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Rhubarbe
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L'intérieur d'une voiture - la cabine d'un camion - est un huis clos où partager des amours bancales, se mettre en quête d'une tombe rouge écarlate ou de la ville la plus élégante d'Espagne. Rencontres de hasard, paroles qui se libèrent, les espaces exigus précipitent la vie comme dans un creuset de chimiste. Le résultat peut être détonnant : une cuisine avec une bouteille de rhum, six mètres carrés sous les toits pour un saltimbanque, une chambre mortuaire d'où rêver de voyages futurs, une photographie qui vous encadre pour cinquante euros, une ferme isolée où les oies ne grossissent pas, une tête un peu cabossée... Ou une nouvelle, ciselée au plus juste, de Christine Monot.
L'auteure maîtrise l'art du clair-obscur, au point qu'on ne sait pas toujours sur quel pied danser. Faut-il rire ou pleurer de ces aventures, certes cocasses mais qui vous poignent le coeur ? Rassurez-vous, la lecture est un art secret, nul ne vous tiendra rigueur de vos émotions hésitantes, d'autant qu'au fond, comme dans la vie, tout est vrai. -
Microjubilations : chroniques de la joie voyageuse
Adeline Baldacchino
- Rhubarbe
- 3 Janvier 2023
- 9782374750743
Ces Chroniques voyageuses vous emporteront dans un tourbillon de paysages et de visages, de Lisbonne à Angkor, d'Afrique en Mexique, de Samarcande à Hiroshima, de Mayotte en Croatie, d'Iran à Ceylan, sans oublier la haute mer atlantique.
Mais l'essentiel n'est pas là. Le vrai tourbillon est au coeur de celle qui raconte. Qui se remémore, plutôt, car ce ne sont pas des récits croqués sur le vif, un carnet en poche. Tel le Petit Poucet, à partir d'un caillou, d'une saveur, d'une ivresse ou d'une tristesse, elle remonte le fil des souvenirs, recrée, réinvente le monde autrefois parcouru, afin peut-être de retrouver trace de cette part d'elle-même qu'elle y a essaimée.
Véritable ode au voyage, à l'intranquillité joyeuse qui nous pousse à partir, ces microjubilations sont autant de déclarations d'amour au monde, aux livres et à la poésie.
"Je dis voyager comme on dit je t'aime.
Voyager n'est jamais qu'une autre manière de laisser pendre sa chevelure au balcon pour permettre aux chevaliers d'y monter." -
Fathi a vingt ans, une allure de débardeur, un sourire carnassier, un père facho, un boulot de merde et une furieuse envie de tout plaquer pour découvrir la France-Eldorado. Pas très facile quand on vit dans un bidonville. Fathi rêve, imagine, planifie, suppute et nous emmène dans les coulisses d'une Tunisie où l'ambiance n'a rien à voir avec celle du Club Med, où la mer est couleur d'orage et la colère de la montagne jamais très loin...
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Dans ce qui m'est apparu comme un long poème élégiaque qu'Emmanuelle Favier aurait pu écrire d'une seule traite, mais résulte d'un assemblage de textes publiés en revues entre les années 2013 et 2020, sa maîtrise de la langue fascine. La manière dont elle en joue, les registres qu'elle utilise pour traiter du plus intime, passant d'une apparente simplicité formelle aux sophistications du style, rappellent qu'elle est aussi une romancière d'exception: sa prose exalte sa poésie, comme sa «condition de poète» irrigue ses romans. Il faut la lire à haute voix pour entendre son chant, se laisser prendre par la main et affronter avec elle le vent et tout ce manque de courage.(Jean-Marie Blas de Roblès, extrait de la préface)
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"Il ne faut jamais mettre les publicités dans le recyclage sinon on continuera à en recevoir." En quelque quatre cents brèves considérations, tour à tour caustiques ou tendres, intimes et universelles, l'auteur dresse le portrait d'un monde inconséquent mais plein de surprises et pour cela admirable : le nôtre.
Qu'on le dise aphoriste, poète, moraliste, fabuliste ou satiriste importe peu. Plus remarquabe est qu'il ne s'épargne pas lui-même en décochant ses traits. Car voir les contradictions, les paradoxes, les illogismes de notre manière d'être au monde, ne protège nullement d'en être victime ou acteur à l'occasion. Tout juste la lucidité nous fera-t-elle, à l'image de la chauve-souris, nous cogner un mètre avant le mur de la de la réalité. La belle affaire. On s'y cognera bel et bien.
On ne tirera donc aucun profit de sagesse à lire ces considérations. En revanche, ayant éprouvé au radar des mots la rugosité du crépi, on pourra toujours rire sous cape en attendant la suite. -
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La correspondance m'a toujours fasciné, au point que la vie ne m'ayant pas accordé beaucoup d'amis avec qui assouvir mes manies épistolières, je me suis mis à écrire aux morts aimés ou, comme aujourd'hui, au vide, m'asseyant chaque matin devant ma table avec le désir d'écrire à un correspondant virtuel à qui, évidemment, je n'enverrai jamais ma lettre. Mais peu importe : j'écris. Je palpe des mots, car les mots, chère amie, ont une forme, un volume, un poids, une texture, particuliers et j'en sens, sous mes doigts, la rugosité, la mollesse, le tranchant, le froid, le chaud, la matité, le brillant etc. Si bien que si je les dictais, sans les voir s'entasser sur ma page ou sur mon écran, où ils occupent une certaine surface, il me semble qu'il me manquerait quelque chose et que mes doigts insatisfaits se sentiraient veufs de leur contact.
/.../ Si ces lettres paraissaient un jour, seraient-elles une confession ou une fiction ? Il y a toujours, dans toute écriture, une part de fiction (...) et ces lettres, imaginaires après tout, sont peut-être écrites par un écrivain qui devient lui-même fiction, au fur et à mesure qu'il écrit ? Qui sait ? -
Les frontières naturelles, les migrateurs s'en foutent. Depuis toujours. Les lignes de démarcation aussi. Un mur, un boulevard ou unevoied'eau, aujourd'hui rien n'est infranchissable. Suffit de l'enjamber, d'un pas de côté. Ou d'un pas de travers. Guadiana est un large fleuve au bassin tranquilleet à l'allure sereine. Qui tient lieu de frontière au Sud entre Espagne et Portugal.Mais pas seulement. C'est aussi là que s'entrecroisent les destins radieux del'Europe triomphante et que se coudoient les passions tristes. Celles du profit, du désir et de l'avidité. Qu'est-ce que des banlieusards retraités, une ex-allemande de l'Est, un junky british, une ouvrière marocaine, un tueur à gage et un écrivain américain à succès imaginaient trouver au bord du grand vasard ? La paix et le repos des passagers ? Pas sûr !Sept nouvelles courtes. Sept balades tragiques au bord de l'eau. Et au bord du monde. Où les personnages passent d'un récit à l'autre comme s'ils franchissaient le Guadiana. Sans façon et sans formalité.
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Poursuivant la quête des origines abordée dans ses romans précédents, l'auteur évoque son enfance nantaise, le monde des maraîchers, une famille désunie et le chemin vers la fiction, la sublimation par l'écriture qui fondent son oeuvre.
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En deux mots ? Une nouvelle Der des der a anéanti toute l'humanité. Seul un vieux misanthrope a survécu, avec ses chèvres et sa chienne, quelque part sur le causse. Et puis aussi une chercheuse en biologie, qui a pillé les stocks des supermarchés abandonnés de sa ville pour survivre. Fatalement, ces deux-là vont se rencontrer sous le regard d'entomologiste de dieux tout frétillants. Mais si, pour une fois, les hommes usaient de leur libre-arbitre ? S'ils décidaient de ne pas recommencer toute l'histoire ? Un conte philosophique impertinent.
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Dans une langue toujours gourmande, érudite mais aussi malicieuse, Vincent Wahl poursuit son exploration des enjeux de satiété, de ce que manger veut dire, après un premier volume, oeil ventriloque, paru en 2008. Se référant aux classiques de la gastronomie (Grimod de la Reynière, Brillat-Savarin...) comme aux pratiques contemporaines - voire futures -, établissant des ponts avec d'autres formes d'expression, cinéma, peinture, musique, éprouvant le pouvoir métaphorique de la nourriture, il délivre une poésie de la sensation première, une poésie du goût qui s'enivre de sonorités au moins autant que de saveurs.
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Alors qu'elle se trouve en vacances avec ses parents dans un coin isolé de l'Ardèche, la narratrice de ce récit, seize ans, reçoit une lettre de son amie Béa.
Ce qu'elle lit, va l'amener à reconsidérer d'un autre oeil les années de collège et de lycée qui viennent de s'écouler. Qui sont réellement Eve, Béa, Ariane et Jasmine, ses amies à-la-vie-à-la-mort ? Quel drame s'est peu à peu noué entre cours et promenades au Jardin du Luxembourg ? Et quel jus amer coulait des cerises cueillies un dimanche de campagne, tandis qu'à la télévision, Jim Courier remportait pour la deuxième année consécutive le tournoi de Roland-Garros ?
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Ni histoire encore moins théorie littéraire, il s'agit plutôt, à partir d'une sorte de « Dictionnaire amoureux de la nouvelle », de s'en aller à la découverte de quelques-uns des mille et un visages de la nouvelle française et francophone des origines à nos jours. Car s'il est un lieu commun de la dire mal aimée, c'est qu'elle est surtout mal connue et cet ouvrage, truffé d'anecdotes historiques ou personnelles, de noms, de titres, d'extraits curieux ou exemplaires choisis avec gourmandise par l'un des meilleurs connaisseurs du genre, permet d'y remédier, au pas sans pesanteur de la flânerie vagabonde. L'auteur évite en particulier les vains débats concernant la terminologie ou la confrontation avec les autres genres narratifs, tant on a du mal à s'accorder sur le moindre élément, débats qui surtout éloignent de ce qui devrait être l'essentiel : faire aimer, faire lire la nouvelle.
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