Ginkgo

  • Boule, un pauvre chien errant des rues de Moscou, est recueilli par l'éminent professeur Préobrajenski qui l'emmène à son domicile.

    En ces temps troublés qui suivent la révolution de 1917, le scientifique, privé de son laboratoire, entend bien poursuivre chez lui son ultime expérience. Au risque de donner vie à un être incontrôlable.
    Interdit par la censure dès sa rédaction, en 1925, ayant circulé « sous le manteau » pendant des décennies jusqu'à sa publication en Occident à la fin des années 1960, Coeur de chien est sous le couvert du fantastique une féroce et hilarante satire du nouvel ordre soviétique et d'un système absurde visant à la création de l'« Homme nouveau ».

    Parue en 1990 à Moscou et jamais rééditée, cette superbe traduction d'Alexandre Karvovski rend à ce texte incomparable son irrésistible et inquiétante drôlerie.

  • Le placard

    Kim Un-Su

    • Ginkgo
    • 7 Mai 2013

    Un trentenaire, après des années de formation et de tentatives, trouve enfin un emploi auprès d'un laboratoire public. L'unique tâche qui lui est confiée étant de vérifier le matériel livré chaque matin...
    Ses journées se passent ainsi, entre l'ennui et la contemplation du vide. Il s'aperçoit vite qu'il n'est pas le seul à ne rien faire : ses collègues, ses supérieurs, passent leur temps à bricoler des maquettes de navires dissimulées sous le bureau, à feuilleter des encyclopédies...
    Pour tromper l'ennui, il déambule dans le bâtiment et découvre le placard n° 13. Là, il trouve des dossiers stupéfiants sur des « symptomatiques ».
    Surpris par Dr Kwon, maître du placard, il se voit contraint de devenir son assistant pour suivre ces dossiers et répondre aux appels des symptomatiques.
    Sept ans plus tard, à la mort de Dr Kwon, il reçoit l'offre d'une mystérieuse entreprise. On lui propose de vendre - cher - un fichier concernant la mutation des corps humains. Ne sachant pas grand-chose sur ledit fichier et incertain des enjeux, il tente de détourner la proposition, sans y parvenir. Il sera enlevé et torturé par un professionnel sadique et souriant.
    Libéré par son tortionnaire mais toujours poursuivi par l'entreprise, il se réfugie chez une collègue - la seule autre personne connaissant l'existence du placard n° 13, et par ailleurs gourmande de sushi - avant de s'installer sur une île lointaine pour continuer d'entretenir son placard.
    Le Placard est l'histoire d'un homme qui décrit la vie des « symptomatiques », des personnes qui manifestent d'étranges symptômes, signes avant-coureurs d'une nouvelle ère de l'humanité.
    Ces symptomatiques forment une cohorte étrange où se mêlent un « hibernaute » qui a dormi 172 jours, un Pinocchio dont le doigt de bois - une prothèse - reprend chair et sang, un néo-hermaphrodite capable de se reproduire seul et quelques buveurs de pétrole et mangeurs d'acier. Mais le placard n° 13, qui accueille ces cas délirants, est surtout la boîte de Pandore du monde à venir... Critique amère de notre société dite postmoderne, sur un ton caustique, ce roman s'inscrit dans la lignée des Temps modernes de Chaplin. Les symptomatiques sont les pantins perdus qui font face à la réalité de notre société. Chaplin, mais aussi Cervantes ou Flaubert...
    Le Placard est un roman gothique et fou, dépourvu de règles, libre. Et les vérités des symptomatiques prennent vie grâce à l'écriture de l'auteur. Drôle et piquant, Kim Un-su donne au narrateur une distance particulière. On pensera aussi à Céline, peut-être et surtout au Voltaire de Candide.

  • " Savoir à qui attribuer la vie d'un homme demeure indécis car elle continue de s'épanouir par-delà l'absence et la mort. Ma vie pour une part est faite de souvenirs qui me sont échus sans que j'aie été mêlé aux événements et c'est à moi que revient la responsabilité d'en inscrire les enchaînements, comme si j'étais ensemble le dernier homme et l'écrivain ultime à qui un autre encore succédera peut-être, si ce monde, plus sauvage que le coeur de la plus noire forêt, le permet. " Vingt ans après le reflux des barbares vers le Nord, le fils de Barthélemy Lécriveur cherche à résoudre l'énigme vivante que fut son père. Dans les Hautes Brandes, contrée qui sépare l'Empire de Terrèbre des Jardins statuaires, il apprend que son père a peut-être usurpé l'identité d'un autre après avoir perdu la mémoire. Chez les bûcherons, puis chez les charbonniers, il découvre de curieuses coutumes, mêlant cérémonies secrètes (les lupercales forestières) et rites hallucinogènes (les champignons de sang). Mais c'est à son retour à Terrèbre que le jeune homme trouvera la solution de l'énigme.

  • " Sur toute la contrée, depuis les rebords amers du plateau dont les flancs se craquelaient de combes où les torrents menaient sans relâche leur tapage jusqu'aux mornes pentes des Hautes Brandes dont les sentes s'engonçaient sous des arceaux d'aubépines tassées comme des fous rires et, entre les deux, bien sûr, sous les denses nuées de la forêt qui étirait ses membres gourds au vent soudain tiédi, sur toute la contrée, en tout lieu et tout asile et même sur l'onde sans remords, cette odeur verte comme une femme.
    Et, quand le vent se suspendait, le goût sauvage du silence".
    Écrit en 1976-1977, le Veilleur du Jour fut publié chez Flammarion en 1986 dans la prestigieuse collection "l'Age d'or". À la fois roman d'énigme, récit d'aventures et livre de mémoire, tissé de relations métaphoriques à la littérature et au tarot divinatoire, ce deuxième volume du Cycle des contrées (après les Jardins statuaires) est aussi une réflexion prémonitoire sur le pouvoir et ses ambiguïtés.

  • Les rues tortueuses de Malá Strana, quartier de Prague, résonnent de rumeurs et de fantasmes, de rancunes et de rivalités, d'amours déçues et de destins brisés. On y croise tour à tour un mendiant soi-disant fortuné, un cadavre encore vif, une vieille fille deux fois veuve, des enfants bien décidés à envahir l'Autriche...
    Jan Neruda met en scène avec humour la vie et le caractère des habitants de Malá Strana - littéralement, « le petit côté » le quartier de Prague dans lequel il a grandi et vécu. Ses tableaux de Malá Strana sont avant tout des études sociales : plus que les lieux, ce sont leurs habitants qui l'intéressent. Et, pour notre plus grande joie, il prend un malin plaisir à les croquer de sa plume brillante et pleine d'autodérision. Leur portrait n'est guère flatteur : les personnages qui peuplent ces contes sont le plus souvent mesquins, âpres au gain, préoccupés uniquement de leurs petits intérêts, prompts à médire les uns des autres, pleins d'une méchanceté toute à leur mesure, à la fois enflée et étriquée.
    Avec cette série de portraits, le satiriste qu'est Jan Neruda a une riche matière pour exercer son talent. En quelques lignes à peine, il dresse des portraits savoureux et pleins d'esprit. Chacun de ces contes regorge de perles que le satiriste a semées avec malice, avec une prédilection marquée pour l'humour noir.
    Il arrive cependant que l'ironie douce-amère du satiriste laisse place à une autodérision attendrie. La peinture sociale se fait alors plus discrète, elle s'efface devant les souvenirs lyriques et intimes : ce n'est plus le petit peuple de Malá Strana que Neruda met en scène, mais son enfance passée à courir et jouer dans les rues de ce quartier. Le satiriste est sans doute féroce avec ses personnages, mais derrière le mordant de ses traits pointe la nostalgie de son enfance et son amour pour le quartier qui l'a vu naître et grandir.
    A sa mort, Malá Strana a fait de lui son écrivain fétiche et une ancienne rue fut rebaptisée en son nom.
    Malgré sa mesquinerie, le petit peuple de Malá Strana a aussi ses grandeurs.

  • Un homme, de grande et fine stature, solitaire et misanthrope, vivant quasiment reclus en compagnie d'un chat, doté d'une prodigieuse capacité d'observation et de déduction logique, adepte d'opium et de chimie et s'il le faut de déguisements, accompagné d'un médecin auquel il vient de se lier et qui est le narrateur de toute l'histoire, se lance dans une enquête pour prouver l'innocence d'un homme accusé injustement de meurtre.
    Il ne s'agit pas de Sherlock Holmes mais de Maximilien Heller, héros de ce roman écrit plus de quinze ans avant la première enquête du célèbre détective anglais.
    Publié en 1870 par un jeune auteur de vingt-trois ans, Maximilien Heller est une formidable aventure policière dans le sillage d'Edgar Allan Poe et d'Émile Gaboriau et un joyau à redécouvrir du patrimoine littéraire français.

  • Gagarine : ou le rêve russe de l'espace Nouv.

    Le 12 avril 1961, un inconnu de vingt-sept ans, Youri Gagarine, réalise l'un des rêves les plus fous de l'humanité. Pour la première fois, un homme voyage dans l'espace. Tel un héros de conte russe, cet ancien petit paysan devenu aviateur côtoie les tsars de son temps en exhibant son éternel sourire. Pourtant, il n'ignore rien des souffrances endurées par les protagonistes de la conquête russe de l'espace, et surtout par Sergueï Korolev (1907-1966), son mentor et père symbolique. Mis au secret jusqu'à sa mort, le concepteur du premier vaisseau spatial habité dut subir les affres du goulag, tenir tête à Staline, manipuler Khrouchtchev et prendre Kennedy de vitesse pour que Gagarine puisse enfin ouvrir le chemin du cosmos.
    Une première mouvementée, comme le prouvent aujourd'hui nombre de documents déclassés auxquels se mêlent des témoignages inédits. Il n'est qu'à lire dans ces pages le rapport secret du cosmonaute pour revivre son aventure. D'abord bienveillant envers ce « Colomb de l'espace », le destin se retournera finalement contre lui. Encensé par son peuple, statufié et instrumentalisé à son corps défendant par les dirigeants de son pays, Gagarine périra dans des circonstances dramatiques où se mêleront le mystère, la fatalité et la coupable négligence de ses pairs.
    Restent les archives et les témoins, qui parlent. Gagarine, ou le rêve russe de l'espace s'abreuve aux sources russes originales et réunit en un récit épique des pièces inconnues, introuvables ou dispersées.

  • " La Locomotive ivre " rassemble des texte, de Mikhaïl Boulgakov.
    Ces nouvelles où s'exprime une satire peinture incisive de la société soviétiques. L'ambiance de la Russie des années vingt, celle du communisme et de la de guerre" et de la "NEP" (Nouvelle Economie politique). Chroniques lucides et sensibles, journal d'un monde qui bascule . Récits à l'ironie mordante, à la frontière du fantastique où se mêlent à La tendresse, la dérision et l'humour. Et si la gravité n'est jamais absente, il reste toujours à l'issue de transformer le quotidien en farce.

    De la rébellion "drôle" à la bouffonnerie " tragique ". Toute la palette inimitable du grand écrivain.

  • Dostoïevski

    Stefan Zweig

    Dans cette évocation biographique et personnelle de la figure et de l'oeuvre de Dostoïevski, Stefan Zweig dresse le portrait de celui qui fut pour lui l'un des trois maîtres du XIX e siècle, avec Balzac et Dickens, que plus que nul autre il a aimé et médité. A travers ses propres impressions, il éclaire ce que la lecture de Dostoïevski provoque au plus profond de chacun.
    « Dostoïevski semble s'ouvrir les veines pour peindre avec son propre sang le portrait de l'homme futur. [...] Personne n'a eu de l'homme une connaissance plus approfondie que lui ; il a pénétré le mystère de l'âme plus profondément que nul autre avant lui. » Stefan Zweig

  • Guérassime, sourd-muet de stature colossale, sauve un jour une petite chienne de la noyade : celle-ci lui voue un attachement éternel et devient le centre de son existence. Mais Guérassime est un serf, et la maîtresse du domaine auquel il appartient, vieille dame autoritaire et capricieuse, n'apprécie pas ce petit animal qui a osé lui montrer les dents et dont les aboiements la réveillent...

    Écrit en prison en 1852, alors que Tourgueniev était incarcéré pour des propos que contenait son article sur Gogol qui venait de mourir, Moumou, dont la figure de la dame-propriétaire tyrannique est inspirée de la mère de l'auteur lui-même, était après les Mémoires d'un chasseur un nouveau réquisitoire terrible contre le servage, qui allait finir par être bientôt aboli, et est devenu un des textes les plus célèbres et populaires de la littérature russe.

  • La paix soit avec vous, l'une des dernières (sinon la dernière) oeuvres de Vassili Grossman, est à lire comme le testament d'un écrivain, le bilan de sa vie.
    À l'automne 1961, Vassili Grossman, malade, désespéré par la saisie de son dernier roman Vie et destin, accepte de passer un mois et demi en Arménie pour travailler à la mise en forme littéraire d'un roman traduit de l'arménien.
    Sa tâche accomplie, il entreprend, le 30 décembre 1961, de rédiger ses «impressions arméniennes» ?
    Prenant le prétexte de «notes de voyage», Vassili Grossman parle ici de ce qui lui tient le plus à coeur :
    Le peuple, les gens «simples» pas si simples que cela, le martyre arménien (et parallèlement, le martyre juif), la foi, la poésie, l'art.
    Impossible en lisant ce livre, de ne pas songer à Vie et destin. Car tous les thèmes, tous les motifs y ont été puisés. Mais La paix soit avec vous, véritable «poème», est un livre lumineux, empreint de lyrisme et de sérénité. Au soir de sa vie, Vassili Grossman jette sur le monde et lui-même un regard plein de compassion et d'ironie mêlées. La joie l'emporte sur la souffrance, et la foi en la bonté sur l'amertume. Jamais l'auteur n'a montré tant d'abandon, jamais il n'a mis à nu, avec une telle sincérité, son âme et son corps.
    Refusant la suppression de certains passages où il évoque l'antisémitisme soviétique, Vassili Grossman ne verra pas la publication de son texte. Celui-ci ne paraîtra qu'après sa mort, en 1965 et 1967, avec, dans les deux cas, les coupures exigées. Il a fallu encore vingt ans pour que la censure soviétique autorise enfin la publication du texte intégral, tel qu'on pourra le lire ici dans sa traduction française.

  • En 1878-1879, autour de l'âge de cinquante ans et après avoir écrit Anna Karénine, Léon Tolstoï traversa une profonde crise de vie et de conscience, celle qui allait le mener à devenir celui qu'on sait, le quasi-prophète qui inspirerait Gandhi et des millions d'autres. Ma Confession est le livre crucial de cette crise, écrit en 1879, et depuis longtemps n'était plus édité.
    Initialement prévu pour être une « Introduction à une critique de la théologie dogmatique » préfigurant une vaste oeuvre théologique en quatre parties, Léon Tolstoï en a finalement fait un texte court et simple parlant à tout être humain, le réceptacle de toute ces interrogations qui le hantaient depuis son enfance et qui sont celles de toute personne en ce monde :
    « Qu'est-ce qui sortira de ce que je fais aujourd'hui ? de ce que je ferai demain ? Qu'est-ce qui sortira de toute ma vie ? » et « Quel est le sens de la vie ? », questions demeurant sans réponses pour lui et qui rendent la vie « impossible », et finissant par se transformer en une manière de concevoir Dieu et la foi qui ne pouvait que se heurter à l'Église orthodoxe et à tout dogme établi.
    Complètement inconnue du public français et longtemps interdite par la censure, Confession, est une oeuvre bouleversante à consonances très largement autobiographiques et totalement originale. Tolstoï y déploie le paysage d'une âme désespérément séparée de Dieu, désertée par la grâce, seule face à l'obsession de la mort.
    Une première tentative de publication eut lieu en 1882 dans une des plus grande revue de l'Empire russe mais le texte fut presque en totalité éliminé par la censure de l'Église orthodoxe. Il fut publié à l'étranger à Genève en 1884, avant d'être traduit en français en 1887. Il circula longtemps en Russie en manuscrits avant de connaître une première publication restreinte en 1906 et de devenir pour toute une génération le grand livre de cet idéal ascétique et mystique.
    Aveu d'une puissance rare, même chez un écrivain aussi considérable, précisément parce qu'il abandonne tout artifice littéraire, inévitablement entaché de péché dans sa nouvelle vision du monde, pour conférer aux mots une sorte d'énergie primitive, une signification transparente libérée de toute médiation.
    Nous sommes ici au coeur de la vérité tolstoïenne si proche de la sainteté, témoins fascinés d'une expérience unique, relatée dans une langue limpide et par-là même universelle.

  • Presentation des haidoucs Nouv.

  • « Que ressent une époque en train de périr envers ce qui vient à sa place? » L'imposant André Babitchev, éminent et arrogant membre du trust soviétique de l'industrie alimentaire et directeur d'une usine de saucisses dernier cri, recueille chez lui un homme qui dormait ivre au coin d'une rue, un homme que la nouvelle société a laissé sur le côté, Nicolas Kavalérov.
    Celui-ci devient pour un temps son serviteur et son parasite:
    Car le véritable protégé de Babitchev, Volodia Makarov, le prototype de l'homme nouveau, le jeune footballeur triomphant qu'aime la jeune fille dont Kavalérov est lui-même amoureux, sera bientôt de retour...

    D'un côté les hommes nouveaux, sportifs, matérialistes, soucieux d'hygiène et de rendement. Au xixe siècle ils dissé- quaient les grenouilles, aujourd'hui ils construisent des avions et des combinats géants de saucisses. De l'autre côté l'éternel « homme du souterrain », intelligent et inutile, individualiste et terré dans son trou, dévoré par l'envie. [...] La sobriété de style d'un Bounine, la sophistication des constructivistes, l'imper- tinence d'un dandy se marient au burlesque et à l'inquiétant. (G. Nivat).

    Fable symbolique d'une ironie féroce sur le fossé entre ceux du monde d'hier et qui ne sont rien et les vainqueurs du monde nouveau, L'Envie remporta à sa parution en 1927 en Union soviétique un immense succès : il était le roman crucial de son temps... Si moderne !

  • Dans ce long texte à la fois érudit et grand public, paru en 1842 dans la Revue des Deux Mondes, Charles Louandre retrace l'histoire du diable à travers les âges.

    Par le biais de sources et de témoignages anciens, du moyen âge jusqu'à la Renaissance en particulier, il éclaire cette figure mystérieuse par laquelle les hommes ont cherché à expliquer les tentations, les turpitudes et les accès de folie dont ils étaient sujets ou témoins. A travers descriptions d'exorcismes, dont les détails rappellent des films bien connus et qui raviront les amateurs du genre, et tableaux de sabbats, d'orgies et d'envols de sorcières, Louandre s'interroge sur la permanence de la présence du démon dans l'âme et la vie humaines, fruit des superstitions « qui s'entassent autour du dogme comme les masures au pied des cathédrales », et sur ses rôles et métamorphoses : tour à tour « ennemi du genre humain » au moyen âge, tentateur des saints et des religieuses, personnage de farces au XVIe-XVIIe siècles, devenu presque au XIXe siècle un libérateur romantique et mystique.

    Placée par Baudelaire, dans ses notes aux Fleurs du Mal, aux côtés de La Sorcière de Jules Michelet, cette « Monographie du diable » est un vrai délice de lecture.

  • Le docteur Michel-Gabriel Paccard (1757-1827) fut le premier à gravir le mont Blanc en 1786, accompagné par le cristallier Jacques Balmat. La mémoire retint ce dernier comme le leader de la cordée, quitte à assigner au médecin de Chamonix le rôle de simple comparse - sinon de piètre second. La statue érigée au centre-ville en 1887 (cent un an après la première) en atteste. Elle représente Balmat en compagnie d'Horace-Bénédict de Saussure pour célébrer l'ascension du célèbre naturaliste qui fut conduit au sommet par le cristallier - devenu guide - en 1787. Pourquoi Paccard fut-il oublié par la postérité avant que les Anglais, véritables inventeurs de l'alpiniste à la fin du dix-neuvième siècle, rétablissent la place éminente qui fut la sienne dans la conception et la réalisation du projet ?

    L'auteur s'attache à reprendre le fil de l'histoire. Il s'avère que les deux compagnons ne poursuivaient pas le même objectif. Le tourisme commençait à se développer à l'époque. Une bourgeoisie venue de toute l'Europe se pressait à Chamonix pour y admirer les glacières. Les plus audacieux pour gravir les montagnes, voire le mont Blanc. Une rente pour la vallée, le commerce, l'hôtellerie. La gloire de Balmat y contribuait, anticipant la compagnie des guides créée en 1821. Il convenait de reléguer le docteur du village au rang de simple client, pataud, mené par un Balmat conquérant capable de conduire des amateurs au sommet, et de les en ramener. Les dénégations du médecin firent long feu. La réalité est toute autre. Paccard était un fort montagnard. Il avait gravi moult glaciers aiguilles et autres dômes. Passionné de botanique, de géologie, de physique, il fut sans doute l'initiateur du projet. Son but était de mesurer la pression atmosphérique au sommet du mont Blanc (il y emporta un baromètre) afin d'en déterminer l'altitude par une méthode plus simple que la triangulation.

    Le docteur Paccard était un esprit du siècle des lumières. Son journal, détenu par l'Alpine Club à Londres, en témoigne. Ses connaissances en botanique sont impressionnantes. Il fut l'élève du célèbre Carlo Allioni quand il étudiait la médecine à Turin. Il parcourait déjà la montagne en quête de trouvailles fleuries qu'il rapportait au botaniste qui donna son nom au genre Allionia. Les nomenclatures de Von Haller et de Linnée n'avaient pas de secret pour Paccard. Il devint correspondant de l'académie des sciences de Turin. Il communiquait avec les plus éminents naturalistes de l'époque, dont Saussure, puis juge de paix, maire de Chamonix, affichant des idées jacobines pendant la révolution, ce qui ne lui valut guère de popularité auprès d'édiles appelées à être mises en place sous l'empire et la restauration. Tout contribuait à faire oublier le docteur Michel-Gabriel Paccard.

    Une époque revit au travers de sa biographie, celle du temps où Chamonix faisait partie du royaume de Piémont-Sardaigne. Quand, peu à peu, un ancien régime commençait à s'écrouler. Quand le système métrique allait remplacer toises, aunes et boisseaux et que les sans culotte défileront à Chamonix pour planter des arbres de la liberté. Quand on détruisait les statues de la Vierge, quand un dénommé Grenadier écrivait : « Ministres italiens, vous ruinez la Savoie par les principes de votre maître Machiavel. Songez aux suites qu'aura votre infernale combinazione ! Elle allumera la rage dans l'âme paisible du Savoisien et je vous prédis que vous serez les premières victimes. »Joseph de Maistre, père de la philosophie contre-révolutionnaire, écrira : « Il existait quatre maisons gangrénées à Chamonix, dont celle du médecin Paccard. »

  • Le veau d'or

    Ilf Et Petrov

    • Ginkgo
    • 12 Février 2021

    Nous suivons, une fois encore, les exploits de Bender et ses associés à la recherche d'un trésor au milieu de la réalité soviétique Alexandre Koreïko est en apparence un fonctionnaire soviétique ordinaire. Nul ne sait qu'il cache, dans le casier d'une gare, une mallette contenant les centaines de milliers de roubles qu'il a amassés au cours de sa carrière corrompue. Mais l'histoire de cet étrange millionnaire est parvenue aux oreilles d'Ostap Bender, et celui-ci ne rêve que d'une chose : s'exiler à Rio de Janeiro... Dans cette seconde aventure, l'escroc sympathique et sa nouvelle équipe sillonnent à bord de leur flamboyante voiture la Russie soviétique et l'Asie centrale pour voler le voleur. le Veau d'or est avec son humour acide la grande satire du système communiste.

  • Les douze chaises

    Ilf Et Petrov

    • Ginkgo
    • 2 Décembre 2020

    Le cas d'espèce du roman humoristique : une satire de la Russie entre NEP et stalinisme que la bureaucratie n'a pas vu passer et qui échappa à la censure !!! . Paru en 1928 - un monument de la littérature russe Sur son lit de mort, une riche dame dévoile à son gendre « Hippolyte Matvieïévitch Vorobianinov » qu'elle a caché ses diamants dans l'un des douze sièges de son ancienne maison, réquisitionnée depuis. Problème : celles-ci ont été vendues. L'information tombe dans l'oreille d'un personnage rusé et haut-en-couleurs, Ostap Bender, auto-proclamé « le grand combinateur », qui va proposer à l'aristocrate déchu de retrouver les chaises avec lui.
    Les « héros » se lancent donc à la poursuite de douze chaises et traversent pour cela une bonne partie de l'Union soviétique.

  • The Brick Moon , raconte sous la forme de mémoires, la mise sur orbite, d'une lune artificielle de soixante mètres de diamètre... faite en briques ! Celle-ci devait alors servir de point de repère pour les marins, telle une nouvelle étoile polaire, annonçant ce que l'on appellera un siècle plus tard le GPS. Placée sur orbite accidentellement, la lune de briques embarque 37 personnes (et quelques poules) qui ont survécu et, surprise, celles-ci peuvent également vivre sur la surface de la lune artificielle, cette dernière disposant de sa propre atmosphère et même d'une végétation ! L'auteur, au travers de ce roman d'anticipation plein de charme, va aussi se livrer à une étonnante réflexion. Les locataires de la première station spatiale sont des ouvriers qui s'emploient pour survivre en orbite. Ils trouvent même le moyen de communiquer avec la Terre. Et, qui surtout, s'organisent paisiblement en société idyllique et se désintéressent progressivement des affaires terrestres.

  • Avec Amériques intimes, son septième ouvrage, Christine Frérot aborde une fois de plus cette Amérique latine qui lui est si chère, mais en délaissant cette fois l'histoire de l'art pour aborder les rivages de l'intime et du souvenir. La mise à nu de ses sentiments, de ses découvertes ou de ses attachements irrigue son récit autobiographique, où l'on découvre des éclats sensibles ou mélancoliques, les évocations de moments plus ou moins privilégiés, la matière vivante de tous ses enracinements.

    Le Mexique, fil conducteur de ce livre, où affleure néanmoins l'ancrage profond de sa première vie (la rude et solitaire Lozère) la conduit - en des « aller-retour » incessants - depuis Mexico, la capitale-mondes bruyante, fascinante et épuisante, à Oaxaca la baroque, vibrante, lumineusement ocre ; depuis La Havane, encore socialiste et endormie, à Sao Paulo et Rio de Janeiro, cités d'un Brésil intense, langoureux et musical ; depuis le Pacifique jusqu'aux Caraïbes et à l'Océan atlantique.

    Ce livre n'a pas pour objet de tracer une chronologie. Il dessine en rhizomes des fragments d'histoire et assemble dans une mélancolie joyeuse les divagations et les certitudes d'un parcours esthétique et sensible, d'une renaissance de soi.

    C'est l'amour et ses liens avec tout un continent, la seule Amérique, l'America latina à la fois espagnole et portugaise, mais aussi aztèque, maya et inca ; celle de cultures millénaires dont le passé est toujours vivant, mais aussi celle des modernités architecturales les plus extravagantes, et surtout, celle de l'affect ; enfin, unique, celle d'un réel-merveilleux intrinsèquement latino-américain, autrefois chanté par l'écrivain cubain Alejo Carpentier.

  • À la suite de tentatives de vol de sacs à dos au siège de l'Alpine Club londonien, le célèbre détective et son biographe sont entraînés au coeur des Dolomites, à la recherche d'un mystérieux trésor convoité à la fois par des indépendantistes indiens et des officiers hongrois opposés à l'empire des Habsbourgs. De Londres à San Martino di Castrozza, ils découvriront le monde singulier des alpinistes anglais, puis celui des irrédentistes italiens avant d'affronter un terrible sommet des Dolomites, dans le Trentin alors sous domination autrichienne. Servi par une (double) plume alerte, ce roman transalpin vient compléter les enquêtes de Sherlock Holmes sur les Alpes concoctées par Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc (dans la même collection).

  • Un jeune homme, Ivan Timofeïevitch, en mission pour plusieurs mois aux confins de l'Empire russe, dans une région reculée et sauvage à la limite de la Russie, de l'Ukraine et la Pologne, vit dans un village où les habitants le regardent avec méfiance, et a pour seule compagnie un paysan auquel pour passer le temps il tente d'apprendre à lire et écrire. Un jour, parti chasser, il s'égare et tombe par hasard sur une pauvre cabane, perdue au milieu des forêts, où vivent une vieille femme et sa petite-fille, la jeune et belle Olessia.
    Olessia lui fait retrouver le chemin du village, et lui explique que toutes deux vivent à l'écart de tous car les villageois les considèrent comme des sorcières...
    Dans la solitude de la nature, dans le silence des forêts, une des plus belles histoires d'amour de la littérature russe, et de toute la littérature.
    Comme on laisse passer l'amour possible est une préoccupation majeure dans l'oeuvre d'Alexandre Kouprine. Elle se conjugue avec le témoignage réaliste dont est victime la beauté singulière. La sorcière supposée du récit Olessia (1898), la jeune juive, la mal mariée résignée de force, ces différents personnages semblent voués à disparaître dans l'oubli et l'incertitude, bannis par les frayeurs de la communauté, ses codes, sa violence et sa délation.
    Très célèbre en Russie, Olessia était l'un des récits favoris de son auteur et largement autobiographique.
    Il a fait l'objet de plusieurs adaptations au cinéma, dont l'une en 1956 avec Marina Vlady et Maurice Ronet : La Sorcière.

  • Ce volume contient sept des plus belles nouvelles de l'écrivain : « Trois roubles, La Grammaire de l'amour, Nuit en mer, Coup de soleil, Casimir Stanislasovtich, Ida, Le Sarafane de Mordovie ». Il reprend le volume « La Grammaire de l'amour » paru en 1997 aux éditions Sables à Toulouse, augmenté d'une septième nouvelle.

  • Les tribulations d'un sexagénaire sur le plus beau calcaire du monde. La face nord d'un chicot planté au milieu d'un alpage peut receler, cachées par les mélèzes qui y ont pris gîte et couvert, des dalles calcaires se prêtant à une escalade décontractée. Notre rencontre était inévitable.
    Ce livre est le récit véridique et peu vraisemblable de cette épopée : un mélange de réflexions distanciées sur la pratique de l'escalade et d'ironie désabusée, agrémenté d'une bonne dose d'autodérision. Drôle et très enlevé...

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