Pu De Rennes

  • Après avoir consacré l'un de ses numéros aux "Enfances déplacées en situation coloniale" (n°14, 2012), la RHEI poursuit l'exploration de nouvelles pistes de recherche en croisant les thématiques des Childhood and Youth Studies et des Colonial/Postcolonial Studies. D'où ce numéro consacré à la protection de l'enfance au tournant des périodes coloniales et post-coloniales. Les projets coloniaux ont accordé une grande importance à la prise en charge d'enfants et d'adolescents alors que les pays nouvellement indépendants ont parfois vu dans l'enfance et la jeunesse un vivier pour construire un État nouveau et créer de nouvelles solidarités. Les motivations à cette action étaient extrêmement variables et de natures diverses : sociale, politique, économique ou racialiste. Ainsi pris dans un écheveau complexe de questions démographiques et sociales, politiques et religieuses, nationales et transnationales, les enjeux de l'enfance irrégulière en contexte colonial ont ainsi produit des biopolitiques spécifiques.

    Portant sur l'espace colonial francophone, du Congo au Cameroun et de l'ex-lndochine à l'Algérie, avec un contrepoint sur le Ghana, les contributions rassemblées ici, études monographiques ou entretiens, montrent des réalités complexes en tentant de placer au coeur des approches les premières personnes concernées par cette histoire, c'est-à- dire les enfants et les jeunes eux-mêmes.

  • Ce numéro est consacré à L'abandon d'enfants du XIXe siècle à nos jours. Sans exclure du champ d'investigation ni le sort des enfants abandonnés ni les structures qui les prennent en charge, il s'intéresse en particulier aux parents qui abandonnent. Fille-mère d'hier ou mère adolescente d'aujourd'hui, la mère célibataire y tient une place importante, tant elle apparaît comme la figure emblématique de l'abandonneuse. Néanmoins, derrière l'apparente permanence des deux grands ressorts du délaissement d'enfants - pauvreté d'une part, dissimulation des naissances hors-mariage et stigmatisation de cette maternité solitaire qui inquiète et qui choque d'autre part -, il convient de scruter également les variations, selon les lieux et les époques, des itinéraires sociaux qui conduisent à la séparation. Il s'agit aussi de souligner dans l'histoire de l'abandon le poids de l'événement, guerre ou crise économique notamment. Quant à l'effacement des familles d'origine après que l'abandon a eu lieu, il apparaît qu'il n'est ni systématique ni irréversible. Qu'ils soient empêchés par la misère ou la réprobation morale, certains parents se refusent en effet à disparaître définitivement, et tentent de négocier avec les structures d'accueil ou de contourner leurs règles afin de maintenir un lien que l'abandon est censé avoir dissout. D'autres essaient, lorsque leur situation s'est rétablie ou normalisée, d'obtenir la restitution de leur enfant. Tous doivent faire face aux réticences d'institutions profondément attachées à leurs principes éducatifs et convaincues de faire mieux pour leurs jeunes protégés que des parents considérés bien souvent comme incapables ou indignes.

  • Le volume se penche sur les figures de l'étrangeté à travers l'histoire de la justice des enfants et de l'aide sociale à l'enfance. Il s'agit là de s'intéresser à la construction de ces étrangers que sont les délinquants et plus généralement les enfants dits en danger pour la Justice des enfants et l'aide sociale à l'enfance depuis le XIXe siècle. Est mise en ½uvre une réflexion sur les identités et les constructions de l'étrangeté du point de vue de l'institution et du point de vue du mineur.e.s placé.e.s, afin de « traverser le miroir », à la manière de Lewis Caroll. Nous proposons aux rédacteurs de la revue une expérience de décentrement afin de questionner ce sentiment d'étrangeté de manière complexe. Un dispositif d'écriture singulier permet de percevoir à la fois le proche et le lointain dans la figure de l'étranger, son « étrange familiarité », mais aussi de renverser le regard en décrivant l'étrangeté de l'intervention institutionnelle pour le.la mineur.e placé.e. Car si l'altérité de ce dernier justifie l'enquête judiciaire, sociale, médicale, psychologique réalisée pour en percer le mystère, ces démarches inquisitrices constituent tout autant une énigme pour celle ou celui qui en est l'objet.

  • La plupart des chercheurs sur le secteur de la protection de l'enfance et de l'adolescence se confrontent à un moment donné à la tentation de savoir ce qu'il en est des principaux intéressés.
    Qui sont ces mineurs pris en charge ? Ont-ils laissé des traces de leur vécu dans les différentes institutions d'accueil ? Que racontent-ils d'eux-mêmes ? Qu'a-t-on fait et que peut-on faire de ces récits, quand ils existent ? La confrontation des expériences menées par des historiens sur différents corpus d'archives nous amène tout d'abord à plusieurs constatations : la présence et la prise en compte d'une parole de ces milliers de jeunes pris en charge depuis la fin du XIXe siècle est très inégale non seulement selon les époques, mais aussi selon les établissements ou organismes ; par ailleurs, l'usage qui en est fait est souvent détourné et vise rarement à constituer ou à donner valeur de témoignage.
    [..] Ce dossier voudrait être une amorce de réflexion sur la place (le peu de place ?) de la parole des jeunes placés dans leurs dossiers, mais aussi une invitation pour tous les historiens et non pas seulement ceux spécialisés dans le secteur de la protection de l'enfance et de l'adolescence, a aller renouveler le regard porté sur les jeunes générations selon les périodes en les confrontant aux vécus, aux pratiques de sociabilités et aux visions portées par ces dernières sur la société adulte.

  • Écrire l'histoire de la prostitution des mineur(e)s consiste à rendre compte tant autant des réponses institutionnelle, religieuse, médicale et philanthropique aux sexualités d'une jeunesse incontrôlée, que de l'expérience prostitutionnelle en soi. Sur un sujet peu étudié, ce numéro de la Revue d'histoire de l'enfance « irrégulière » vient combler un vide historiographique.
    Sommaire :
    Prostitution des filles et action judiciaire * Aurore François, « Une véritable frénésie de jouissance. » Prostitution juvénile et armées d'occupation en Belgique (1940-1945) * Véronique Blanchard, Les filles « perdues » sont-elles amendables ? Les mineures prostituées devant le tribunal pour enfants de la Seine dans les années 1950 Les garçons, entre marché prostitutionnel et identité homosexuelle * Christelle Taraud, Les yaouleds : entre marginalisation sociale et sédition politique * Régis Revenin, Jalons pour une histoire (culturelle et sociale) de la prostitution masculine juvénile dans la France des « Trente Glorieuses » * Guillaume Périssol, Des couloirs du métro à l'hôpital psychiatrique : la trajectoire d'un jeune prostitué parisien en 1946 Contre la prostitution : sociétés philanthropiques et mouvements féministes * Christine Machiels, « Protégeons la jeunesse ! » Maria Vérone, une avocate féministe face à la prostitution des mineur(e)s (1907-1938) * Céline Leglaive-Perani, L'Association israélite de protection de la jeune fille et la lutte contre la « traite des blanches » au début du XXe siècle Pistes de recherche * Comité de rédaction, Pour une histoire des maisons d'enfants * Chloé Maurel, Yvonne Hagnauer et la Maison d'enfants de Sèvres (1941-1970) Sources et espaces pour la recherche * Marc Renneville, Criminocorpus, le portail sur l'histoire de la justice, des crimes et des peines

  • De la critique de la Petite roquette durant le congrès pénitentiaire de Bruxelles en 1847 à l'affaire "Cheval pour tous", qui défraie la chronique en 1999, les institutions éducatives destinées à l'enfance "irrégulière" ont suscité de nombreux débats et des polémiques acharnées.
    Ce numéro de la Revue d'histoire de l'enfance "irrégulière" veut analyser les modalités et les significations de ces campagnes de protestation, menées aux XIXe et XXe siècles en France mais aussi en Belgique et en Espagne. En dépit de leurs différences, ces campagnes constituent un objet d'étude cohérent au croisement du social, du politique et du culturel. Elles dessinent les contours d'un genre d'intervention spécifique sur la scène publique, fondé sur une rhétorique dénonciatrice et sur l'usage des vecteurs de la communication de masse.
    Il s'agit donc d'interroger ces prises de parole dans toute leur complexité à travers leurs conditions d'émergence, leurs caractéristiques discursives et les réactions qu'elles ont suscitées.

  • Un des trait marquants de l'enfance irrégulière et de son traitement depuis le XIXe siècle est la progressive agrégation de nombreux acteurs qui surveillent, jugent, soignent, pansent, observent, rapportent, instruisent, éduquent. Ce numéro de la Revue d'histoire de l'enfance « irrégulière » confronte des études sur quelques-uns d'entre eux. Il est l'occasion de faire un état des connaissances, de lancer des pistes de recherche, de questionner des professions moins ou pas étudiées jusque-là, mais aussi de comparer des dynamiques professionnelles ainsi que des modes de professionnalisation qui varient d'un pays l'autre.

  • Ce volume est consacré au Congrès international de psychiatrie infantile qui s'est tenu à Paris en 1937 au cours de l'exposition internationale. Premier du genre, il est organisé notamment par Georges Heuyer dont l'importance dans le domaine de l'enfance pendant l'entre-deux-guerres est désormais un fait établi. Il est l'occasion de faire le point sur ce personnage aux multiples activités et d'évoquer la documentation qu'il a laissée. Qui dit congrès international dit aussi circulations, échanges entre les participants, enjeux de connaissance et rapports de pouvoir. C'est tout cela que s'efforce d'aborder ce numéro en faisant une large place à différents représentants de plusieurs des pays présents. C'est ainsi que la psychiatrie de l'enfant et son institutionnalisation est explorée à partir des situations allemande, belge, britannique, italienne, française et suisse... Enfin, c'est aussi l'occasion d'appréhender les savoirs psychiatriques sur l'enfant en amont comme en aval afin de mieux saisir l'importance de ce congrès, au-delà du fait d'avoir été le premier du genre.

    Contributions de :
    Elisabetta BENETTI Samuel BOUSSION Jean-Christophe COFFIN Mathias GARDET SusanGROSS SOLOMON Nadine LEFAUCHEUR Benoît MAJERUS Veerle MASSIN Annick OHAYON Guillaume PÉRISSOL Volker ROELCKE Martine RUCFIAT John STEWART Karin ZETTERQVIST NELSON.

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