Van Dieren

  • Défendant "l'option prioritaire pour les pauvres", la théologie de la libération est devenue l'expression d'un vaste mouvement social qui s'enracine dans la vie et la culture du sous-continent latino-américain. Elle met en jeu les conflits de classe en Amérique latine et les tensions entre l'éthique catholique et l'esprit du capitalisme. L'assimilation est si forte, dans une réalité sociale et politique particulièrement âpre, que cette pensée fonde désormais une éthique sociale de l'Amérique latine.
    Ce que Michael Löwy définit comme le "christianisme de la libération" a pénétré toutes les couches de la lutte sociale dans la région ; le chapitre sur les origines socio-religieuses du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre - jusqu'alors inédit en français - montre très clairement ce processus d'intégration organique. Vingt ans après la première édition de La Guerre des dieux en 1996, la théologie de la libération n'est plus l'objet d'une répression opiniâtre de la part du Vatican comme elle le fut sous le pontificat de Jean-Paul II.
    Ce qui avait permis, à l'époque, à ceux qui voulaient l'enterrer dans la foulée de la fin du "socialisme réel" et qui, sous le mantra néolibéral de la "fin des idéologies", la décrivaient comme un accident de l'histoire du christianisme, n'est plus. Mais les espérances et pressentiments que Löwy exprimait alors se sont avérés.

  • Le secret

    Collectif

    Qu'est-ce que le secret ? Peut-on vivre sans secret ? Peut-on échapper aux dictats de la transparence et de la communication ? L'ouvrage présente une réflexion interdisciplinaire sur le thème du secret afin de l'appréhender sous ses différentes facettes et en saisir les ambiguïtés et les paradoxes. Car si le secret préserve l'intime et résiste à la contamination du malheur, il alloue aussi un pouvoir considérable à celui qui le détient. Si il aiguise le désir et stimule l'imaginaire, il peut aussi se faire le grand partenaire du mensonge et de la manipulation. Si le secret suppose une ignorance qu'il cultive, il n'est secret que parce qu'il est connu comme secret. La valeur du secret tiendrait donc tout autant à sa capacité à maintenir une ignorance, qu'à cultiver la connaissance de celle-ci ; le secret se tenant toujours à l'interstice de la dissimulation et de la révélation.

  • La remise en cause actuelle d'un modèle agricole productiviste au profit d'une agriculture écologique et paysanne s'inscrit dans une histoire longue qui se confond avec celle de nos rapports à la nature. Les agriculteurs paysans qui fournissent aujourd'hui nos AMAP sont les héritiers critiques de la modernisation agricole qui s'est déployée à partir des années 1950 dans les campagnes françaises.
    À partir d'une enquête historique et sociologique, cet ouvrage apporte de nouveaux éléments pour comprendre comment s'est déployée cette modernisation et comment se construisent aujourd'hui des agricultures alternatives.

  • Convoquant la « majesté élémentaire » des Açores, La Mesure des vents entraîne le lecteur dans une initiation aux mystères de l'ouïe et des sons, inspirée du « théâtre de la nature ».
    Partition de mots autant qu'invitation, dans un tourbillon vertigineux de sons, de résonances, d'échos, de modulations, de vibrations, à un voyage initiatique jusqu'« au creux de l'oreille » au coeur des Açores, sur les traces d'Ernest Ansermet, le chef historique de l'Orchestre de la Suisse romande.

  • Que ceux que le titre choquerait, qui craindraient de trouver ici, dans la manie actuelle, quelque trace de complotisme ou de négation de la réalité de la maladie, soient rassurés. Rien de tout cela!
    Mais l'Homme, dans sa vanité, s'est trouvé bien désarmé face cette épidémie. N'en avions-nous pas connues auparavant? Notre mémoire personnelle est devenue bien courte à l'ère de google...
    Que faire, face à l'hubris de l'Homme qui se croit maître de la Création au point de la détruire et qui a pris à la lettre le verset de la Genèse (1,28) : « Reproduisez-vous, devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la! Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se déplace sur la terre »? Quelle autre solution que de rendre la parole aux animaux?
    C'est dans la plus pure tradition burlesque, en 576 alexandrins, que Jean-François Lattarico - italianiste dont les traductions des tragédies baroques italiennes en français sont reconnues - a composé cette brève « épopée héroï-comique » dont Pangol est le Héros.

  • Figure éminente du Risorgimento, Giuseppe Mazzini (1807-1871) symbolise le combat pour la réunification de l'Italie, qu'il soutint, de son exil londonien, par l'organisation inlassable de soulèvements contre les " occupants " étrangers, et une activité d'écrivain, de journaliste, de pamphlétaire.
    Sa pensée politique est centrée sur les idées d'union, de synthèse, de solidarité, ainsi qu'un renouveau de la Foi, visant à dépasser l'individualisme. Mazzini était un peu musicien (il jouait de la guitare), fréquentant des chanteurs célèbres qui participèrent de temps à autre aux concerts de bienfaisance qu'il organisait. Sa Philosophie de la musique (1835), seul texte qu'il ait consacré à la musique, s'inscrit dans un programme esquissant une régénération de la culture italienne, élément essentiel pour la création de nouvelles mentalités et structures politiques.
    L'essai se présente comme un projet pour le renouveau de l'opéra. L'opéra que Rossini - symbole de l'individualisme conquérant - a porté à son point de perfection est désormais caduc. Mazzini croit d'ailleurs percevoir une nouvelle esthétique chez Donizetti. Le règne absolu de la mélodie et le morcellement de la forme ne sont plus satisfaisants : il faudra une unité, une couleur prédominante, une vraisemblance historique, donner plus de place aux choeur, retravailler le récitatif.
    Mazzini va jusqu'à anticiper le leitmotiv wagnérien - ce qui valut à ses idées d'être à nouveau commentées à la fin du XIXe siècle. Ce texte essentiel n'est donc pas un pamphlet ou une satire de plus : ses formulations incisives sont au service d'une régénération, passage d'une simple forme de distraction vers un " opéra social " qui s'inscrirait dans la cité.

  • La théologie dialectique du siècle dernier, Karl Barth en tête, avait cru pouvoir considérer la Glaubenslehre d'Ernst Troeltsch (1865-1923) comme un texte décevant et préconisait de le laisser tomber dans l'oubli. Ce texte s'avère aujourd'hui des plus actuels tant sous l'angle de ses analyses et de ses audaces touchant au problème de Dieu ou à celui du salut que sous celui d'une confrontation avec les exigences de la pensée scientifique et plus encore avec les autres grandes religions du monde.
    Si Les doctrines sociales des Églises et groupes chrétiens reste l'opus magnum de Troeltsch - dont Jean Séguy a pu dire qu'il constitue « une propédeutique obligée à toute sociologie du christianisme » -, il ne faut pas oublier que son auteur a d'abord été professeur de dogmatique.
    Pour bien comprendre la pensée de Troeltsch, y compris sous ­l'angle sociologique, il faut donc s'intéresser aussi à sa théologie, plus ­précisément encore à sa dogmatique, c'est-à-dire à ce qu'il pouvait bien penser doctrinalement à propos de Dieu, du Christ, de l'Esprit, du salut, de l'Église, etc.
    S'il avait survécu à la maladie qui l'enleva subitement en 1923, Ernst Troeltsch aurait-il jamais pris le temps de mettre au point pour une édition en bonne et due forme ses idées proprement théologiques? On peut en douter: à la fin de sa vie, il assignait à la philosophie de la religion la fonction même qui aurait pu ou dû être celle de la théologie. La distinction entre théologie et philosophie n'avait plus pour lui et n'avait d'ailleurs jamais eu ni le sens ni l'importance que la théologie dialectique devait lui attribuer dès les années 1920 et pendant une bonne partie du xxe siècle. Ou pour le dire en d'autres termes, la philosophie de la religion était pour lui les pro­- légomènes dont ne pouvait se passer une théologie sensément pensée.

  • La « troisième oreille » est un protocole d'expérience d'une écoute forcée des sons internes au corps, réalisé par Bryan Lewis Saunders. Il utilise à la fois le médium du dessin et celui de l'écriture pour rendre compte des métamorphoses sensorielles produites par l'expérience. Cet ouvrage témoigne de cette expérimentation extrême.
    En connectant sa trompe d'Eustache à sa glande pinéale, Bryan Lewis Saunders a eu pour projet de détourner la voie par laquelle le son entre dans son corps. Durant 28 jours (du 25 octobre au 21 novembre 2011) il gardera les oreilles obstruées et la bouche attachée à un entonnoir, documentant en temps réel cette expérience torturée et méditative à travers des dessins et des textes. Chaque jour donnant naissance à une multitude de nouvelles idées impossibles à détailler, l'acte de documentation s'est révélé être un obstacle à l'expérimentation. Les notes, croquis et peintures, effectués rapidement par Lewis Saunders, sont donc considérés par leur auteur comme des esquisses, un point de départ duquel réfléchir de manière approfondie aux résultats de l'expérience produite par Brant Withers.

    « En privant vos oreilles externes de la possibilité d'entendre, vous redirigez le son qui est alors entendu par l'intérieur de la bouche. Instantanément, les sons de votre corps se mouvant dans le monde deviennent extrêmement forts. Peu après, vous commencerez à entendre avec votre troisième oreille. » Inclus, le CD de Bryan Lewis Saunders, L'expérience de la troisième oreille.

    Edition limitée à 450 exemplaires numérotés.

  • Si le Moyen Âge tient tout entier dans ce qu'en a construit la tradition des Lumières une transition, « sombres temps » qui séparent interminablement deux moments et deux figures d'intense luminosité, nos Pères grecs et les Refondateurs de leur ambition d'éclairage... alors ce titre emprunté à Leo Strauss n'a guère de consistance.
    Les travaux réunis dans ce volume obéissent à une réinvention, présupposée ou réaffirmée sous des motifs divers et parfois contrastés : un autre découpage du temps historique, un autre partage de l'ombre et donc un autre Moyen Âge les conduisent.
    Les Lumières du Moyen Âge demandent à être visitées, cernées, déterminées dans les dimensions qui peuvent en faire, pour nous, aujourd'hui des pensées extrêmement vivantes. Que l'on songe tout simplement au Moyen-Âge musulman et au Moyen-Âge juif qui sont les lieux proprement straussiens des Lumières et l'on verra sans peine qu'il est impossible d'homogénéiser sous une commune dénomination et une identique représentation la co-incidence chronologique au sein d'une durée globale

  • Si la politique sexuelle est aujourd'hui le champ de bataille politique par excellence, pour la théologie comme plus largement pour nos sociétés, c'est précisément que s'y pose la question suivante : peut-on penser la démocratie sans fin, c'est-à-dire sans fondement, fût-il naturel ? On mesure ici l'importance de la théologie queer d'Elizabeth Stuart, qu'on va découvrir en France grâce au travail de Stéphane Lavignotte. L'enjeu n'est autre, à rebours du refus répété de la modernité, que la possibilité d'une théologie démocratique.

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