Autrement

  • Nice, sa plage, ses hôtels, sa jet-set. Elle est, depuis le XIXe siècle, une des villes les plus connues au monde. Capitale du tourisme de luxe, le rendez-vous international de toutes les célébrités de la politique, des affaires, des arts, c'est aussi une ville cosmopolite, riche de la diversité de sa population. À la Belle Epoque, Nice perd son statut de modeste capitale régionale pour devenir une des villes les plus connues du monde, une des capitales du tourisme de luxe. Cette mutation s'accompagne d'une spectaculaire cosmopolitisation de la ville, phénomène observable dans la composition variée de la population, les formes de l'urbanisation, les comportements sociaux et culturels. Nice attire d'abord la main d'oeuvre italienne mais accueille aussi les exilés politiques des empires russes et ottomans : Russes blancs et Arméniens ; Juifs allemands fuyant l'Europe centrale et orientale. Une économie locale fondée sur le tourisme se met en place notamment grâce à cette main d'oeuvre italienne précaire, essentielle au fonctionnement et au développement économique de la ville. Comme ailleurs dans l'Hexagone, la guerre de 1914-1918 affecte les comportements démographiques : le nombre de mariages et de naissances chute. Pourtant, le recensement de 1921 révèle une augmentation de la population tandis que l'on observe une reprise rapide de l'activité touristique, en dépit de la crise économique internationale. Nice retrouve les voies d'une prospérité à laquelle contribue grandement une immigration étrangère massive. La période n'en est pas moins marquée par des crises, économiques ou politiques, dont les échos produisent des tensions au sein d'une population niçoise toujours plus cosmopolite. Mais le cosmopolitisme niçois est un édifice fragile, prêt à se lézarder sous l'effet de nouvelles crises et de nouvelles arrivées. À partir de 1945, et surtout, après l'indépendance de l'Algérie, le visage de l'immigration niçoise change et les Italiens cèdent peu à peu la place aux Maghrébins. Les tenants de l'identité niçoise s'alarment alors et on assiste à la montée du racisme anti-arabe.

  • Les temples d'Angkor ont tout pour exciter l'imagination. Ils témoignent d'une prestigieuse capitale, unique par son ampleur comme par la dimension de l'empire qu'elle a construit en Asie du Sud-Est à l'époque de notre Moyen Âge. Leur architecture pétrie de culture indienne, le sourire sculpté dans la pierre comme les bas-reliefs racontent une histoire encore mal connue. Ajoutant au mystère, ils ont été repris par la forêt qui, parfois encore, ne desserre pas son étreinte sur la pierre ; en effet, il y a quelque cinq siècles, cette capitale a été abandonnée. Y a-t-il continuité entre l'ancien empire khmer et le Cambodge actuel ? Depuis qu'ils ont été redécouverts au XIXe siècle, et restaurés par l'École française d'Extrême-Orient, ces temples ont focalisé l'attention sur cette partie de l'Asie du Sud-Est : leur étude n'est pas pour rien dans le développement de l'orientalisme français, leur image - toujours présente dans la littérature et le cinéma - se confond souvent avec celle de l'Indochine coloniale et, depuis l'indépendance du Cambodge proclamée en 1953, leur silhouette orne le drapeau national, tous régime confondus. Après plus de vingt ans de guerre et de tragédie nationale, Angkor ressurgit, fixant l'attention tout à la fois des nouveaux dirigeants du pays, de l'Unesco, qui a classé le site au patrimoine mondial de l'humanité en 1992, et du tourisme international. Le nouvel ensemble urbain de Siem Reap-Angkor s'affirme : les ruines, pour beaucoup rétablies dans leur ancienne splendeur, les représentations auxquelles elles ont donné lieu et des générations de villes s'y confondent et s'y côtoient dans une forêt de symboles.

  • Conquise en 1510 par Afonso d'Albuquerque, à 400 km au sud de Bombay, Goa fut aux XVIe et XVIIe siècles l'un des plus grands ports de l'Asie, un carrefour du monde entre les civilisations hindoue, chrétienne et musulmane. Capitale des Indes portugaises et archevêché de l'Église d'Orient, elle comptait alors plus de 60 000 habitants et régnait sur des millions d'âmes. Saint François Xavier, dont le corps est toujours conservé et exposé dans l'église du Bon-Jésus, fut la figure emblématique et charismatique de la ville, qui vit nombre d'autres célébrités vivre en ses murs : Luís de Camões, Fernão Mendes Pinto, Garcia da Orta, etc...
    Mais la splendeur du pouvoir lusitanien et le rayonnement d'une culture profondément hybride et syncrétique connurent aussi leur "légende noire" que décrirent nombre de chroniqueurs et de voyageurs. Réputée la "ville la plus licencieuse d'Asie", Goa fut le coeur d'un empire maritime miné par la corruption, la débauche et les excès d'une inquisition impitoyable entre toutes.

    Au XVIIe siècle, les revers militaires subis devant les Hollandais provoquèrent la perte des monopoles commerciaux et le déclin de la ville, déjà décimée par des épidémies sans fin. La vieille cité fut abandonnée en 1685, et tomba peu à peu en ruines. L'État de Goa fut annexé par l'Union indienne en 1961.

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