Pu De Rennes

  • La crise sanitaire mondiale qui bouleverse en profondeur les mondes du travail nous incite à considérer avec d'autant plus d'intérêt la nouvelle question posée aux concours (CAPES et agrégation), qui interroge les mutations économiques, sociales, politiques, culturelles et environnementales entraînées par l'industrialisation de l'Europe occidentale des années 1830 aux années 1930. La désindustrialisation qui s'accélère depuis les années 1970 ne se réduit pas à un recul de la production industrielle. Elle signifie aussi l'effritement d'une civilisation industrielle ainsi que la disparition de la centralité du travail qui érigeait la question ouvrière en enjeu politique et social majeur. Ce dossier réunit des spécialistes qui présentent et commentent des sources de natures variées - correspondances, photographies, textes législatifs, pétitions, caricatures, etc. - produites tant en France qu'en Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne, Italie et Espagne. Il permet d'éclairer les mutations de l'organisation du travail, leurs impacts sur les conditions de vie et de travail des mains-d'oeuvre artisanales et industrielles, et la place de la question sociale dans la constitution du mouvement ouvrier et des États sociaux.

  • "Nos ancêtres les Gaulois ! " : la formule hante notre mémoire collective comme un élément central du discours sur l'identité porté par le roman national tel qu'il s'est longtemps écrit. Mais ces ancêtres paradoxaux - fiers de leur liberté mais désunis, attachants mais querelleurs, redoutables guerriers mais vaincus - sont le résultat d'une véritable fabrique. Cette image des Gaulois émerge dès l'Antiquité, reprise et étoffée au XVe siècle en fonction des besoins politiques et identitaires du moment, pour servir l'affirmation de la francité au siècle suivant, puis à partir de la Révolution française et au XIXe siècle elle s'installe durablement dans l'imaginaire politique, comme en témoigne encore le discours public depuis 1958.
    Ce dossier montre, par une lecture culturelle du politique, la façon dont la figure du Gaulois, siècle après siècle, a nourri les représentations et les identités nationales dans un usage politique de l'histoire. Et comment le discours sur le présent prend la voix du passé.

  • À l'heure du village planétaire et de la remise en cause des réseaux sociaux, la nouvelle question proposée aux concours de recrutement de l'enseignement secondaire nous invite à réfléchir aux relations qu'entretiennent la culture, les médias et les formes de pouvoir aux États-Unis et en Europe occidentale au cours d'une période de mutations matricielle. De la fin de la Seconde Guerre mondiale à la dislocation de l'URSS en 1991, l'Occident s'est construit face au "bloc de l'Est", non seulement par ses orientations idéologiques mais aussi par ses choix culturels.

    Parlement[s] contribue à la préparation de cette question en proposant une vingtaine de sources commentées par des spécialistes. À travers un panel diversifié - affiches, films, actualités filmées, séries télévisées, bandes dessinées, magazines, textes normatifs, essais d'intellectuels, etc. - ce numéro permet d'étudier les vecteurs, acteurs, contenus et pratiques de la culture de guerre froide, de la culture de masse et de son américanisation. Il met en outre l'accent sur les contestations et les contre-cultures, ainsi que sur les politiques culturelles mises en oeuvre à diverses échelles. Le lecteur curieux comme le candidat au concours y trouveront des approches originales sur des enjeux toujours d'actualité.

  • L'histoire de la mort a connu son apogée au tournant des années 1970 et 1980, à travers les deux grandes synthèses de Michel Vovelle et Philippe Ariès. Née dans la continuité de l'histoire religieuse et de la démographie historique, elle s'est renouvelée les vingt dernières années par une approche matérielle centrée sur le traitement du cadavre. Une histoire et une anthropologie politiques de la mort se sont aussi progressivement développées autour du corps du roi ou des usages politiques des funérailles. Mais la question de la mort au(x) Parlement(s) n'avait jamais été abordée en tant que telle. Ce hors-série veut montrer les multiples façons dont on peut comprendre les relations possibles entre mort et Parlement, ainsi que les différentes "histoires de la mort" qui se pratiquent aujourd'hui. Sont explorées, de la Révolution au très contemporain, en Europe et plus particulièrement en France, les manières dont les parlementaires se saisissent de la mort pour dire la norme et travailler le droit (sur le crime de lèse-nation, la violation de sépulture, le périmètre de la peine de mort), utilisent les cadavres pour asseoir leur légitimité, créer un consensus ou marquer une rupture (les martyrs de la Révolution ou de la nation, les héros de guerre), sont interpellés et débattent sur des sujets tels que les frontières entre la vie et la mort, le devenir des cendres, ou comment les élus se confrontent directement à leur propre mort (assassinat de Féraud, attentat de Vaillant, traitement des dépouilles de Gambetta ou Mandel).

  • Comment les couples, au sens conjugal, vivent-ils leur engagement politique ou celui de l'un des deux époux ? Alors que traditionnellement, à l'époque moderne, les femmes semblent exclues des fonctions politiques en France, elles sont pourtant nombreuses à les exercer par l'entremise de leurs conjoints, ou à l'occasion de régences.

    On peut en voir de nombreux exemples à l'occasion de situations particulièrement propices comme les guerres de Religion, la Fronde ou les événements révolutionnaires. Toutefois, les moments de crise ne sont pas les seuls à faciliter l'engagement des femmes, et ces dernières peuvent aussi apparaître comme des conseillères de l'ombre. La figure du couple agissant de concert en politique se perpétue à l'époque contemporaine, avec toutefois un changement de statut pour les femmes, celles-ci faisant ouvertement leur entrée dans la vie politique.

    Les interactions sont multiples : soutien, aide, conseil au conjoint, collaboration, autonomie et/ou indépendance de chacun des membres du couple.

    L'accession croissante des femmes à des fonctions électives et la nouvelle visibilité des couples de même sexe modifient-elles ces interactions ou leur visibilité dans l'espace public ?

    Tous les cas de figure montrent que l'on ne saurait séparer vie privée et vie publique et qu'il importe de saisir les interactions entre ces deux sphères.

  • Restauration et monarchie de Juillet apparaissent souvent comme une période d'éloignement maximal entre le peuple et ses élites. Le mécanisme du suffrage censitaire, qui restreint à l'extrême le droit de vote, semble l'illustration même de ce processus de cloisonnement des notables, séparés de la nation. Quelques grandes crises donnent une traduction paroxystique à cet apparent divorce, que n'atténue guère en 1830 le passage à la "monarchie bourgeoise" de Louis-Philippe.

    Pourtant, si forte que soit cette fracture inhérente à l'élitisme du système, il existe aussi des mouvements de convergence qu'il importe de ne pas minimiser. Tandis que les postures des opposants accentuent volontiers la dimension antiélitiste de leur combat, d'autres Français, même exclus du vote, préfèrent utiliser le régime, sinon l'instrumentaliser, pour défendre une sensibilité politique, un terroir, une réputation ou des intérêts corporatistes. Ainsi, au moment où l'affrontement entre classes sociales commence à devenir un lieu commun, les lignes de fracture obéissent à des logiques plus complexes et à des recompositions inattendues, liées aux soubresauts de l'Histoire.

  • Quinze ans après l'apparition en France de l'expression "loi mémorielle" pour désigner une pratique politique controversée, effectuée au nom du devoir de mémoire, ce hors-série analyse l'adoption de lois relatives à différents événements historiques en Europe depuis les années 1990.

    À partir de plusieurs études de cas (Allemagne, Belgique, Espagne, Pologne, Russie, Parlement européen), il pointe à la fois les circulations transnationales et les spécificités proprement nationales de ces dispositions normatives votées par les parlements, qui prescrivent à leur société une grande variété d'actions publiques et de narrations sur le passé.

    Rendant compte des débats suscités par ces lois et par certains passés (Seconde Guerre mondiale, génocides, communisme, franquisme, période coloniale), ce numéro saisit l'évolution récente du rapport des sociétés européennes à leur histoire.

    Un entretien avec Henry Rousso et divers documents commentés permettent d'élargir le propos à des périodes antérieures en France et à des cas nationaux sur d'autres continents ; des recensions sur le thème complètent ce tour d'horizon inédit.

  • Le mot « banlieues » désigne depuis le milieu des années 1980 les quartiers populaires périphériques d'habitat collectif. Le personnel politique s'en empare progressivement pour nommer des territoires ou s'adresser à une partie de l'électorat ; les candidats ajoutent cette étape à leurs tours de France, tandis que certains habitants se saisissent du label pour en faire un élément identitaire.
    Ce dossier réunit des chercheurs de plusieurs disciplines pour évaluer si les discours, qu'ils soient politiques, militants, scientifiques, médiatiques ou associatifs, ont eu un effet performatif, inventant une réalité politique malgré l'hétérogénéité sociale et urbaine de ces quartiers.
    Qu'on la considère comme un corps étranger, un électorat à conquérir, une communauté ou un territoire à représenter, un groupe social à mobiliser, envisage-t-on durablement la « banlieue » comme un objet ou un acteur politique ?

  • La vie politique est-elle le privilège du national ? Une image largement véhiculée dépeint étrangers et immigrés comme des "sans-voix" dans le concert politique français, privés de l'accès aux urnes ou d'un écho suffisant pour faire valoir des revendications longtemps modestes. C'est ce qu'entend explorer ce dossier sous un angle nouveau. Se dévoilent ainsi, selon une perspective à la fois par le haut et par le bas, la place des étrangers et immigrés dans la vie politique française, tout comme l'émergence d'une véritable vie politique d'exil. D'emblée apparaissent des ambiguïtés au plus haut sommet de l'Etat, tiraillé entre l'injonction à la neutralité politique et la garantie des libertés individuelles. Partis, associations, acteurs collectifs ou individuels ont cependant cherché à s'insinuer dans ces brèches afin de faire entendre, voire peser, la voix de ceux qui venaient d'ailleurs mais dont la destinée rejoignait, de manière momentanée ou définitive, celle de la France. L'approche politique permet en outre de décentrer les analyses traditionnelles, d'ordinaire tournées vers le seul horizon de l'intégration, au profit des processus complexes de politisation en pays d'accueil d'immigrés qui pouvaient se mêler au jeu politique français ou, au contraire, développer des espaces autonomes d'engagement. Le temps long, des années 1880 à nos jours, permet enfin de donner du champ à cette histoire des marges, qui contribue à éclairer la vie politique nationale autant qu'à lui conférer une coloration qu'elle a trop longtemps négligée.

  • A partir du XIXe siècle, les grands dictionnaires de la langue française font un sort à l'expression "Oiseau de malheur". Ils la qualifient de tournure familière et lui attribuent le sens de personne annonciatrice d'une mauvaise nouvelle. Celle-ci, capable d'affecter sur l'instant les comportements et les émotions d'une société, apparaît de manière occasionnelle et récurrente dans l'Histoire. Elle s'invite dans l'espace public sous la forme de rumeurs colportées par des "oiseaux de malheur" parfois anonymes ou par les informations officielles que proclament les voix autorisées des hommes de pouvoir.

    Dans une configuration à triple entrée - les pouvoirs, la société érigée en public, les moyens officiels d'information -, les études rassemblées dans ce dossier ont volontairement été choisies sur la longue durée, du XVIe siècle au XXe siècle. Elles interrogent les modalités de formulation et de mise en scène de la mauvaise nouvelle, leurs échos immédiats et à plus long terme dans la mémoire collective et les interactions qui innervent le dialogue entre les "oiseaux de malheur" et la société. La question de l'opinion publique apparaît en filigrane dans ces contributions qui traitent des mauvaises nouvelles politiques et/ou militaires telles que la captivité de François Ier, les "bruits" dans le Paris ligueur, la mort du maréchal Tito, les défaites des Gallispani dans le royaume de Naples, la chute de Diên Bien Phu ; des désastres sanitaires avec les pestes d'Ancien Régime et les épidémies d'influenza en France à l'époque contemporaine ; et de la catastrophe aérienne italienne de Superga en 1949.

  • "Notre république est une amitié". C'est par ces mots, qu'il prête à Michelet, que Robert de Jouvenel commence son célèbre pamphlet La République des Camarades (1914). Dans le contraste entre le titre et l'incipit d'un même livre, deux aspects de l'amitié en politique se manifestent avec netteté. Ciment social par excellence, fondée sur les hautes exigences d'une communauté de valeurs, l'amitié concourt à l'établissement de la concorde civile et de la paix internationale ; véhicule de la faveur, prétexte de tous les passe-droits, voile de toutes les collusions, l'amitié présente aussi une menace pour la justice et la démocratie.
    Entre ces deux pôles extrêmes, une immense variété de cas de figures et d'expériences historiques : de l'impossible amitié du tyran grec à l'amitié nationale exaltée par Barrès à l'occasion de la Grande Guerre ; du surprenant appel du roi Louis XVI au moment de la fuite à Varennes - "Français, et vous surtout Parisiens,... méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami" (20 juin 1791) - à l'amitié franco-allemande, incarnée par Helmut Kohl et François Mitterrand main dans la main devant l'ossuaire de Douaumont le 22 septembre 1984.
    Des chercheurs, historiens, littéraires, historiens du droit, acteurs politiques ont voulu explorer ensemble, sur la longue durée, quelques facettes d'une relation complexe et fascinante, entre lien social, diplomatie et élan du coeur.

  • Si vis pacem para bellum, tel était l'adage qui prévalait encore à la veille de la Grande Guerre. Comment, dans ce contexte, défendre la paix, comment la préparer puis la promouvoir pendant et au lendemain d'une guerre totale que l'on voudrait croire être la Der des Der ? Un jeu complexe s'instaure entre les parlementaires et les sociétés civiles qu'ils sont censés représenter, en un moment crucial pour la conception et la mise en uvre de la Paix.
    Alors que la sécurité collective trouve ses premières expressions avec les conférences internationales de désarmement et la création de la Société des Nations, les fascismes menacent de réviser par la force les traités de paix. Ce dossier, constitué d'études de cas et de commentaires de sources sur la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne avant, pendant ou après la Première Guerre mondiale, évalue la façon dont les parlements traduisent ou non les aspirations pacifistes de leurs sociétés civiles.
    Réciproquement, il montre comment des opinions publiques pacifistes, y compris féministes, peuvent influencer leurs représentants et le débat démocratique. Des enjeux qui trouvent un cruel écho dans l'actualité.

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