Le Mot Fou

  • Vingt courtes nouvelles qui confrontent les personnages à leurs démons ? à moins que ce ne soient à leurs anges intérieurs dont le poids contraste avec l'air extérieur. Ici l'être profond se transforme, s'exprime ou crie. Un sourire deviendra salvateur, une coupe de cheveux propulsera Mathilde dans son passé : des mains interdites qui caressent ses cheveux, celles d'un Allemand. La peur de l'enfant laid entraînera l'avortement à six mois de grossesse. Une naissance, devenue secret d'adulte, entraînera l'incompréhension des enfants et laissera des séquelles... Et ces séquelles, et cette violence, ils en ont tous, subies ou provoquées comme à Kouribga, l'adulte qui a un trou à la place de l'oeil gauche, comme ces enfants trop curieux et impatients de voir la femme la plus grosse du monde... Kadidja devant l'anéantissement des fourmis, cet homme qui s'acharne à tuer un chat, cette chenille avalée lors d'un repas professionnel, ce spectacle d'une marionnette, insoutenable. Tous ces êtres sont-ils manipulateurs ou manipulés comme cette pauvre marionnette ?
    N'auraient-ils pas avalés eux aussi une chenille de fiel pour être aimés ? Des personnages attachants enfermés entre libre arbitre et jugement des autres - voire jugement dernier. Les fées dans la dernières nouvelles nous avertissent : "Tu te méfieras du MOI car il n'est pas fiable et tu le détesteras car le MOI est haïssable [...] tu le transformeras, tu le repeindras aux couleurs qui plairont aux autres.
    [...] Et si hélas, les fées s'étaient un peu trop penchées sur notre berceau ?

  • Un exercice de style périlleux qui transforme la laideur en beauté. Perdus entre la folie et la peur, nous redoutons presque la chute de ces nouvelles.
    Quand un homme enfermé dans un cachot a l'esprit qui s'évade au son d'une mouche puante, lorsque l'on devine pourquoi Landry invite à ses soirées mondaines des "beaufs" bien sélectionnés qu'il place en invités d'exception, ou qui est cette ombre qui s'attaque à l'enfant tourmenté. quand on comprend pourquoi, pour tous ces êtres, il ne fait plus bon vivre dans le monde réel, on entre nous aussi dans l'imaginaire de ces fous ou que la société a rendus fous.
    "La peur seule vaut mieux que la folie"

  • Des nouvelles aux couleurs multiples, à l'image de la vie, tantôt rose tantôt grise. Serge Roussel a cessé de grandir le jour de ses treize ans, il ne s'en plaint pas. Jour après jour, dans une loge vitrée, il surveille les entrées et sorties de collégiens, il ne s'en plaint pas. Ce qu'il aime Serge, ce sont les boîtes, petites, grandes, cylindriques... une passion dévorante, à tel point qu'un jour Serge disparaît. Des personnages confinés dans un quotidien, dans un secret ou dans une passion. Des petits riens, des petites habitudes inscrites dans le temps, mais qui, au moindre changement, peuvent provoquer de grandes révolutions. Mireille par exemple a pris l'habitude de dire oui à Georges, depuis quarante-huit ans. Mais, voilà, il y a six mois, elle lui asséna un non. Quant à Pierre-Henry, il ne peut vivre qu'entouré de vitrines, alors le jour où son médecin lui impose de se «mettre au vert», le monde semble s'écrouler pour lui. Le rituel de Mauricette consiste à rectifier la ligne de son rouge à lèvres. Depuis plus de vingt ans elle n'a jamais dérogé à cette tradition. Elle se dit que si elle changeait la couleur elle ne serait plus la même, et Dieu sait ce qui peut arriver quand on est plus soi-même ! La répétition des mêmes scènes de notre théâtre intérieur conduirait-il à notre anéantissement ?

  • Elle a des rendez-vous avec des inconnus. Loin. Elle s'y rend, exaltée par l'idée du danger, de le frôler un peu, pas trop. Décharge d'adrénaline, trac différent de celui du théâtre, meilleur, qu'elle voudrait faire durer. Et puis le passage au réel. Rude chaque fois.

  • Un recueil de six nouvelles évoquant différentes destinées en Europe de l'Est et de l'Ouest, avant, pendant et après la chute du mur de Berlin.

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