Littérature générale

  • Avant de choisir le toscan pour écrire la Comédie, Dante a pensé l'usage du vulgaire, langue du peuple, en l'opposant au latin, langue des lettrés. Le Traité de l'éloquence en vulgaire (1304), paradoxalement écrit en latin, constitue une démonstration à la fois politique et linguistique en faveur de ce « vulgaire illustre » indispensable à l'unification de la nation italienne. Dante y décrit philosophiquement le parler propre de l'homme en tant qu'être social et rationnel, réinvente son origine dans l'unité de l'idiome adamique et sa diversification après Babel, puis il construit le « vulgaire illustre » comme l'Un devant éclairer tous les usages multiples, et établit, à partir des pratiques poétiques excellentes, les règles qui le gouvernent. C'est donc en tant que théoricien politique qu'il revendique une autorité sur la langue et donne au poète une fonction essentielle dans la cité des hommes.    La nouvelle traduction proposée ici en regard de la version originale s'accompagne d'un apparat de notes qui donne pour la première fois au lecteur français un accès à ce texte aux facettes multiples, en prise sur les doctrines de son temps, et d'un glossaire qui explicite la technicité et la précision du vocabulaire utilisé par Dante, tant en latin qu'en italien.                                                                                                     Traduction du latin                                                                                       par Anne Grondeux, Ruedi Imbach                                                                                                    et Irène Rosier-Catach                                                                                          Introduction et appareil critique                                                                                                par Irène Rosier-Catach

  • Ce bilingue d'un nouveau genre est en français/français. Avec ce Neveu de Rameau, nous sommes en plein roman policier, entre un original disparu et une traduction de traduction. Diderot écrit un texte subversif, la Satire seconde, qu'il ne montre à personne. Il en fait faire trois copies. A sa mort en 1785, sa fille transfère à Saint-Pétersbourg sa bibliothèque et une collection manuscrite de ses oeuvres.
    De Russie, une copie parvient jusqu'à Goethe en 1803. Goethe décide de traduire en allemand ce texte que personne en France n'a jamais lu, et qui, sous le titre de Rameau's Neffe, passe à la postérité. La copie dont Goethe s'est servi a disparu. En 1821, Joseph-Henri de Saur et Léonce de Saint- Geniès retraduisent en français la traduction de Goethe, comme s'il s'agissait du texte authentique de Diderot.
    Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que soit redécouvert un manuscrit autographe chez un bouquiniste parisien. Pour la première fois, les trois textes sont réunis ici : en vis-à-vis, l'original de Diderot et la rétrotraduction du texte de Goethe, avec, en rez-de-chaussée, la traduction allemande de Goethe. On touche ainsi l'impalpable distance, violente pourtant, entre un texte et sa, ou plutôt ses traductions, à deux degrés d'éloignement - "l'original est infidèle à sa traduction", disait Borges.
    L'histoire hors du commun d'un texte lui-même hors du commun est présentée et commentée par Jacques Berchtold et Michel Delon.

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