Calleva

  • « Ukumbusho », en Swahili, signifie « Mémoire ».
    Au pied des volcans, bien loin de tout axe routier, un campement Batwa se prépare à la veillée. Ce soir, comme tous les soirs depuis fort longtemps, toute la communauté s'est réunie pour écouter l'Ancien, celui qui transmet, celui qui sait.
    Celui qui explique, aux plus petits serrés contre les plus grands, que l'« Ukumbusho » ne doit pas s'éteindre, que la mémoire doit être alimentée, entretenue comme une flamme pour éclairer le futur.
    L'Ancien, cette fois-ci encore, a sans doute un peu trop bu de « matango », mais il raconte toujours aussi bien cette histoire où il est question d'enfant, de gorilles, et de l'aube qui renouvelle la vie : « C'était il y a longtemps, très longtemps.. À l'époque où les premiers hommes à la peau blanche sont arrivés. À l'époque où femmes, hommes et enfants avaient peur d'être emportés loin de leur terre .. À l'époque où l'on s'exerçait à écouter les bruits de la forêt et les cris d'animaux ».

  • Par des destins croisés, des rencontres insolites, des courriers inquiétants, la vie va, pimentée d'humour amer, de cruauté et de sottise quelquefois. Ces instantanés du quotidien qu'on croit ordinaire mettent en scène, comme au théâtre, des personnages aussi différents que l'amateur d'art moderne, le détenu sur le point de sortir, ou l'adolescent qui paie cher sa propre bêtise...

  • Elle a sept ans, le même âge que Ludivine, la fille de ses maîtres. Si on lui demandait quel être au monde lui était le plus cher, elle répondrait à coup sûr Ludivine. Il faut la voir cette presque soeur, comme elle sait susciter l'attention et l'affection de son entourage. La petite princesse feint de ne pas entendre les hommages, ça fait vulgaire, mais elle aurait rendu un crapaud amoureux rien que pour tester son pouvoir de séduction. Comment, quand on n'est fille que de la cuisinière, grandir sans drame à l'ombre de cette presque-soeur là ? Ne faut-il pas, un jour, pour gagner sa propre place, commettre l'irréparable ?

  • Le portrait

    Jean de Palacio

    Passionné par les langues, Maurice Guilhon en est le sauveteur, cueillant et consignant inlassablement, en voyageur infatigable, les vocabulaires en danger afin de sauver autant de langues que possible de la disparition de leurs locuteurs.

    Alors qu'une femme insaisissable et silencieuse bouscule sa vie, une étrange maladie frappe les dictionnaires. Des temps entiers disparaissent, des pans complets de vocabulaire s'effacent des pages des livres.

    Une réflexion sur le patrimoine linguistique mondial, menée dans une langue d'une saveur rare. Un régal.

  • De l'intense vie publique de Georges Klein demeure une liste d'honneurs et de fonctions. Reste aussi au coeur de son fils l'énigme de cet homme toujours absent, disparu brutalement en cours de mandat. Ce roman-enquête remonte l'écheveau du souvenir, à la recherche de Monsieur Klein.

    À la fin des années soixante, dans une petite ville de province, on ne parle qu'à mots couverts des liaisons illégitimes. On pardonne encore moins qu'elles puissent donner vie à des enfants.

    Parce que son père est député, et qu'il se partage entre deux familles, Jean-Luc Braunschweig-Klein s'est heurté plus fort encore au mystère de sa filiation. Mais ce père entrevu, qui ne lui donne jamais le temps de la rencontre, était habité par une force différente. Quelque chose d'inhabituel. Une sorte de mystère.

    Alors, quand un inconnu, qui se dit ancien compagnon de ce père énigmatique, l'invite à remonter le fil du souvenir, l'enfant refuse d'abord, puis hésite, cède enfin. Et puis, rapidement, on ne peut plus l'arrêter. Il veut tout savoir, tout apprendre.

    Au contact de cet adulte enfin disponible, il veut tout découvrir des secrets de son père. De sa soif de vie et de pouvoir. De sa désarmante simplicité. De sa générosité insatiable. Des sources de sa force. De sa faiblesse aussi. De tout ce qui le relie à sa génération.

    Oeuvre de fiction nourrie de faits réels et de la propre vie de l'auteur, Monsieur Klein est un roman-enquête au souffle singulier, mêlant intimement les souvenirs d'enfance de l'écrivain et l'histoire de toute la génération des «Malgré-Nous», Alsaciens et Mosellans déportés en Russie sous l'uniforme allemand.

    On revit alternativement les années les plus noires du nazisme et les luttes politiques des années soixante, avec une justesse de ton rare, qui ne s'apesantit jamais ni n'élude rien. Un texte émouvant et fort.

  • Des quelques brindilles de mémoire que l'auteur a glanées sur les chemins de l'agenda 1901 de sa mère, alors jeune couturière de 18 ans dans le Pays d'Auge, émerge le portrait une jeune femme entreprenante et étonnamment moderne. De date en date, on redécouvre auprès d'elle, cent ans avant notre époque, un témoignage surprenant de ce qu'on n'appelait pas encore la condition féminine.

    La maison, les voisins, les chevaux, les bêtes, les fermes et les villes, la route quotidienne avec son apprentie, les vergers porteurs de promesses, le chant des poètes et des romanciers, tout se mêle et fleurit comme une résurgence hors de cet agenda.

    Dans cet exercice à la fois délicat et jubilatoire, Michel Lemercier mêle tout le savoir-faire de l'universitaire et toute la sensibilité de l'écrivain. Ce livre, illustré des gravures de l'Agenda et des almanachs de l'époque, est un voyage subtil, une rencontre qu'on conserve longtemps par devers-soi.

empty