui ressemble étonnamment. Elle devient sa maîtresse. Dans un accès de folie il l'étrangle. L'intrigue est noyée dans l'évocation extrêmement délicate de Bruges, qui est la vraie héroïne du roman avec ses tours, ses cloches et ses canaux sillonnés de cygnes sous un ciel de brume. Tout entier pénétré du sentiment de la mort et de la fatalité, avec des personnages évoluant dans une atmosphère de rêve, "Bruges la Morte" est l'un des chefs-d'oeuvre de l'école symboliste, tant par le raffinement du décor que par ses constantes allusions aux liens secrets qui unissent les âmes et les choses.
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Jacques le fataliste et son maître
Denis Diderot
- La Republique Des Lettres
- 1 Avril 2025
- 9782824912257
À la fois roman et dialogue philosophique, "Jacques le Fataliste" est une longue conversation entre un brave valet, Jacques, et son maître, tous les deux personnages errants toujours prêts à philosopher à bâtons rompus sur la vie humaine. Tout en cheminant, Jacques raconte sa vie et ses amours à son maître. Il a son franc-parler et des opinions tranchées. Il proclame en particulier que tout ce qui arrive est déjà écrit dans le grand registre du destin et que la vie est un enchaînement de forces que l'homme n'a que l'illusion de commander. Plusieurs récits divers et variés relatant les aventures de Jacques se détachent du dialogue: l'histoire des amours de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis, la romanesque histoire d'un moine défroqué (prétexte à une diatribe anticléricale), ou encore la vie et les aventure d'un certain M. Desglands. Le dialogue entre les deux hommes se poursuit, interrompu par des incidents, des rencontres, des sautes d'humeur, et même parfois par les interventions directes de l'auteur qui réfléchit tout haut sur la conduite de ses personnages. "Jacques le Fataliste", avec son mélange des genres, la truculence de ses scènes, le comique des situations et la vivacité de la narration, n'est pas sans rappeler les chefs-d'oeuvre de Sterne, Voltaire, Cervantes ou Rabelais.
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Émile : ou De l'éducation
Jean-Jacques Rousseau
- La Republique Des Lettres
- Rousseau
- 3 Mars 2025
- 9782824912301
Fidèle à son principe philosophique selon lequel l'homme naît bon, ses vices étant imputables à un état social mal organisé et à une éducation déficiente, Jean-Jacques Rousseau tente d'établir dans ce livre les principes d'une éducation naturelle. Il le fait en donnant à son traité la forme d'un «roman psychologique». L'éducation naturelle est pour lui non pas celle fondée sur les règles et traditions de la société mais sur la connaissance de la véritable nature de l'homme et de l'enfant. Il considère que les instincts naturels, les premières impressions, les sentiments et les jugements spontanés qui naissent au contact de la nature sont les meilleurs guides de la conduite humaine et donc son enseignement le plus précieux. Il s'ensuit qu'il faut respecter et favoriser chez l'enfant le développement de ces phénomènes instinctifs et se garder de les étouffer par une éducation mal comprise. Le philosophe veut «préparer le chemin à la raison par un bon exercice des sens». Ces affirmations de principe étant posées, il propose un cycle complet d'éducation divisé en quatre périodes correspondant au développement du corps (de 1 à 5 ans), des sens (de 5 à 12 ans), du cerveau (de 12 à 15 ans) et du coeur (de 15 à 20 ans). La nouveauté et l'audace pédagogique de l'"Émile" ont fait l'objet de longues polémiques courant de la date de publication du livre (1762) jusqu'au 20e siècle - l'ouvrage fut sévèrement condamné par le Parlement, par l'Église et même par certains philosophes comme Voltaire - mais ses théories sont aujourd'hui en grande partie passées dans la pratique et adoptées par le monde de l'éducation. Et les travaux des plus grands éducateurs du 19e et du 20e siècle (Pestalozzi, Herbart, Froebel, etc), tout en le discutant et le nuançant, dérivent pour la plupart directement de l'"Émile". Un style direct et vivant, riche de digressions poétiques, conservent encore aujourd'hui à ce livre majeur toute sa vitalité.
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Publié en 1852 (édition complétée en 1874), ce recueil de 24 récits et un épilogue, présentés comme extraits des carnets d'un chasseur, marque une date importante dans l'évolution de la sensibilité russe. D'abord par un sentiment de la nature qui jamais encore n'avait allié tant de ferveur à tant de précision réaliste. Ensuite parce qu'il découvrait pour la première fois au public lettré un personnage qui fera désormais figure: le paysan russe, avec ses passions, ses traditions et son âme. En spectateur effacé, le plus souvent silencieux, Tourgueniev laisse parler paysans et propriétaires terriens, enregistre les histoires, les disputes, les débauches, les drames. La qualité particulière de ses héros est d'avoir une entente naturelle avec les rythmes du monde et une résignation aux hasards de la vie qui confine au fatalisme. Alliant la beauté du langage, la profondeur psychologique et la critique sociale, le recueil forme une véritable comédie humaine. Avec un réalisme absolu, il ne cesse jamais d'être lyrique, d'accorder sa langue souple et voluptueuse aux courants infinis qui agitent ses paysages. In fine, le vrai sujet du livre est la Nature comme expression la plus totale de l'âme paysanne. Chef-d'oeuvre de la littérature russe, ces "Mémoires d'un chasseur", qui ont contribué à l'abolition du servage en Russie, ont valu à Tourgueniev une célébrité immédiate et durable, inspirant entre autres des écrivains comme Tolstoï et Dostoïevski.
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Les Soliloques du pauvre : suivi de Le Coeur populaire
Jehan Rictus
- La Republique Des Lettres
- 3 Février 2025
- 9782824912332
Le héros de ces soliloques - poèmes-chansons monologues écrits dans l'argot populaire des faubourgs parisiens de la Belle époque et destinés à être récités sur scène - est un sans-logis contraint d'errer dans Paris, comme le fut un temps Jehan Rictus lui-même. Un gueux, un sans-dents, un poète marginal qui exprime avec gouaille sa féroce ironie critique mêlée à un profond désespoir. Méprisant les démagogues et la bourgeoisie bien nourrie, il se défie tout autant des hypocrites professionnels de la bienfaisance dont le métier, dit-il, est de «plaind' les Pauv's».
Ardent anarchiste du début du XXe siècle, Jehan Rictus, que l'on compare souvent à Jean Richepin et à Aristide Bruant, n'est pourtant pas révolutionnaire: trop de fatalisme, trop de scepticisme et trop de dégoût l'en empêchent: «Gn'a rien à faire, gn'a qu'à pleurer». Le présent volume contient les sept grands textes de l'édition finale des "Soliloques du pauvre", suivis du recueil intitulé "Le Coeur populaire", qui fait parler prostituées, enfants battus, ouvriers, loqueteux, trimardeurs et cambrioleurs. Il contient pour sa part tous les poèmes de l'auteur n'appartenant pas aux "Soliloques": doléances, complaintes, ballades, récits et chants dont le célèbre "La Jasante de la Vieille", inspiré par la vision qu'il a eue de la fosse des condamnés au cimetière d'Ivry. -
Choderlos de Laclos demeure pour la postérité l'homme d'un seul livre, "Les Liaisons dangereuses", roman épistolaire publié à Paris en 1782 et depuis sans cesse étudié, réédité et adapté sous toutes les formes. En 175 lettres, il relate une intrigue de haine et d'amour entre le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil, deux représentants de l'aristocratie libertine du XVIIIe siècle. Dépourvus de tout scrupule, ces deux roués contractent une alliance pour séduire une jeune fille naïve, Cécile de Volanges, et une femme vertueuse, Mme de Tourvel. Ils veulent affirmer leur supériorité dans le domaine de la séduction en exerçant leur volonté au détriment des valeurs affectives illustrées par Mme de Tourvel, femme sensible aux qualités morales élevées. Valmont veut faire de sa conquête son chef-d'oeuvre de séducteur en attaquant à travers elle tout ce qui menace son libertinage : la religion, la fidélité et la vertu. Mais Valmont et Merteuil en viennent bientôt à rivaliser entre eux et à se trahir. Valmont est tué en duel par l'amant de Mme de Merteuil. Celle-ci, déshonorée publiquement, doit fuir à l'étranger. "Les Liaisons dangereuses" est l'aboutissement d'une tradition romanesque très prisée au XVIIIe, le roman de lettres, dont "Julie ou la Nouvelle Héloïse" de Jean-Jacques Rousseau (1761) est l'exemple le plus célèbre. Laclos reproduit d'ailleurs son épigraphe: « J'ai vu les moeurs de mon temps, et j'ai publié ces lettres. » Portant le genre épistolaire au sommet grâce à sa perfection formelle et l'ambiguïté de son message moral, analysant implacablement les mouvements du coeur et de l'amour, l'oeuvre exercera une influence analogue à celle de Stendhal sur toute une école de romanciers. Parmi les nombreuses adaptations sur grand écran, citons "Les Liaisons dangereuses" de Roger Vadim (1960, sur un script de Roger Vailland), "Les Liaisons dangereuses" de Stephen Frears (1988), et le "Valmont" de Milos Forman (1989).
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Les Filles du Feu : suivi de: Les Chimères
Gérard de Nerval
- La Republique Des Lettres
- 3 Février 2025
- 9782824912349
Publié en 1854, quelques mois avant son suicide, alors que Gérard de Nerval était interné dans la maison de santé du Dr Blanche pour soigner ses crises de folie, le recueil "Les Filles du feu" est composé d'une longue dédicace à son ami Alexandre Dumas, de cinq nouvelles: "Angélique", "Sylvie", "Jemmy", "Octavie", "Emilie", d'une comédie: "Corilla", de deux études, l'une sur les mystères et les religions antiques: "Isis", l'autre sur les "Chansons et légendes du Valois", et des huit fascinants et envoûtants sonnets des "Chimères". Entre descente aux enfers et vita nova, hanté par le souvenir de son amour perdu pour l'actrice Jenny Colon qui apparaît ici sous plusieurs noms (Octavie, Angélique, Sylvie,...), Nerval confronte ici son génie littéraire à ce qu'il appelle lui-même sa «théomanie», tentant de reconquérir sur la confusion du songe et de la maladie mentale le monde des images poétiques et ésotériques qui forment son mythe personnel. Au-delà des innombrables commentaires qu'a suscité ce chef-d'oeuvre, "Les Filles du Feu" continuent toujours d'interroger le lecteur.
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La Voie du Zen
Eugen Herrigel, Gusty L. Herrigel
- La Republique Des Lettres
- 3 Février 2025
- 9782824912318
Dans ce recueil de notes rassemblées en volume après sa mort par Hermann Tausend puis édité aux Etats-Unis par Alan Watts, Eugen Herrigel livre une description précise et documentée des techniques et pratiques du Bouddhisme Zen tel qu'il les a découvertes lui-même lors de son séjour comme professeur de philosophie à l'université Impériale Tohoku de Sendai, au Japon, de 1924 à 1929. L'auteur du "Zen dans l'art chevaleresque du Tir à l'arc" y traite notamment de la Voie d'immersion dans le divin et de la Voie de la Conversion, de l'enseignement dispensé dans les monastères bouddhistes, des Koans, du Satori, du Zen dans les arts et la poésie, de l'attachement au moi, du rôle de la pensée, du centre de l'Être et bien entendu de l'amour et de la méditation. «Eugen Herrigel a été l'un des rares non-Japonais qui a su capté l'essence du Zen. Ses écrits ont permis aux lecteurs occidentaux de se familiariser avec la nature étrange et apparemment inaccessible de l'expérience orientale que nous appelons Zen.» - Daisetz Teitaro Suzuki.
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La confession d'un enfant du siècle
Alfred De Musset
- La Republique Des Lettres
- 3 Février 2025
- 9782824912325
Octave découvre que sa maîtresse le trompe avec un de ses amis. Pour lutter contre sa douleur, et après avoir blessé son rival dans un duel, il s'adonne à la débauche. Il y perd la pureté de son âme et toute foi en l'amour. À la mort de son père, il se ressaisit et se retire à la campagne où il tombe de nouveau amoureux. L'idylle avec Brigitte est brève, car son coeur perverti et soupçonneux est incapable de croire à l'amour et à la vertu des femmes. Après plusieurs scènes de ménage, ils décident de partir, espérant recommencer une vie nouvelle en s'expatriant. Survient alors un troisième personnage, homme honnête et modeste, qui aime sincèrement Brigitte et réussit à se faire aimer d'elle. Publié en 1836, le récit de "La Confession d'un enfant du siècle", qui peut être considéré comme une autobiographie, est inspiré de la véritable liaison amoureuse qu'ont vécu Afred de Musset et George Sand. Mais cette «Confession», chef-d'oeuvre du romantisme français rongé par le doute et l'analyse, a avant tout valeur de document spirituel sur le «mal du siècle» de la génération née à l'époque de Napoléon qui, éprouvant la fin des illusions sentimentales et des espoirs politiques, a dilapidé ses forces inemployées.
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En 1947, l'éditeur suisse Mermod proposa à Colette de lui envoyer régulièrement un bouquet de fleurs à chaque fois différentes. Colette, en contrepartie, ferait le portrait de l'une ou l'autre de ces fleurs. Le résultat fut un petit recueil de 22 textes qui sont autant d'évocations de fleurs (le lys, la rose, l'anémone, le muguet, la jacinthe, le pavot, etc.) qui parut sous le titre de "Pour un herbier", dans la collection "Le Bouquet". Extrait: «À part le grand aconit, une scille, un lupin, une nigelle, la véronique petit-chêne, le lobélia, et le convolvulus qui triomphe de tous les bleus, le Créateur de toutes choses s'est montré un peu regardant quand il a distribué chez nous les fleurs bleues. On sait que je ne triche pas avec le bleu, mais je ne veux pas qu'il m'abuse. Le muscari n'est pas plus bleu que n'est bleue la prune de Monsieur... Le myosotis ? Il ne se gêne pas pour incliner, à mesure qu'il fleurit, vers le rose. L'iris ? Peuh... Son bleu ne se hausse guère qu'à un très joli mauve, et je ne parle pas de celui qu'on nomme «flamme», dont le violet liturgique et le profane parfum envahissent au printemps les montagnettes, autour de La Garde-Freinet. L'iris des jardins s'habitue docilement à tous les sols, se baigne les pieds dans les petits canaux de Bagatelle, se mêle à ses cousins les tigridias, embrasés et éphémères. Il a six pétales, trois langues nettes, étroites, et trois larges un peu chargées de jaune - le foie, sans doute - et il passe pour bleu, grâce à l'unanimité d'une foule de personnes qui n'entendent rien à la couleur bleue.» - Colette
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Dans ce triptype autobiographique, Colette évoque avant tout la figure qui traverse toute son oeuvre, celle de sa mère, Sidonie Landoy, dite «Sido». S'efforçant de comprendre la personnalité et le secret de cette mère, mi-bourgeoise mi-paysanne toute occupée par les travaux domestiques, elle relate avec nostalgie et d'infinies nuances ses souvenirs d'enfance, invoquant tour à tour les autres membres de la famille: «Le capitaine» (son père) et «Les sauvages» (ses frères et soeurs). Le jardin de la maison familiale de Saint-Sauveur-en-Puisaye, riche des mystères de la nature et de ses premières émotions érotiques, est le décor central de cette plongée dans l'enfance de l'auteure.