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Fata Morgana
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A la fin d'un dîner entre un banquier et l'un de ses amis, ce dernier s'interroge sur la manière dont ce «gros commerçant et accapareur notable» peut concilier l'exercice de sa profession avec de prétendues convictions anarchistes. Par le biais du dialogue socratique, ce pamphlet fustige les sophismes éhontés d'une bonne société «intellectuelle» qui se pique d'esprit révolutionnaire : la critique évoque irrésistiblement celle de la «gauche caviar». Publié pour la première fois en 1922, Le banquier anarchiste est le seul récit au sens strict dont Pessoa soit venu à bout. Il tenait à ce texte au point de le signer de son nom véritable et d'en prévoir la traduction anglaise en espérant pour lui une «carrière» européenne.
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Sept rêveries sur les voisins littéraires de l'écrivain. Sous cette plume lumineuse, Claudel, figure antipathique, devient le «petit Paul», être simple, proche de la nature, guidé par une écriture brute et poétique. Ramuz tisse des instants de grâce où l'amour et la douleur se jouent d'eux-mêmes. Beckett écrit pour les coeurs isolés qui, comme lui, sont las des ambitions littéraires et des grandes déclarations. Ponge écoute l'objet, la pierre, l'abricot et leur accorde la même noblesse que les plus grands chefs-d'oeuvre. On croise aussi Apollinaire et Kafka qui font de la poésie cette essence subtile, impersonnelle, heurtant chacun dans sa vérité silencieuse. Le verbe de Christian Bobin, les poètes, les écrivains, ces quelques notes : que de choses inutiles, loin des attentes et des triomphes mondains, donc forcément essentiels.
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L'agonie d'une civilisation
Simone Weil, Vincent Bioulès
- Éditions Fata Morgana
- 5 Septembre 2025
- 9782377921935
Sollicitée par les Cahiers du Sud pour le numéro sur Le génie d'Oc et l'homme méditerranéen, Simone Weil livrera ces deux textes. Le premier est écrit au début de l'année 1941, le second un an plus tard. L'ensemble, en écho aux sombres heures que traversa ce vingtième siècle asphyxié par la barbarie, paraît dans la revue en 1943.
Au coeur de cette Agonie d'une civilisation à travers un poème épique, la philosophe se penche avec acuité sur les événements qui ont conduit à l'écrasement de la civilisation d'Oc. Elle en donne une lecture personnelle d'un caractère profondément politique et social, indissociable de notre présent. Elle unit, comme dans le reste de son oeuvre, le mysticisme chrétien à une critique incisive du pouvoir et de la violence. Ainsi, des conflits passés autour de la Méditerranée, elle exhume un paradoxe cruel : la terreur frappe plus durement ceux qui défendent leur humanité que ceux qui songent à détruire et à écraser. La peur et l'imagination peuvent ainsi saper les résistances des sociétés libres bien plus sûrement que les armes elles-mêmes. Un appel à la vigilance face aux nouvelles formes de domination - plus pressant que jamais - qui nous enseigne que le combat pour la liberté est, avant tout, celui de l'esprit. -
Pierre Bergounioux et Joël Leick ont, ensemble, réalisé un grand nombre de livres d'artiste. Ce volume rassemble les textes les plus marquants et ceux qui, confinés à des tirages confidentiels, étaient jusqu'ici inédits.
L'auteur y déploie un regard lucide sur notre civiliation, percutée par l'ère industrielle, son expansion urbaine et sa chute. Cette accélération de l'histoire a précipité le monde dans un déclin perpétuel. Capharnaüm visuel et sonore, notre société transforme les paysages et menace jusqu'à l'équilibre même de la planète : partout, les vestiges du passé - et déjà ceux du présent - se couvrent de rouille. A l'aune de ce désastre, l'art révèle la beauté insoupçonnée du banal, du rebut et de la ruine. Il dévoile les réalités occultées et les injustices enfouies. Et tandis que la philosophie interroge la place de l'homme, la nature, dans son chaos souverain, demeure indifférente. -
Le génie de Baudelaire, qui trouve sa nourriture dans la mélancolie, est un génie allégorique.
Pour la première fois chez Baudelaire, Paris devient objet de poésie lyrique. Cette poësie locale est à l'encontre de toute poësie de terroir. Le regard que le génie allégorique plonge dans la ville trahit bien plutôt le sentiment d'une profonde aliénation. C'est là le regard d'un flâneur, dont le genre de vie dissimule derrière un mirage bienfaisant la détresse des habitants futurs de nos métropoles.
Cet «exposé», fut rédigé en français par Benjamin en 1939. Il annonce ce qu'aurait dû être Le livre des passages, resté à l'état fragmentaire, qui se voulait «une histoire sociale de Paris au XIXe siècle» et tente de «montrer comment les formes de vie nouvelle et les nouvelles créations à base économique et technique entrent dans l'univers d'une fantasmagorie. A des fantasmagories du marché, où les hommes n'apparaissent que sous des aspects typiques, correspondent celles de l'intérieur, qui se trouvent constituées par le penchant impérieux de l'homme à laisser dans les pièces qu'il habite l'empreinte de son existence individuelle privée. Quant à la fantasmagorie de la civilisation elle-même, elle a trouvé son champion dans Haussmann, et son expression manifeste dans ses transformations de Paris».
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Les textes inédits de Raymond Queneau - né en 1903, mort 73 ans plus tard - ici rassemblés sont, fidèles à son oeuvre, le signe d'un langage essoré à l'excès, d'un humour truculent. Quelques courts récits pour malmener le sens, notes prises à la lisière du rêve et philosophies effrontées érigent un ensemble expérimental, drôle et fascinant. La religion, les grandes villes, l'amour, la psychologie, le fait politique - au final la vie dans toute son absurdité - sont le sujet de ces miroirs ténébreux qui, simultanément, célèbrent et moquent.
Dans ces écrits avortés, écartés ou oubliés brille le parcours d'un érudit de la lettre qui, après avoir rompu avec le surréalisme de Breton, diriga le comité de lecture de la NRF et l'Encyclopédie de la Pléiade, fonda le groupe littéraire Oulipo et fut membre du collège de 'Pataphysique - avec Boris Vian et Max Ernst - et de l'Académie Goncourt. -
«Je n'ai jamais écrit qu'ainsi : porté par plus léger que moi, dans les bras de la vie passante, de l'étincelante rumeur de vivre». Avec cette longue lettre-poème adressée à Nella Bielski, écrite pour bien plus qu'elle, Bobin s'approche plus près encore de cette limite qu'il s'est fixée : «Aucun livre ne devrait être plus pesant qu'une lumière». Et ce petit livre, léger et éclatant, qui convertit «le trop en peu, l'excès en manque», appelle à savourer la simplicité de la langue. Celle qui afflue de l'acte contemplatif et que les éléments murmurent, comme de bons conseils, aux oreilles du poète.
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Les dépliants le disent : le voyage en Terre Sainte est un rendez-vous avec l'Histoire. Ils précisent rarement que le mot renvoie ici autant au journal de vingt heures qu'aux temps bibliques. Dans cet enchevêtrement des époques, des traditions et des cultes, Philippe Jaccottet a décelé des signes. L'inquiétude naturelle du poète, autant que la complexité réelle du sujet, ne lui permettent pas de les lire clairement, d'en faire de très précises «impressions de voyage» et moins encore un recueil d'opinions. Le lecteur s'en réjouira, à qui l'on offre bien souvent de cette région une vision caricaturale ou partisane, et qui trouvera dans les pages de ce cahier bleu, la matière d'une rêverie puissante.
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Un homme, épris de Pimoe - incarnation d'un amour insaisissable -, se lance dans un périple désespéré pour tenter de la rejoindre. Toujours hors d'atteinte, elle alimente son désir éternel, sa rêverie espiègle sur son rapport au monde et aux choses. Un amour bien malicieux, las des grandes phrases, fait jaillir de chacun de ces vers bref l'impossible de la condition humaine. Une poésie drôle, dramatique, qui désempare et réinvente le rythme, à la manière d'Apollinaire lorsqu'il métamorphosait La maison des morts. Cette quête amoureuse - qui n'en est peut-être pas une - à quelque-chose du point d'orgue : les codes y sont dynamités.
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André Suarès, poète et écrivain né à Marseille en 1868, animateur à partir de 1912 de La Nouvelle Revue Française aux côtés de Gide, Claudel et Valéry, est l'auteur de l'oeuvre plurielle et abondante que l'on connaît : recueils de poèmes, études, récits de voyages, tragédies, pensées, aphorismes... Constante de la nébuleuse que forment ses écrits, son verbe brûlant interroge sans cesse les caprices d'une époque jusqu'aux tréfonds de l'âme humaine.
L'art du livre est l'éloge de la beauté livresque, de l'incunable et du manuscrit : ils y sont des monuments. Suarès y regrette la décadence du livre qu'implique sa diffusion grandissante et, sans manquer de lucidité, anticipe l'arrivée de substituts invasifs dans nos vies, plus adaptés à des esprits qui se font paresseux. Un texte efficace, à l'exacerbation maîtrisée, que l'on adressera aux fidèles des livres, «les derniers hommes qui ne sont pas faits en série par la machine sociale».
Notre édition reprend les lettrines du texte mis en page et imprimé par Louis Jou, à trente-sept exemplaires, en 1928. -
Rythme sourd, fort, mais également intérieur, tel le martèlement d'un coeur, qui aurait été musical, un coeur venu aux arbres, qu'ils nous avaient caché, issu d'un grand coeur végétal, retrouvé, enfin perçu, audible aux possédés de l'émotion souveraine...
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Comme avec Gustave Moreau (réédition en 2025), Bernard Noël explore chez Henri Matisse les noces secrètes entre perception, langage et présence. «Vous allez simplifier la peinture...» adressa le premier au second... En suivant les étapes de l'oeuvre et les mots qui la bordent, Bernard Noël s'attache à une peinture qui peu à peu se défait de la figure pour laisser affleurer la clarté d'une vision intérieure. Chez Matisse la forme et la couleur cessent de décrire : elles rayonnent, délestées de toute anecdote superficielle, tendues vers un équilibre lumineux. Cette quête d'allégement, portée à son sommet dans la chapelle de Vence, se transforme en interrogation pour l'écrivain : comment éléver la sensation en pensée, la couleur en souffle ? Pour accéder à cet espace où le visible bascule vers l'invisible, avec la lumière pour seuil, le peintre doit se libérer de sa tête : espace mental et monde réel sont sommés de coïncider dans l'extase, «un lieu dont le luxe est en nous, et non dans quelque paradis ou quelque lendemain».
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La Chanson du vieux marin
Samuel Taylor Coleridge
- Éditions Fata Morgana
- Les Immemoriaux
- 14 Mars 2025
- 9782377921898
On ne présente plus cette ballade du poète britannique Samuel Taylor Coleridge : long poème romantique paru en 1798, aventure surnaturelle d'un marin qui, après avoir tué un albatros, voit son équipage subir malédiction et assaut de la mort. La culpabilité et la rédemption, au plan individuel ou collectif, y prennent une résonnance toute particulière.
Valery Larbaud effectua une première traduction du poème en 1901 alors qu'il n'avait que vingt ans : l'impression fut financée par sa mère. Insatisfait, il y revint, dix ans plus tard, pour la remanier entièrement et y joindre une notice inédite : c'est cette version, publiée en 1911 par Victor Beaumont, que nous reproduisons. D'une élégante précision, la traduction marie idéalement le romantisme britannique aux codes de la littérature française. Elle transforme, fidèle au texte, le vers anglais en une prose cadencée et dote le poème d'une musicale fluidité.
Admirable traducteur, passionné des langues, Larbaud porta aux yeux des lecteurs français les oeuvres, entre autres, de James Joyce ou Samuel Butler. Sa chanson du Vieux Marin confirme son statut de passeur de culture acharné. La notice qui précède le poème témoigne une fois de plus de l'attachement porté à cette oeuvre qui «ne saurait être imitée» en revenant, au travers de documents originaux traduits, sur sa genèse et sa composition, ses sources et sa publication, ainsi que sur l'accueil qu'elle reçut des critiques. -
Quelques visions sensibles sur les passions humaines, mêlées à des méditations que la mort et le rêve couvrent d'un voile mystérieux. Jacques Réda esquisse les contours de la vie des hommes - fugace, vulnérable, mais lumineuse - face à l'immuable permanence de l'art. Car toutes les existences sont des métiers véritables qui effleurent l'éternité : le poète, tel un rameur, doit constamment lutter contre le courant pour donner vie à ses vers. Ce dernier livre, écrit l'année de sa mort, est un recensement vagabond où se mêlent éclusier, pianiste, lézard, potier, facteur, fumeur et autres ermites. La figure de l'auteur est, dans chacun de ces poèmes, présente en filigrane.
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Un homme, persuadé d'être le client distingué d'un prestigieux hôtel vénitien, observe avec amusement l'agitation des riches résidents et l'allée et venue des grooms empressés. Mais son illusion s'effondre brutalement lorsque le portier cherche à l'expulser sans ménagement. Il réalise alors qu'il n'est qu'un enfant en haillons sales, allongé sans vergogne sur un canapé du vestibule où sa seule présence provoque l'indignation générale.
Comme l'insinue le titre, qui joue sur le nom de Mahler, cette étrange nouvelle ne trouve son sens qu'en marge de Mort à Venise (1971) de Luchino Visconti qu'elle réorchestre et subvertit. Ce détournement, dédié à Pierre Klossowski, est un jeu de miroir entre représentation et simulacre. Un récit subtile et psychologique, dénué de toute lourdeur, par l'auteur du Bavard et d'Un malade en forêt. -
Voie de l'arc des Samouraïs : poèmes secrets
Heki Danjo Masatsugu
- Éditions Fata Morgana
- Les Immemoriaux
- 15 Novembre 2024
- 9782377921782
La traduction des Poèmes secrets de l'école Heky Ryû Insei Ha, célèbres sous le nom de "poèmes guides", réunit des préceptes simples et codifiés destinés à la formation des instructeurs de Kyujutsu (technique de l'arc). Ces douze waka (poèmes japonais), attribués à l'illustre Heki Danjô Masatsugu, font ainsi office de méthode d'enseignement basée sur une expérience réelle et longtemps gardée secrète de la guerre. Il est le fruit de la sagesse, forgée au coeur de la confusion des batailles, d'archers géniaux et habitués au combat.
Si le Kyudô est avec le sabre un des plus anciens arts martiaux du Japon, il n'est connu en France qu'à travers quelques textes relatifs au Zen. Cette voie là, en joignant l'univers épique du Samuraï à celui de l'enseignement ésotérique, offre la transmission précieuse d'un savoir traditionnel. Les aspects techniques du Kyujutsu et l'esprit qui anime cette discipline se dévoilent et invitent à une méditation sur la nature de la guerre et la maîtrise de soi par l'harmonie entre le corps et l'esprit. Une introduction à la littérature martiale et à la culture japonaise.
Cette édition est complète de sa préface, des précisions sur l'esprit du Bushido (code moral des guerriers japonais), du contexte historique et des spécifictés de l'école Heky Ryû Insei Ha. Chaque poème calligraphié est accompagné de sa transcription phonétique, sa traduction et son commentaire explicatif : fixant une image, s'adressant avant tout aux initiés, les points fondamentaux à la fois techniques et spirituels que traitent ces poèmes sont de nouveau rendus accessibles à tous. -
Ce sont treize lettres adressées au Vous derrière lequel se dérobe la bien-aimée. L'auteur y embrasse la solitude qui ne se défaît jamais de la condition amoureuse. Une écriture cousue d'or et qui sonne comme une évidence, distinguable de toutes les autres par sa pureté. Au fil de ce monologue, l'âme - entre délivrance et tourment - se voit prodiguer quelques belles étoiles, «rayons de miel fauve» qui ne manquent pas de résonner jusqu'au coeur. C'est, depuis les années 80, ce verbe inimitable qui a permis à Christian Bobin d'acquérir la ferveur de plusieurs générations de lecteurs. Publié pour la première fois en 1987, ce titre était indisponible depuis cinq années. Cette nouvelle édition comble ce vide.
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Bernard Noël, bâtisseur d'une oeuvre considérable et mondialement estimée, naît en 1930 dans l'Aveyron et meurt en 2021 dans l'Aisne. Il passe les deux premières décennies de sa vie sur les hauts plateaux de l'Aubrac, territoire fondateur de sa sensibilité, où la rudesse du climat n'a d'égale que la splendeur des paysages. Il brosse dans ces lignes le portrait du terroir originel et chéri : un pays âpre et généreux, forgé par les gestes patients d'une ruralité profonde et animée par un savoir-faire ancestral. Entre le basalte des burons et les sources vives des ruisseaux se racontent le quotidien agricole et la nature en perpétuelle effusion. Là, les craquements des hêtres sous le vent, les bêtes au pâturage, la langue des hommes, tout participe d'une symphonie élémentaire où s'entrelacent la peine des jours et la vigueur du vivant. Chaque pas dans ces mémoires aubraciennes interroge l'enracinement des hommes jusqu'aux fondations mêmes du temps : une ode habitée à la mémoire des lieux, à la continuité des pratiques, et à la force tranquille de ce qui, loin de toute médiatisation, continuait de tenir l'homme debout.
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Livre mythique, fondateur de la poésie d'avant-garde slovène, Les Intégrales de Srecko Kosovel (1904-1926) souffrait d'un malentendu qu'il était temps de lever. Le présent volume en éclaire, d'une part, la genèse mystérieuse et tourmentée au milieu des années 1920, entre échos de la Révolution d'Octobre et naissance de la Yougoslavie, constructivisme russe et avant-gardes européennes ; et, d'autre part, la réception lors de sa publication posthume, quarante ans plus tard, sous la double impulsion de la néo-avant-garde des années 1960 et une première édition française ayant fait date.
Dans une version inédite et une forme originale, commandées par la connaissance la plus actuelle que nous ayons de l'oeuvre de Kosovel et de son évolution intellectuelle et spirituelle, il offre à ce jour la plus ample présentation de ses poèmes en traduction (toutes langues confondues). A la veille du centenaire de la mort de Srecko Kosovel, puisse-t-il aider à la redécouverte d'une figure parmi les plus marquantes, touchantes et secrètes de la poésie d'Europe centrale du début du XXe siècle : celle du "fier jeune homme chantant dans la nuit". -
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Échouer sur l'île de Guernesey - dépendance britannique au large des côtes françaises, où Victor Hugo et Renoir, entre autres, vinrent puiser leur inspiration - pour y renaître, y perdre la langue, mieux la retrouver. En invoquant ces lieux, archipel de mots, l'auteur rétablit le lien charnel et inaltérable entre la chose et son nom : prononcer l'un, c'est faire exister l'autre. On ne peut cependant habiter indéfiniment dans des phrases : l'appel du réel se fait trop fort, une fois nommé, il surgit. Le verbe parcourt alors les paysages d'écume et de craie, les convoque pour y secouer mythes et figures endormis. La quête d'une image, loin des beaux discours d'un présent confus et cruellement démystifié, porte en elle la densité d'une vérité.
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«Nul langage ne se substituera jamais à celui qui, depuis trois mille ans, escorte en l'éclairant notre aventure. La littérature, seule, peut expliciter les signi?cations ultimes, ténues, vertigineuses qui hantent obscurément nos jours. Comme toutes les choses humaines, les oeuvres évoquées ici sont d'une heure et d'un lieu. Mais elles se sont élevées au-dessus de leur détermination prochaine pour parler à l'humanité. C'est dans cette dimension que se retrouvent Gustave Flaubert, Alain-Fournier, William Faulkner, Henri Thomas, Claude Simon, Jacques Réda et Pierre Michon.»
C'est ainsi que l'auteur introduit ce volume consacré aux grands écrivains l'ayant marqué à des titres divers. La célébration de ces héritages lance et forme une ré?exion rigoureuse sur l'écriture en elle-même, cette «activité contre-nature». Une percée philosophique qui, d'un phrasé sans graisse, vient sonder la pensée et l'économie des hommes pour y trouver, sous les rapports de force et leur historicité, quelques cruciales vérités sur ce monde et sa littérature. -