Aencrages Et Co

  • In carne

    Emilien Chesnot

    Quatre photos d'un homme se confondant avec le ciel, la montagne, la mer et la forêt... Là, les paysages enveloppent la chair comme un manteau. Ici une envolée d'oiseaux, la neige où l'ombre dissimule un corps. Partout le même souffle circule entre l'inerte et l'organique. « Je suis respiré / calmes forêts ». Le regard se sent dessaisi de la mémoire du corps : « L'image brûle. Au pied du portrait de petites fleurs mauves ont poussé. »

  • Blockhaus

    Maud Thiria

    Enfant tu te demandes.
    Si toutes les maisons ont.
    Leur repli.
    Leur terrain de jeu de guerre.
    Et leur cachette ouverte.
    Qui ne serait pas celle des greniers des dessous d'escalier obscurs.
    Tu te demandes.
    Si dans toutes les maisons.
    On se tient voûté.
    Tapi.
    Là par effraction.

    « Maud Thiria évoque dans ce nouveau livre les bribes de souvenirs qui s'attachent à la présence toute proche d'un blockhaus au fond de son jardin d'enfance. Mieux, elle le constitue en lieu mental et en fait la table d'orientation de son écriture.
    Quel est donc ce blockhaus, à demi enfoui dans son imaginaire ?
    Une masse grise et sale de béton brut à l'odeur acide de terre et de peur. Une cachette paradoxale pour l'enfant : moins un abri qu'une cavité inquiétante où se blottir au plus près de son propre inconnu, lové dans la peur. Là réside le fantôme d'un danger imminent, l'ombre sourde d'une menace, comme si un ennemi se cachait, tout proche, non pas extérieur mais intérieur au blockhaus et à son odeur forte d'urine et de misère humaine. » Extrait de la préface de Jean-Michel Maulpoix.

  • Ensemble de proses courtes re´dige´es de fac¸on manuscrites dans un e´change e´pistolaire ou` Pierre Bergounioux re´pond a` des peinture de J.-M. Marchetti. Pris dans le prisme de la peinture, l'auteur nous emme`ne autant sur le plan d'une histoire des socie´te´s, de la place faite a` la peinture, de l'e´volution des pense´es, du principe de liberte´ que sur un plan plus intime, de la sensibilite´, de l'enfance, de la nature. La peinture comme une manie`re de voir plus loin, de voir au-dela`. Elle offre une multitude de possibles qui sont la re´alite´ mais qui tout a` la fois de´passent cette re´alite´. La peinture comme matie`re vivante, organique. Elle s'attache alors a` ce qu'il y a a` l'inte´rieur, a` l'e´paisseur de tout un monde. La peinture comme miroir de la nature, de sa force, de ses de´luges et de sa beaute´. La peinture comme me´moire, combat et que^te de sens.

  • Écrit en 1958, Le Bombardement de Berlin parut en 1960 dans Plus, une revue poétique bruxelloise. Ce fut, jusqu'à présent, la seule édition du poème.
    Le Bombardement de Berlin se présente comme le plan d'une ville. Ce poème devient la ville bombardée par les mots, par le verbe, donnant existence à un élément complexe de l'univers, protagoniste non idéalisé du poème, le mot FEU. Écrit en majuscules, il se propage sur la feuille blanche, sur toute la ville. Le feu, ses cheminements et ses traces constituent le poème lui-même.

  • Ensemble de poèmes publiés dans différents recueils de Rosanna Warren entre 2003 et 2017, et jusque-là inédits en France. Ces poèmes, imprégnés d'une mythologie forte et sublimés par une pureté du rythme, nous embarquent à travers des paysages tantôt américains, tantôt français, tantôt urbains, tantôt bucoliques, et viennent interroger le monde, l'Histoire, l'art, la perte, le désir.

  • Ce poème est un travail de mémoire tout en se donnant témoin du présent. Les mots semblent décrire le manque de mots, la poésie semble être là pour dire ce qu'on ne sait pas dire. Elle laisse ici assez d'espace, de l'air entre les mots qui cherchent à sortir pour éprouver ce monde, celui dans lequel le poète évolue. Jour après jour. Le poète se donne comme devoir de dire le présent, de questionner la raison d'être, le pourquoi d'exister, de trouver une place au milieu d'une certaine violence ancrée dans ce paysage.

  • Ensemble de proses ou` l'auteur tente de « dire e´crire ». Il nous emme`ne alors sur les chemins de la sensibilite´, de l'e´lan de vivre, de l'e´tonnement quotidien, de l'attente ne´cessaire.
    Ce que l'on retient de ce beau texte, c'est la manie`re dont Antoine Emaz lie la vie, l'e´motion a` l'e´criture, au travail du poe`te : « force-forme », « vie-langue », « vivre- e´crire ». Comme une bulle ne´cessaire, vitale a` l'homme- observateur qui saisit le monde et tente de le transcrire au plus vrai, au plus proche de son intensite´.
    « On n'e´crit pas pour faire beau, on e´crit pour respirer mieux. »

  • Armand Gatti mêle ici de façon subtile et adroite la petite et la grande histoire, l'amour et la guerre, le chant et l'horreur. Paysages de maquis, évocations des "frères" de combat, des espoirs et de la misère des temps de guerre. Il faut dire, il faut écrire pour ceux oubliés, tombés, pour tout ce qu'on arrache a? l'existence. Il en ressort une sorte d'interrogation constante : comment continuer a? aimer quand tout autour de nous est mort et désillusions ? Le sentiment de l'amour, qu'il soit celui d'une femme ou celui de la patrie, peut-il nous sauver, être la réponse a? tout ? C'est en même temps une très belle lettre de mémoire et d'amour pour tous ces frères qui se sont laissés attraper par la "sirène". Cette image est très intéressante et semble représenter ce Elle qui alors serait la patrie, qui serait le chant mélodique attirant les pauvres âmes au bord des tranchées, en première ligne, prêts a? donner leur vie pour elle.

  • Poème en prose, poème de voyage. Nous suivons la narratrice en Équateur, duquel elle dresse un tableau entre description de ses habitants et paysages et subjectivité d'une expérience intérieure, d'une rencontre avec l'autre mais aussi avec soi.
    Ce qui nous touche dans la poésie de Laura Tirandaz, c'est cette capacité à tirer des visages, des portraits, tout en nous laissant dans un certain vague, dans un questionnement ouvert sur notre imagination et notre propre expérience de la rencontre.
    Elle joue habilement entre le récit et le poétique. Nous sommes à la fois dans un contexte tout à fait concret et pourtant onirique. Elle cherche à interroger le monde, l'existence, le lien puissant qui nous lie à la Terre, à la mémoire, aux autres.
    Voyage empreint de l'enfance et du temps que l'on met à grandir et à perdre une certaine naïveté.

    Comment intégrer l'expérience vécue dans une existence en dedans de soi ? Qu'est-ce que cela dit de nous ? À quoi appartient-on finalement : à ses souvenir ou à son présent ? À ses morts ou à cette existence qui continue « quand même » ?

  • Quelle diffe´rence y a-t-il entre le chemin parcouru et l'objet abouti ? Il y a quelque chose de l'unification, d'une volonte´ d'absolu et d'honne^tete´. On voudrait que le poe`me, la peinture disent tout : le balbutiement, l'avance´e dans le noir, la recherche de beaute´, et de´ja` ce miroir d'une ve´rite´, du vivant, qui est partout.
    James Sacre´ tord le langage dans une volonte´ de montrer la recherche d'une esthe´tique poe´tique de´pouille´e, proche du « gribouillage », proche de ce brouillon ou` l'on rature, ou` l'on cherche ensuite a` ne garder que l'essentiel. Ces choses qu'on a tendance a` ne pas voir et ou` pourtant « se donne aussi la beaute´ ».

  • Ce poe`me part d'un dessin d'arbre nu et de la simple contemplation de cette peinture. Pre´texte alors a` soulever de nombreux questionnements : le temps, la conscience de soi, et sans doute la conscience de soi par l'autre, par ce qui cre´e un lien entre soi et le monde, entre soi et la me´moire. Finalement, il va e´tablir un lien entre le regard et le faire, la nature comme une force de vie incroyable, comme un mode`le d'e^tre-au-monde presque parfait. On ressent ici une importante recherche de ce qui est immuable, de ce qui fabrique le quotidien dans sa que^te de sens, anime´ aussi par un combat contre le besoin de posse´der mate´riellement le monde, ce que cela apporte de superficialite´ et de de´possession de soi finalement. C'est une recherche du beau dans ce qu'il a de simple et e´vident, le beau dans le de´nuement total. La poe´sie de Ce´dric Le Penven fait partie de ce que l'on appelle une poe´sie du quotidien, en ce qu'elle va chercher a` l'inte´rieur de soi des liens plus profonds et plus larges avec le rapport au temps et a` sa cicatrisation, le rapport au monde et a` ses lignes de fuite.

  • "Le poète aborde ici les inondations terribles qui ont eu lieu en octobre 2015 dans le Sud littoral. Habilement, il assoit une sorte de paysage intérieur qui est englobé dans cette catastrophe naturelle. Quelque chose qui déborde parfois, qui tempête, qui nous submerge, et sur laquelle mettre des mots est difficile.
    Mots que les médias de masse, eux, n'ont pas de mal à balancer à tout va, comme l'écho vide d'un lieu éclaté, déformé, de l'humain réduit à des chiffres et des images disparates. Dire l'impossible communication de ce paysage intérieur qui est expérience individuelle fondue dans le global, dans un tout qui nous dépasse. Et la vie qui continue, qui avance, alors que les choses sont déplacées en dedans de soi."

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