Violaine Tisseau

  • L'histoire de Madagascar est marquée, depuis l'origine de son peuplement, par l'importance des courants migratoires. De ce fait, les relations intimes entre vazaha (étrangers) et malgaches y sont anciennes. La colonisation de l'île, en 1896, va pourtant conduire à l'émergence de la « question des métis », commune à l'ensemble de l'empire français. Soucieuses de maintenir une situation coloniale hiérarchisée, ordonnée et cloisonnée, les autorités entreprirent une politique particulière à l'égard des métis, qui s'est concrétisée notamment par leur dénombrement, leur prise en charge dans des institutions spécifiques et l'aménagement de la législation pour faciliter leur accès à la citoyenneté française.

    Parce que les institutions recueillant les métis y étaient localisées, parce que ces derniers y étaient les plus nombreux et parce que les relations avec l'étranger y étaient ambivalentes, l'Imerina devint le lieu principal d'expression de cette « question métisse ». Or, cette société était organisée en groupes statutaires hiérarchisés dont les unions étaient réglementées. Son fonctionnement en foko (dèmes) associait en outre territorialité et ancestralité. Dès lors, comment les métis, dont l'origine dérogeait en partie à ces règles, ont-ils pu inscrire leurs trajectoires dans cette région ?

    Si cet ouvrage est centré sur le moment colonial (1896-1960), il remonte néanmoins au XIXe siècle précolonial pour montrer comment la colonisation a construit la catégorie « métis ». Il intègre aussi des prolongements contemporains, en analysant, notamment à travers les récits de vie, comment les métis ont su contourner ou se réapproprier cette catégo-risation en jouant de leurs appartenances multiples.

  • Après avoir consacré l'un de ses numéros aux "Enfances déplacées en situation coloniale" (n°14, 2012), la RHEI poursuit l'exploration de nouvelles pistes de recherche en croisant les thématiques des Childhood and Youth Studies et des Colonial/Postcolonial Studies. D'où ce numéro consacré à la protection de l'enfance au tournant des périodes coloniales et post-coloniales. Les projets coloniaux ont accordé une grande importance à la prise en charge d'enfants et d'adolescents alors que les pays nouvellement indépendants ont parfois vu dans l'enfance et la jeunesse un vivier pour construire un État nouveau et créer de nouvelles solidarités. Les motivations à cette action étaient extrêmement variables et de natures diverses : sociale, politique, économique ou racialiste. Ainsi pris dans un écheveau complexe de questions démographiques et sociales, politiques et religieuses, nationales et transnationales, les enjeux de l'enfance irrégulière en contexte colonial ont ainsi produit des biopolitiques spécifiques.

    Portant sur l'espace colonial francophone, du Congo au Cameroun et de l'ex-lndochine à l'Algérie, avec un contrepoint sur le Ghana, les contributions rassemblées ici, études monographiques ou entretiens, montrent des réalités complexes en tentant de placer au coeur des approches les premières personnes concernées par cette histoire, c'est-à- dire les enfants et les jeunes eux-mêmes.

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