L'amourier

  • Les poèmes (vers et petites proses) de la place du sujet sont des compositions d'après nature. Ils sont nés de la rencontre d'un lieu, et sont comme les empreintes, en moi sans doute d'abord laissées, mais ensuite recomposées, en poèmes, et donc à autrui adressées, par le surgissement d'une silhouette ou d'un événement... C'est presque nécessairement que s'y posa la question de la place du sujet, tant il vrai que plus s'éprouvaient la tension d'une distance, la nécessité d'une objectivation afin d'approcher poétiquement un fragment du réel, telle figure ou telle scène, plus l'empathie s'y révélait également agissante. Dans un même mouvement toutefois (d'une façon presque cubique) cette question présentait sa face grammaticale, car ces poèmes ne sont pas des tableaux "peints sur le motif", et le plus "descriptif" d'entre eux fut encore bien sûr, et avant tout, un imprévisible événement de langage.
    Contrairement à ce que pourraient laisser croire les lignes qui précèdent et la citation de Georges Braque qui ouvre ces Carnets du Panier, ce n'est pas aux peintres mais à l'incroyable liberté d'expression offerte par les poètes du siècle dernier que je pensais en poursuivant l'écriture de ces textes; et tout en saluant d'un timide clin d'oeil les ardoises de Reverdy, je songeais à l'espace ouvert par les poèmes en prose de Baudelaire, - même si rien bien sûr ne rapproche du Spleen de Paris ces petits poèmes provinciaux, nés de l'énigmatique cristallisation de tendresse et de violence, très humaine, du plus vieux quartier de Marseille.
    Les photographies de Giney Ayme qui accompagnent ces poèmes tentent avec eux un dialogue que nous avons voulu à la fois simple et singulier, dialogue à la fois de sens et de forme, le plus libre possible (donc travaillé), piégé ni dans l'illustration ni dans le contre-pied. Si elles disent elles aussi, avec les moyens propres bien sûr à l'art photographique, quelque chose du quartier du Panier, c'est en jouant, en rendant possible le jeu, c'est-à-dire d'une manière sans doute très subjective mais sans coller à leur sujet.
    Florence Pazzottu

  • Dans ce titre à double sens, il est question de regard. Du regard porté sur les vaches, et du point de vue des vaches elles-mêmes. Oui, elles nous regardent autant qu'on les regarde, les vaches de Claude Ber et de Cyrille Derouineau, poussées par une irrésistible curiosité. Elles existent dans le charnel, dans l'empan de leurs corps et les mots et les images sous nos yeux les exaltent. Où la photographie de Cyrille Derouineau cultive la présence et le relief dans une belle sobriété, les textes de Claude Ber bouillonnent d'ingéniosité et d'érudition mêlées, de détails insolites où se côtoient l'humour et le sensible. La rencontre est heureuse et l'acuité partagée.

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