Pu De Paris-sorbonne

  • Malgré les progrès constants de l'écrit, les sociétés latines, byzantines ou musulmanes du Moyen Âge restent très largement dominées par l'oral et les sons. La voix tient un rôle primordial au sein d'un paysage sonore dont l'étude a récemment bénéficié d'un regain historiographique et du croisement interdisciplinaire avec l'anthropologie, la musicologie, l'archéologie, l'architecture, l'art ou la littérature.

    Le 50e congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public a ainsi voulu mieux comprendre la production, les usages, la définition et les contextes d'emploi de la voix, plongée dans des configurations engageant autant la parole, le discours, la déclamation que le chant ou, à l'inverse, le silence ou la voix intériorisée. Les contributions s'intéressent à la présence et aux marques d'oralité dans l'écrit, à la musique et à sa "fabrique", aux paysages sonores, aux cris et émotions, aux rythmes, à la scansion et à la cantillation..., bref à tous les contextes et prétextes qui produisent la voix, l'accompagnent ou la mettent en scène, et à ce qui est reproduit, proféré, clamé ou tu par elle.

    Vingt ans après la rencontre de Gottingen, le congrès de Francfort rappelle également l'importance des échanges universitaires et historiographiques franco-allemands dans une ville profondément européenne et au riche passé historique.

  • Les sociétés médiévales accordent une grande importance à la culture de l'obéissance, au respect de la tradition et au principe hiérarchique. Mais elles sont aussi régulièrement secouées par toutes sortes de rébellions, de dissidences ou de révoltes, voire par de véritables révolutions. Ces différentes figures de la contestation ont constitué un domaine de recherche majeur dans les années 1960-1970, porté par les vents de l'époque, avant d'être délaissés ou traités de façon plus parcellaire. À l'heure où les nouvelles recherches sur l'hérésie revisitent les rapports entre désobéissance et rébellion, où l'histoire intellectuelle réexamine la destinée de figures contestataires et où les grandes révoltes paysannes, urbaines ou nobiliaires suscitent un net regain d'intérêt, il convenait de rouvrir le dossier, sans nécessairement évoquer l'anniversaire de la Jacquerie paysanne de 1358, ni l'actualité brûlante du mouvement des « gilets jaunes ». C'est ce qu'a entrepris le XLIXe Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public, réuni à Rennes en 2018. Les études rassemblées dans ce volume explorent ainsi tour à tour la manière dont les sociétés latines, byzantines ou musulmanes du Moyen Âge ont dit et défini les contestations, les motifs variés qui animaient dissidents ou révoltés, et les formes que prit la remise en cause de l'ordre établi, avant de s'interroger sur la fin des contestations et leurs effets par-delà leur dénouement souvent tragique et leur mémoire dissonante.

  • L'évident et l'invisible est né de la rencontre de jeunes chercheurs économistes et historiens de l'économie. Réfléchissant aux processus de construction des données à partir desquelles chacun travaille, les auteurs réunis ici questionnent, ensemble, le statut des documents dont ils se servent quotidiennement pour proposer des textes issus de leur propre expérience scientifique. Une telle réflexion est au coeur du métier des historiens et relève précisément, pour eux, de l'évidence. En revanche, le travail de critique et d'élaboration des sources chiffrées à partir desquelles ils bâtissent leur raisonnement et établissent des calculs demeure le plus souvent invisible aux économistes. C'est pourquoi expliciter les évidences et rendre visible ce qui ne l'est pas au premier regard constitue la démarche commune à tous les auteurs de ce recueil. Il en résulte une collection d'essais, accompagnés de courtes introductions les situant sur un plan épistémologique, qui révèlent toute la richesse de cet échange disciplinaire entre historiens et économistes qui se double d'un dialogue fécond entre générations.

    Les auteurs : Michel Armatte, Jean-Christophe Balois-Proyart, Camille Chaserant, Cléo Chassonnery-Zaïgouche, Julie Claustre, Pierrick Dechaux, Laurent Feller, Pierre Gervais, Léontine Goldzahl, Agnès Gramain, Robin Hege, Tristan Jacques, Djouhra Kemache, Philippe Lefeuvre, Charlotte Levionnois, Dominique Margairaz, Michel Margairaz, Erich Pinzon-Fuchs, Cédric Quertier, Louise Quillien.

  • Signs and States, programme financé par l'ERC (European Research Council), a pour but d'explorer la sémiologie de l'État du XIIIe siècle au milieu du XVIIe siècle. Textes, performances, images, liturgies, sons et musiques, architectures, structures spatiales, tout ce qui contribue à la communication des sociétés politiques, tout ce qu'exprime l'idéel des individus et leur imaginaire, est ici passé au crible dans trois séries de rencontres dont les actes ont été rassemblés dans une collection, Le pouvoir symbolique en Occident (1300-1640).
    Ces volumes, adoptant une perspective pluridisciplinaire et comparative dans une visée de long terme, combinent études de cas, analyses conceptuelles et réflexions plus théoriques. Et les réponses à ce questionnaire, issu d'une réflexion sur une histoire culturelle poursuivie sur plus de cinq siècles, remettent en cause une histoire de l'Occident latin où l'on opposerait Église et État : la mutation culturelle engendrée par la réforme grégorienne qui, tout en assurant d'abord le triomphe de la papauté, a donné à l'État moderne les moyens d'assurer sa propre légitimité en créant les conditions d'une révolution du système de communication. Elle engendre un partage du pouvoir symbolique et des processus de légitimation avec l'État : la capacité de ce dernier à se légitimer par le consentement de la société politique en dehors de la contingence religieuse est une spécificité de l'Occident latin, clé de l'essor des États modernes européens.

  • Cet ouvrage propose une série d'études fondées sur des travaux de jeunes chercheurs éclairant la façon dont l'essor de l'écrit documentaire au cours d'un long XIIIe siècle a transformé en profondeur les pratiques administratives des sociétés médiévales occidentales. De la Sainte-Trinité de Caen au Mont-Cassin, de Paris au Midi toulousain, ces textes interrogent la façon dont l'écrit administratif est produit, utilisé, archivé. Écrire, est d'abord une façon d'appréhender le territoire, par l'inventaire des ressources d'une institution, par l'enquête, par l'enregistrement d'actes, renvoyant aux préoccupations propres au contrôle d'un espace éclaté, ou dans l'affirmation d'une personnalité institutionnelle. Les formes prises par ces documents administratifs et leur place dans les processus de gouvernement dépendent des hommes qui en gouvernent la genèse, de leur conception à leur rédaction, que ces dynamiques soient collectives, comme dans l'administration du comte de Toulouse, ou individuelles, comme dans la pratique toute personnelle de l'artisan Jean Teisseire. L'objet-document ainsi produit résulte d'une stratification de pratiques évoluant dans le temps, que seule une étude codicologique minutieuse et rigoureuse peut restituer, comme dans le cas du livre-outil de Saint-Martin de Pontoise. Enfin, la dimension archivistique de l'écrit apporte un recul sur la constitution de mémoires documentaires indissociables de certaines transformations sociales de la fin du Moyen Âge. L'étude des cartulaires de Notre-Dame de Paris et des regards croisés sur la documentation de la Sainte-Chapelle, par exemple, viennent ainsi compléter notre compréhension des mécanismes d'archivage et de la fonction des archives au sein des institutions.

    Les auteurs :

    Anne-Laure Alard-Bonhoure, Christophe Boucheron, Gael Chenard, Harmony Dewez, Charlotte Fain, Catherine Letouzey-Réty, Mélanie Morestin-Dubois, Vianney Petit, Gabriel Poisson, Alisée Rosa, Albane Schrimpf-Patey, Lucie Tryoen.

  • Ce volume est le quatrième d'une série d'ouvrages portant sur "Statuts, écritures et pratiques sociales dans les sociétés de la Méditerranée occidentale à la fin du Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)", visant à étudier les statuts communaux dans une optique d'histoire sociale, non pas comme une source "normative" mais comme une source de la pratique, de leur matérialité et de leur forme d'écriture aux pratiques sociales en passant par les conditions de leur production et de conservation, leur inscription dans un paysage documentaire communal, leur structure et leur contenu.

    Ce dernier ouvrage s'intéresse aux statuts "vus de l'extérieur" c'est-à-dire au rapport entre le texte statutaire et sa mise en jeu dans des pratiques sociales concrètes, mais aussi à la manière dont les acteurs médiévaux se posent la question de l'usage de la norme, aux divers moments documentaires où ils font référence ou allèguent explicitement les statuts dans leurs pratiques. Il n'est donc question de statuts qu'à travers d'autres documents, qu'ils fassent partie du paysage documentaire communal (délibérations communales, registres de justice, registres de compte, criées, épigraphie, iconographie, etc.) ou qu'ils soient élaborés en marge des écrits de gouvernement (registres notariés, testaments, récits de miracles, procès de canonisation, sources narratives, chroniques, etc.). Le but est de repérer, d'analyser et d'étudier la manière dont les normes statutaires se sont diffusées - ou pas -, ont été appliquées - ou pas - dans les pratiques politiques, économiques et sociales de la commune : comment ont-elles été validées, reproduites, conservées, diffusées ? C'est l'occasion de mesurer la force pratique des statuts, leurs effets dans la vie quotidienne du gouvernement et des acteurs sociaux, de prouver ainsi la pertinence de la confrontation entre divers éléments textuels produits par la commune pour élaborer une histoire des pratiques sociales à partir des pratiques d'écriture dans les sociétés de la Méditerranée occidentale à la fin du Moyen Âge (XIIe-XVe siècle).

    Ont collaboré à cet ouvrage :
    Dominique Bidot-Germa, Frédéric Boutoulle, Guido Castelnuovo, Edward Dettmam Loss, Antoine Franzini, Benoît Grévin, Michel Hébert, Didier Lett, Francine Michaud, Maria Giuseppina Muzzarelli, Xavier Nadrigny, François Otchakovsky-Laurens, Gian Maria Varanini.

  • Définir toujours plus finement les contours des sociétés médiévales et les hiérarchies qui les traversent, mettre en lumière leurs stratégies économiques, scripturaires et politiques en valorisant l'agency des individus, tels sont les champs embrassés par François Menant ces quarante dernières années. Le crédit, les conjonctures de crise et les réponses qu'y apportent les sociétés urbaines et rurales, leur litteracy et leur communication politique sont autant de thèmes sur lesquels cet ouvrage a l'ambition d'offrir un panorama actualisé.

    Couvrant un large arc chronologique, du haut Moyen Âge à la Renaissance, dans un espace européen généralement orienté autour de la Méditerranée, ce livre collectif a également vocation à retracer les vastes réseaux scientifiques internationaux tissés par François Menant au cours de sa carrière : anciens élèves de l'Ecole normale supérieure de Paris, maîtres de conférence, professeurs des universités, venus de France, d'Europe ou des Amériques offrent ainsi un instantané de la recherche en histoire économique et sociale actuelle. De l'individu au groupe, de la figure de l'entrepreneur médiéval aux élites rurales, de François Menant à ses élèves et à ses collègues, tel est le chemin que permettra de parcourir cette étude.

  • Ce volume est le second d'une série d'ouvrages portant sur "Statuts, écritures et pratiques sociales dans les sociétés de la Méditerranée occidentale à la fin du Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)", visant à étudier les statuts communaux dans une optique d'histoire sociale, non pas comme une source "normative" mais comme une source de la pratique, de leur matérialité et de leur forme d'écriture aux pratiques sociales en passant par les conditions de leur production et de conservation, leur inscription dans un paysage documentaire communal, leur structure et leur contenu.

    Cet ouvrage, plus spécifiquement, se donne pour but de replacer la matière statutaire de l'Italie (Sienne, Ferrare, Gênes, Rimini, Milan, Orvieto, Pérouse, Todi, Pise, Lucques, la Sicile et Candie vénitienne) et du Midi de la France (Agen, Marseille, Avignon, Rodez et Comtat Venaissin) au sein d'un ensemble de documents produits par les autorités communales, par d'autres institutions présentes dans la commune ou par une autorité supérieure (seigneur laïc ou ecclésiastique, prince, roi ou pape) exerçant son dominium. Il s'agit donc d'éclairer le statut dans son paysage documentaire pour mesurer les circulations documentaires en repérant et en analysant tous les points de contact entre les statuts et les autres documents.

    Du niveau le plus haut ou le plus large (comtal, provincial ou royal) au plus restreint (groupements professionnels) en passant par l'échelon communal, les différentes strates normatives se superposent et se complètent mais peuvent également entrer en concurrence, nous dévoiler des tensions entre les divers niveaux de réglementation, chacun de ceux-ci espérant marquer son emprise, dominer un espace ou un secteur d'activité. Statuer peut, en ce sens, apparaître comme un enjeu social de toute première importance.

  • De Jean de Berry, l'histoire a retenu l'image d'un prince mécène et bibliophile, ardent défenseur de la couronne au temps de Charles V et de Charles VI. Doté d'une principauté au centre du royaume, tenue en apanage, il a développé une administration dont les contours ont déjà été reconnus. Sa chancellerie, en revanche, a peu retenu l'attention. C'est autour des pratiques de l'écrit documentaire, actes en tête, que s'organise la présente publication. Celle-ci se veut une contribution à une meilleure connaissance de l'acte princier des XIVe et XVe siècles, un domaine qui, s'il a été illustré par divers historiens et diplomatistes, ne l'a été jusqu'à maintenant que de façon discontinue et incomplète. Par l'extension géographique et la variété de ses pouvoirs, par sa proximité avec la personne royale (il a été successivement fils, frère, oncle de roi), par la durée de son activité (une soixantaine d'années, de 1356 à 1416), Jean de Berry a légué un corpus central pour l'étude de l'acte princier. Un acte princier qui devient, à l'époque, une pièce importante de la production diplomatique et, par la captation de traits royaux, un outil efficace de la genèse de l'État moderne et de l'apprentissage de la sujétion. Organisation, recrutement, fonctionnement de la chancellerie, gestion de la mémoire des actes, traits internes et externes des productions, manifestations du pouvoir dans les titulatures et les sceaux, méthodes d'édition... sont scrutés dans les contributions de ce volume, non seulement pour Berry, mais aussi, de façon délibérément comparative, pour plusieurs de ses contemporains (princes anglais et navarrais, ducs de Bourbon, d'Anjou et de Bretagne).

  • Du cahier des charges définissant les obligations respectives des parties, des registres mensuels faisant état des sommes perçues pour le compte de l'Etat romain aux reçus émis à la suite de l'acquittement des impôts, des déclarations de fouille aux plaintes dénonçant les abus des personnels douaniers, l'ensemble des activités liées aux douanes d'Égypte a donné lieu à une production documentaire remarquable par la variété et la quantité des pièces produites. Le corpus papyrologique (papyrus et ostraca), plus de cinq cents documents en langue grecque, rassemble la totalité de la documentation éditée à ce jour. Les documents de la pratique égyptiens sont, de ce fait, l'une des sources les plus précieuses pour reconstituer les modalités de fonctionnement de la fiscalité douanière, saisir les évolutions quelle a connues et apprécier les apports de ce champ de l'administration fiscale aux savoirs de gouvernement de l'Empire romain. En présentant la documentation, en analysant le vocabulaire fiscal et en dressant une typologie des écrits douaniers, cet ouvrage donne également à voir les acteurs, égyptiens, grecs ou romains, impliqués dans la production des écrits ou dans l'exécution des opérations de vérification. Auprès d'eux, c'est le caractère empirique de la prise de décision politique qui dès lors émerge de cette étude originale et témoigne de la capacité d'adaptation des pouvoirs publics à des exigences fiscales et administratives le plus souvent conjoncturelles.

  • Les îles du lac tana, réservoir du nil bleu situé sur les hauts plateaux du nord de l'éthiopie, abritent depuis le xiiie siècle ermites et communautés monastiques.
    Lorsque, au cours du xviie siècle, les rois d'éthiopie établissent leur capitale à gondar, quelque soixante kilomètres plus au nord, ces hommes de dieu se retrouvent dès lors aux portes du pouvoir politique. tantôt refuges lors des guerres ou des troubles internes au royaume, tantôt sanctuaires des dépouilles des souverains et de la légitimité royale, ces lieux saints deviennent le foyer de production d'une histoire écrite et ré-écrite pour compléter ou s'opposer à l'historiographie officielle des souverains.
    Une historiographie qui voisine souvent le mythe, celui de l'arche d'alliance ou celui de la fuite de la sainte famille. cet ouvrage, le premier à proposer une analyse historique de l'art éthiopien des xviie et xviiie siècles à travers nombre de documents inédits - images, chroniques, chartes et documents fonciers -, étudie la construction de bâtiments civils ou ecclésiaux, les chantiers de décoration monumentaux, la mise en pages des cycles d'enluminures et la constitution des bibliothèques.
    Cette histoire des lieux, des objets et des peintures du lac tana permet de comprendre l'héritage culturel et les connaissances historiques sur lesquels s'appuient les commandes artistiques comme l'action politique des rois aux xviie et xviiie siècles. entre conflits de récits, revendications foncières et patronage artistique, l'auteur dégage les strates successives de l'écriture de l'histoire du royaume, de la fabrication des images, enluminures et fresques d'églises, et de la construction d'une mémoire royale.

  • Les trente-cinq études de ce volume, revues et mises à jour, retracent l'histoire de la Gaule méridionale, appelée d'abord Transalpine puis Narbonnaise. des premiers temps de la présence romaine aux débuts de l'Antiquité tardive et montrent les transformations d'un monde provincial sous l'empreinte de Rome. Une nouvelle géographie économique apparaît avec le déplacement des centres de gravité, de Narbonne vers la vallée du Rhône et Lyon. La romanisation de la société est autant politique que religieuse. On assiste à une intégration réussie des élites - notables issus de l'Italie et descendants des grandes familles aristocratiques indigènes - mais également à l'ascension des représentants de la société civique provinciale - le commun des détenteurs des magistratures et des sacerdoces. S'épanouit alors au cours de la seconde moitié du premier siècle av. JC une culture de l'écrit qui se manifeste. en particulier par l'abondante production épigraphique, dans les lieux funéraires. les grandes demeures et les espaces publics urbains. L'accès des grandes familles à l'ordre équestre et à l'ordre sénatorial, puis leur participation au gouvernement de l'Empire viennent concrétiser, dès le premier siècle ap. JC, le rapprochement entre l'Italie et cette partie de l'Empire romain, dont le destin apparaît alors comme singulier, selon l'expression de Pline l'Ancien : À la vérité, plus l'Italie qu'une province. Cette somme érudite est appelée à devenir une oeuvre de référence sur l'histoire de la Gaule narbonnaise.

  • Les autorités et les penseurs chrétiens du Moyen Age ont, en règle générale, tenu un discours extrêmement négatif à l'égard de ceux qu'ils appelaient les païens, qu'il s'agisse de figures polythéistes du passé ou d'individus professant au présent une autre religion : stupides, brutaux, sans foi ni loi, les païens sont ordinairement donnés pour damnés.
    Pourtant, dans l'Europe du Nord entre la fin du VIe et le début du XIIe siècle, une poignée de personnages ont été reconnus comme de "bons païens" par des auteurs chrétiens : certains sont regardés comme fondateurs, vertueux, voire exemplaires, et il arrive même qu'on laisse entendre que l'un ou l'autre d'eux a pu accéder au salut. Ainsi le poème anglo-saxon Beowulf met en scène des personnages héroïques et positifs, laissant planer le doute sur leur sort ultime, enfer ou paradis. De fait, selon les contextes politiques, sociaux, et culturels, les réponses à ce double problème de la vertu et du salut des païens ont été très variables : ainsi, si certaines sociétés ont rapporté sans trop de réticences l'histoire héroïque de leurs ancêtres païens, d'autres ont été amenées à refouler l'essentiel d'un passé jugé incompatible avec le nouveau contexte religieux.
    L'enquête progresse de façon à la fois géographique et chronologique, explorant tour à tour l'Irlande, les marges septentrionales du royaume des Francs, l'Angleterre, le pays de Galles, la Scandinavie et le monde slave occidental. Dans toutes ces régions, la question des bons païens permet d'éclairer la manière dont, au prix d'accommodements et de bricolages théologiques, les sociétés nouvellement converties ont appris à parler d'elles-mêmes à travers le miroir de l'Autre païen.

  • Pour le droit canon, l'excommunication vise à convaincre le pécheur de revenir dans le giron de l'Église, quelle que soit la gravité de sa faute. Cependant, cette censure canonique a été abondamment utilisée comme mesure de procé-dure, dans les affaires d'endettement notamment. Sa puissance effective à la fin du Moyen Âge en serait réduite, si on en croit les réformateurs qui la critiquent. La réalité est plus complexe. Si le corpus normatif définit toujours l'excommunication comme la mise à l'écart de ceux qui sont rétifs à l'autorité de l'Église, les archives des officialités révèlent à la fois les usages réels de la censure auprès des fidèles ordinaires, pour obtenir d'eux un comportement conforme aux exigences chrétiennes, et la perception de l'excommunication par ces mêmes fidèles. Ceux-ci considèrent l'excommunication comme une atteinte à leur honneur et au lien social. Cependant, celui-ci est dans les faits préservé par les proches de l'excommunié, peu soucieux de respecter strictement la censure. L'idéal reste cependant pour chacun la participation à l'intégralité de la vie paroissiale et en conséquence l'absolution effective. L'excommunication apparaît donc bien comme un révélateur des relations entre l'Église et ses fidèles en cette fin du Moyen Âge.

  • Ce volume est le troisième d'une série d'ouvrages portant sur "Statuts, écritures et pratiques sociales dans les sociétés de la Méditerranée occidentale à la fin du Moyen Âge (XIIe-XVe siècle)", visant à étudier les statuts communaux dans une optique d'histoire sociale, non pas comme une source "normative" mais comme une source de la pratique, de leur matérialité et de leur forme d'écriture aux pratiques sociales en passant par les conditions de leur production et de conservation, leur inscription dans un paysage documentaire communal, leur structure et leur contenu.

    Cet ouvrage s'intéresse plus spécifiquement aux statuts "vus de l'intérieur", c'est-à-dire à l'analyse de leur organisation interne : la structure adoptée, le plan choisi et les thèmes abordés. L'éclairage porte sur les grandes villes de Toscane, de Romagne, d'Ombrie, de Vénétie ou du sud de la France (Marseille, Avignon), sur des communautés urbaines de dimension moyenne (Arezzo ou Bergame) et des petites villes : L'Aquila dans les Abruzzes, Ascoli, Cingoli, Matelica et Esanatoglia dans les Marches ou Libourne, Tarascon, Arles, Alès, Lunel ou Uzès dans la France méridionale.

    Les statuts et les coutumes présentent le plus souvent un découpage thématique et un classement en livres, rubriques et chapitres destinés à organiser la vie en commun de la population (institutions, justice, vie économique de la commune) et qui offrent un outil de gouvernement efficace à l'oligarchie urbaine. Ils prennent en charge le poids des évolutions de la fin du Moyen Âge en matière de droit, de langue, de régime politique, de mode de gouvernement et de pratiques sociales marquées par le passé, ancrées dans le présent et tournées vers l'avenir.

  • À une époque où la société contractuelle est présentée comme un idéal émancipateur et modernisateur, il n'est pas inutile de mener une réflexion historique sur le phénomène contractuel. C'est ce à quoi s'emploie cet ouvrage, résultat du travail d'un groupe de chercheurs de plusieurs disciplines : des historiennes et historiens, un historien du droit, une spécialiste de littérature romane et un sociologue, examinent les formes et les implications de la montée en puissance du phénomène contractuel à l'époque médiévale.

    En quatorze études précises menées à partir de dossiers de sources exceptionnels en France, Germanie, Italie et Espagne du viiie au XVe siècle, précédées d'une dense introduction et suivies d'une conclusion, l'ouvrage propose la première synthèse sur les transactions médiévales, utile tant aux historiens qu'aux sociologues et anthropologues.

    Les transactions, entendues non seulement à travers les contrats qui les sanctionnent, mais aussi comme des processus de négociation, sont abordées à la fois sous l'angle juridique, dans leurs enjeux socio-économiques et dans leurs aspects matériels et scripturaux. L'intrication des dimensions marchandes et non-marchandes au sein de ces transactions constitue un des objets de réflexion du volume. Mais il les envisage dans toute leur richesse, faisant varier les situations sociales (famille, relations de travail, procédures judiciaires, échanges économiques...), les profils de contractants (le propriétaire foncier, le marchand, le chevalier, l'artisan...) et les usages sociaux de ces transactions. Cet ouvrage offre enfin aux lecteurs l'édition de nombreux documents étudiés par les auteurs.

  • Le Moyen Âge aimait les listes. En énumérant et en organisant les êtres et les choses, pour les gérer ou simplement pour les connaître, les listes médiévales éprouvaient la performativité de l'écriture dans une société où son usage restait restreint à une élite. Ces listes étaient une façon d'agir sur le monde, pas seulement une manière de se le représenter. La rédaction d'inventaires - de livres, de joyaux et d'outils -, de listes de serfs d'un domaine ou encore d'habitants d'une ville, comme l'utilisation littéraire d'énumérations inspirées de ces pratiques sociales, ont marqué la manière dont l'Europe médiévale a construit la relation entre hommes et objets dans la longue durée.

    Ce volume, deuxième volet d'un projet collectif consacré au "pouvoir des listes" au Moyen Âge, poursuit cette exploration anthropologique, rendue possible par la pratique de la mise en liste et la transmission de ces listes à l'intérieur des documents les plus divers. En confrontant les travaux de sociologues et d'anthropologues comme ceux de Bruno Latour ou Philippe Descola à la documentation médiévale, les auteurs révèlent la liste comme une forme singulière de domination sociopolitique et devaluation juridique et économique : elle lève le voile sur des relations entre humains et non-humains, entre sujets et objets, profondément différentes de celles qui se mettent en place avec la modernité.

    Ont collaboré à cet ouvrage :

    Étienne Anheim, Karin Becker, Philippe Bernardi, Thierry Bonnot, Diane Chamboduc de Saint Pulgent, Laurent Feller, Madeleine Jeay, Bruno Laurioux, Eliana Magnani, Giuliano Milani, Laurence Moulinier Brogi, Jean-Claude Mühlethaler, Carlos Manuel Reglero de la Fuente, Nicolas Schroeder, Hanno Wijsman.

  • Le rapport qu'entretient la culture médiévale avec les Pères de l'Eglise n'est en rien réductible à la vénération d'une autorité ancienne ; il est tout entier dans la mise au présent d'un passé continué. C'est à étudier les modalités textuelles, liturgiques et monumentales de cette présence médiévale de la mémoire patristique, envisagée dans sa dimension sociale et politique, que cet ouvrage collectif, issu d'un programme de recherche international et transdisciplinaire, est consacré.
    Il porte sur la mémoire italienne d'Ambroise (340-397), évêque et saint patron de la ville de Milan, reconnu comme l'un des quatre docteurs latins de l'Eglise. Dès lors, le souvenir ambrosien est tiraillé entre deux pôles antagonistes : le premier est la vocation universelle du Père de l'Eglise, le second est son ancrage local qui fonde et justifie l'invention des traditions milanaises et la spécificité de sa liturgie, de son Eglise, mais aussi de son système de valeurs politiques.
    Cette enquête sur la disponibilité sociale d'un souvenir et sur ses usages politiques ne se contente pas de faire la chronique, en longue durée, de la manipulation de la mémoire. Elle tente également d'identifier les ancres du souvenir, l'empêchant de dériver trop loin de l'Ambroise «historique» : des textes, des images, des rituels, des monuments. De là la dimension résolument pluridisciplinaire de l'entreprise collective, réunissant historiens, historiens de l'art, archéologues, philologues, mais aussi philosophes, musicologues, théologiens et liturgistes.

  • L'histoire sociale du Moyen Âge est aujourd'hui en pleine évolution : elle redéfinit ses objets et, construisant des approches originales, délaisse vieux paradigmes et anciennes périodisations, sans rien renier pour autant de l'acquis transmis par les générations précédentes. Ce livre s'empare des thématiques les plus renouvelées depuis les années 1990 - l'espace, l'écriture, la vie économique comprise comme l'une des modalités de la domination sociale. Ces différentes approches témoignent du dynamisme d'une discipline qui se place délibérément à la croisée des sciences de l'homme et de celles de la société, n'hésitant pas, pour enrichir ses analyses, à mobiliser les concepts de la sociologie et de l'économie. Des sciences plus classiques et plus techniques, comme la paléographie et la diplomatique, sont de la même façon convoquées pour saisir les raisons de l'inscription des choses et des faits dans des listes ou dans des récits. Au coeur de ces problématiques se retrouvent les notions de territoire, seigneurie, paroisse mais également des sujets qui rénovent l'histoire sociale, telle l'anthroponymie. L'histoire économique, quant à elle, dépassant les débats qui ont structuré son historiographie dans la seconde moitié du XXe siècle, cherche à définir les notions-clés de crise ou de commercialisation et s'interroge sur le fonctionnement concret de la société paysanne. Conçu comme un hommage à Monique Bourin età son oeuvre d'historienne, ce livre atteste de la richesse et de la fécondité de son enseignement ainsi que de son talent à transformer un champ d'études en guidant et fédérant les travaux de très nombreux chercheurs.

  • La victime détroussée par un voleur ou les témoins qui assistaient au délit se mettaient à hurler " haro ".
    Le crieur public, installé aux carrefours ou en tout autre lieu " accoustumé à faire cry ", introduisait à haute voix son information par " Oyé, bonnes gens, on vous fait savoir... " Les sujets du royaume de France qui assistaient à une entrée royale ou à 1a conclusion de la paix s'écriaient " Noël ". On pourrait sans peine allonger la liste de ces cris médiévaux régulateurs des liens sociaux. Le Moyen Âge était très bruyant et les cris, spontanés ou ritualisés, fréquents.
    Nous l'avions peut-être oublié. Cet ouvrage vient nous le rappeler. Résultat d'un véritable travail de groupe, les études rassemblée : dans ce volume visent à montrer que le cri, forme particulière de la parole représente, dans une société largement dominée par l'oralité, un " acte de langage ", une expression spécifique des sentiments et des émotions, un outil fréquent de l'interaction et un enjeu crucial dans les systèmes de communication.
    Ce que nous entendons aujourd'hui comme un cri est-il perçut comme tel au Moyen Âge ? Quels sont les mots qui signalent le cri ? Quel : sont les lieux, les temps, les groupes où cette parole bruyante et créatrice est souhaitée, autorisée, tolérée ou interdite ? Les auteurs insistent ainsi sur la forte présence du cri lors des rites de passage, politiques, guerriers sociaux et familiaux. Ils étudient également les crieurs, saisis dans leur ; pratiques : les cris des marchands ambulants qui résonnent et se répondent dans les rues ou ceux du crieur public, au rôle politique central.
    Pour le roi, le seigneur ou la ville, posséder le cri est en effet la manifestation de son pouvoir et de sa capacité à maîtriser l'espace. En contrepoint de ces études sur l'époque médiévale, la parole été donnée à une historienne de l'Antiquité et un historien du temps présent pour ouvrir ce travail novateur à d'autres périodes de l'histoire, afin de montrer que le cri relève aussi d'une construction culturelle variant dans l'espace et dans le temps.

  • Ubi papa, ibi Roma : Rome peut bien n'être pas dans Rome puisque Rome est là où réside le pape.
    Cet adage du XIIIe siècle exprime avec force le rapport d'identification entre la ville et le souverain, définissant la capitale par sa fonction de commandement politique. Mais elle s'applique à une capitale étrange au Moyen Age, qui se rêvait caput mundi mais peinait à s'affirmer comme capitale régionale. Qu'est-ce donc qu'une ville capitale au Moyen Age ? Au-delà des fausses évidences de la continuité millénaire de la centralisation parisienne et, dans une moindre mesure, londonienne, la question est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
    Certes, le modèle romain de la capitale d'empire a pu se prolonger sous des formes diverses, avec Constantinople, Bagdad ou Le Caire. Mais lorsque les Carolingiens rétablissent l'empire en 800, ils ne retrouvent pas pour autant ce modèle de la capitale d'empire. Si l'on considère l'ensemble des expériences institutionnelles et territoriales de l'Occident médiéval, c'est bien la dispersion des fonctions capitales qui constitue la règle et leur concentration l'exception.
    En se tenant à Istanbul, à l'invitation de l'Institut français d'études anatoliennes, le XXXVIe Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public trouvait un cadre monumental et historique parfaitement adéquat à son objet d'étude, à mi-chemin entre plusieurs expériences politiques que les différentes contributions ici rassemblées entendent confronter, en longue durée.
    Car faire l'histoire des villes capitales revient à poser la question de la diversité des modèles d'émergence de l'Etat : les rapports entre le palais et la ville, mais aussi les phénomènes de déplacement du centre de gravité des constructions territoriales, d'abandon ou de reprise de capitales, dessinent plusieurs configurations de pouvoir. Essentielle est, de ce point de vue, la question des marqueurs symboliques : une ville réussit à convaincre qu'elle capitalise différentes fonctions de commandement par des images et des rituels, des mots et des murs, la mobilisation d'une mémoire et la monumentalisation de leurs lieux.
    Elle peut continuer à jouer longtemps du prestige d'une capitalité évanouie. En saisissant l'impact à la fois matériel et idéel de la centralisation administrative dans la société urbaine, les différentes contributions de ce volume tentent donc de donner tout son sens à cette expression faussement anodine de " ville capitale " au Moyen Age.

  • Le Moyen Age scandinave, que les historiens du nord de l'Europe font débuter vers 1100, est relativement méconnu en France.
    Les royaumes qui se constituèrent alors sont encore tenus pour des mondes marginaux, plus soumis à un héritage et à des coutumes propres qu'influencés par les modèles sociaux, politiques et culturels de l'Europe occidentale. Les communications, présentées lors du colloque qui a réuni en juin 2005 à Paris des médiévistes nordiques et français, et rassemblées dans ce volume, apportent un regard nouveau sur les relations que les royaumes nordiques ont entretenues avec le reste de l'Occident, en prenant comme fil conducteur l'histoire de leurs élites, clercs et laïcs.
    Deux approches ont été privilégiées, l'analyse des formes et des lieux d'échanges et celle des systèmes de reproduction de la domination sociale. Que ce soit par les voyages, la diplomatie, ou par la confrontation violente, qu'elles aient fréquenté les cours royales et princières, la Curie romaine, les monastères ou les universités, ces élites ont parcouru l'espace européen et se sont approprié les outils de domination sociale et culturelle, comme l'écrit, les livres, les pratiques intellectuelles, les valeurs symboliques...
    Leur diffusion a été aussi assurée par les Occidentaux venus dans le Nord, prélats, chevaliers et marchands. Pour exercer le pouvoir politique, les aristocraties nordiques ont largement puisé dans des usages et des normes partagés par l'ensemble des élites européennes. Elles se sont appuyées sur des réseaux similaires de consanguinité et d'alliance. Elles ont adopté les modes de vie, les idéaux, les codes du paraître et de l'honneur des noblesses occidentales.
    Du XIIe au XVe siècle, sans nier les particularismes éventuels, l'histoire des élites et celle du pouvoir politique ont donc connu des développements synchrones : renforcement de la loi, émergence des juristes, essor d'une élite de conseil, ambitieuse et souvent frondeuse, inflexions idéologiques de la fonction royale.

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