Langue française

  • L'homme primitif chassait, sa compagne cueillait. De cueillette en chaudron, de brouet en guérison, la médecine en vint bientôt à se conjuguer au féminin. Jusqu'au Moyen Âge, où la création des universités - réservées aux clercs - écarte les femmes de l'accès aux études et aux diplômes. La parenthèse va durer sept siècles. Sept siècles d'exclusion, mais aussi de résistance et de clandestinité, pendant lesquels les filles d'Hyppocrate persistent et soignent. Et même si elles risquent le bûcher en tant que sorcières, sont traînées en justice, doivent se travestir en hommes ou partir exercer à l'autre bout de la terre.
    À la fin du XIXe siècle, partout dans le monde, elles luttent. Manifestations hostiles dans les rues, interventions d'hommes politiques, d'une impératrice, d'un tsar, de journalistes et de policiers rien ne leur est épargné. Et, enfin, elles gagnent - le diplôme de docteur en médecine, l'accès aux concours, le poste de « mandarines » et, pour certaines, le Nobel.
    Ce passé tumultueux, cette épopée haletante, Josette Dall'Ava-Santucci les a reconstitués dans toute leur rigueur historique, mais aussi avec une verve éblouissante qui fait de cet ouvrage un véritable roman d'aventures.

  •    Les jours du monde tel que nous le connaissons sont comptés. Comme les passagers du Titanic, nous fonçons dans la nuit noire en dansant et en riant, avec l'égoïsme et l'arrogance d'êtres supérieurs convaincus d'être «maîtres d'eux-mêmes comme de l'univers».

       Et pourtant, les signes annonciateurs du naufrage s'accumulent : dérèglements climatiques en série, pollution omniprésente, extinction exponentielle d'espèces animales et végétales, pillage anarchique des ressources, multiplication des crises sanitaires. Nous nous comportons comme si nous étions seuls au monde et la dernière génération d'hommes à occuper cette Terre : après nous, le déluge.

       Nicolas Hulot a parcouru notre planète sous toutes les latitudes. Nul ne le sait mieux que lui : c'est un espace exigu, aux équilibres précaires. Ce livre est un ultime cri d'alerte avant de céder au désespoir : si nous tous, riches comme pauvres, ne modifions pas immédiatement notre comportement pour faire «mieux avec moins» et mettre l'écologie au centre de nos décisions individuelles et collectives, nous sombrerons ensemble.
         Nous devons être solidaires du vivant comme du futur : cet avertissement, Nicolas Hulot s'en est fait le messager passionné et infatigable, du sommet de Johannesburg à l'école de son village, des lambris dorés de l'Élysée aux exploitations agricoles de Bretagne et de Lorraine. «Je ne suis pas né écologiste, nous dit-il, je le suis devenu.» Et nous aussi nous pouvons, nous devons le devenir.
         Le Syndrome du Titanic est un livre essentiel, à lire d'urgence. Avec Nicolas Hulot, nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas.

  • Si la mer, vue du rivage, continue à « danser au fond des golfes clairs », sous la surface, c'est un une tragédie absolue qui se joue. En effet, à force d'être mangée par l'homme, la mer se meurt. En l'espace d'un siècle et demi, loin des regards, des ressources qu'on pensait inépuisables ont été poussées au bord de l'extinction par une surpêche qui prélève pas moins de cent millions de tonnes de poisson par an dans le monde. Tout le monde a en tête la crise de la morue de Terre Neuve, dont les stocks se sont brutalement effondrés à la fin des années 80. Sait-on que vingt ans plus tard, ceux-ci ne se sont toujours pas reconstitués ? De même pour le mérou, l'espadon, le merlu et tous les grands prédateurs qui régulent la chaîne alimentaire.
    En pêchant toujours plus loin, toujours plus profond, et à présent toujours plus « petit », l'homme est en train de transformer les océans du globe en désert liquide. La technologie (sonars, radars, GPS) et les matériaux modernes (nylon, polyester) ne laissent aucune chance aux poissons. Du bateau-usine à la pirogue, tous les bateaux ont amélioré leur efficacité, trouvant rentable de pêcher des espèces qui hier encore étaient réputées non-consommables. Le pillage est systématique et aveugle, car il est quasi-impossible de sélectionner les espèces capturées, et la « gâche » est monstrueuse. A ce rythme, ce sont des maillons entiers de la chaîne alimentaire marine qui ont déjà été rayés de la liste du vivant, avec comme conséquence, à terme, une déstabilisation catastrophique de tout l'écosystème marin. L'effondrement brutal et irréversible de toute la ressource halieutique n'est désormais plus une hypothèse fantaisiste. Que font les pouvoirs publics ? Rien, ou si peu : la mer n'est à personne, et donc à tout le monde. On cherche en vain les prémisses d'une gouvernance mondiale, seule à même d'arrêter le massacre. Et chaque pays redoute de se mettre à dos ses pécheurs, la France plus que tout autre... Une mer sans poissons est un état des lieux d'autant plus alarmant qu'il est froid, factuel, et nourri d'une documentation prodigieuse. Tout en laissant au lecteur peu d'espoir quant à la capacité de l'homme à faire marche arrière avant qu'il ne soit trop tard, il souligne l'urgence qu'il y a à décréter un moratoire mondial sur les espèces les plus menacées.

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