Denoel

  • La mère, La Varienne, c'est l'idiote du village.
    La petite, c'est Luce. Quelque chose en elle s'est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d'amour. Invincible. L'école menace alors cette fusion. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l'enfant à l'ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ? L'art de l'épure, quintessence d'émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

  • Rentrant d'une soirée à l'opéra, les ransome trouvent leur appartement dévalisé.
    De la fourrure de madame au rouleau de papier hygiénique, de l'argenterie ou porte-savon, trente-deux ans de mariage se sont volatilisés. même la moquette y est passée ! mrs ransome s'effondre. de son côté, monsieur, avoué respectable, affronte dignement l'adversité. bien vite, pourtant, rosemary et maurice se rendent à l'évidence : avec le mobilier les convenances s'en sont allées. et les surprises ne font que commencer.

    Quintessence de l'humour anglais, ces mésaventures des époux ransome sont tout à la fois loufoques et cruelles. une comédie brillante et déréglée.

  • Valse noire

    Emmanuel Moses

    L'ordre est tombé, Groussac doit liquider Whitney.
    Il le traque toute une nuit avant de l'abandonner au petit matin dans les marécages. La routine du tueur à gages reprend : déplacements continuels, parties de poker, rendez-vous au Diamant vert. Mais on murmure que Groussac a perdu la main. Les hommes du patron sont sur son dos. Tôt ou tard ils découvriront la vérité et, cela ne fait pas l'ombre d'un doute, ils le tueront. Il doit fuir, là-bas au nord, dans la toundra où l'attend son destin.
    Adagio aux accents désenchantés, valse noire explore la peur autant que la dérision. Voyage étrange en compagnie de tricheurs en tout genre, ce récit semble se nourrir de l'ombre. Un jeu de dupes au charme désabusé.

  • Dans ce qui se présente comme une mosaïque intime ou une succession d'instantanés, Sabine Macher capte l'essence volatile de la vie quotidienne.
    Les motifs d'un tissu, un atome de poussière, une plante verte, un insecte, la présence fugitive d'un enfant, la trace d'un voyage : telles sont les minuscules captures de cette chasse poétique qui, ou gré des errances du regard ou des associations de la mémoire, restitue, entre un " carnet du matin " et un " carnet de l'après-midi ", toute l'épaisseur et l'étrangeté du temps qui passe.

  • " Sonneries du téléphone, ne décroche pas.
    La voix dit " 0 Vicente nâo venhas buscur-me torde ", Vincent ne viens pas me chercher trop tard. Il met la casserole sur la gazinière, pose du cafetière au coin du buffet, prend le paquet entamé sur l'étagère. Cuiller à la main, soudain les larmes l'envahissent. L'arabica, fine pluie noire. Plein l'évier. " Ce soir il sait qu'il est temps. Après il n'aura plus le courage. Le voyage lui fera peur. Le mot fantômes.
    Il a laissé en France toute une vie, pas plus dur que ça, des amours, des sentiments, une haleine sur vous le matin, des rires d'enfant. Un coin de terre pleine de silex dons un cimetière de Picardie. "

  • Jeux de paumes

    Alan Bennett

    Un masseur, c'est le genre de personne dont on se repasse le numéro de téléphone.
    Aussi quand celui-ci vient à mourir, c'est une clientèle éplorée qui se rend à son enterrement. mais le jour de l'office commémoratif, le père jolliffe et l'archidiacre treacher ont de quoi s'interroger. cette assemblée de célébrités - philosophe en vue, vedette de sitcom, évêque suffragant, baryton de covent garden - n'est-elle composée que de patients reconnaissants ? le deuil d'un thérapeute aux mains aussi habiles et aux " spécialités " aussi éclectiques peut-il expliquer un tel émoi ? quel terrible secret cet expert en manipulation emporte-t-il dans la tombe ? entre la chair et la mort, jeux de paumes exprime la quintessence de l'humour anglais.
    Parodie d'éloge funèbre, à la fois loufoque et cruel, ce nouveau bennett cousine avec quatre mariages et un enterrement, les frissons macabres en plus.

  • Peut-on jouer dignement son rôle de pitbull quand on déteste mordre, que la névrose vous empêche d'aboyer et qu'on se laisse facilement dominer par un caniche arthritique ? Telle est l'angoissante question existentielle qui se pose à Gun, alias Kevin, chien mascotte d'un gang poussif de grande banlieue.
    Entre Grand Pubèr, 2Fuck et Notoirement fort, tagueurs dépassés, rapeurs insuffisants et piètres adeptes des arts martiaux, le pitbull accomplira son parcours initiatique : pugilat désastreux avec un limonadier Front national, virée ou musée d'Art moderne - où il n'est toléré que comme chien d'aveugle -, vaines démarches pour obtenir une " aide au tag " auprès des ministères. Quelques anges gardiens tendront leur main secourable : une ex-top model reconvertie dans le caritatif, un écrivain populiste, sentimental et démago...
    Un voyage offert par les services sociaux conduira le gang dans une campagne moderne où, ou milieu de paysages investis par EDF et parmi des garçons de ferme qui écoutent le Wu Tang Clan en se lançant des " nigga ", le molosse et les siens ressentiront enfin une sorte de pincement métaphysique.

  • En retrouvant à Paris l'appartement où son père vient de mourir, une femme réveille un à un les secrets de la mémoire familiale.
    Elle tente de faire face aux zones d'ombre qu'elle avait cru esquiver en fuyant l'Europe : ses sentiments ambigus à l'égard d'une soeur unique, son amour pour un père dont elle découvre peu à peu la part obscure.
    Empruntant une voix féminine, Gilles Rozier trouve une écriture nue et sans détour pour dire comment le moment du deuil, intense et ravageur, nous rend clairvoyants pour vivre. Comme si la nuit d'un chagrin levait en nous le grand jour de l'amour.
    Comme si la mort d'un autre nous livrait notre vérité.

empty