Vincent Delecroix

  • La philosophie a-t-elle encore quelque chose à dire à nos peines et des consolations à nous prodiguer ? Ses grands édifices métaphysiques se sont effondrés et les sublimes consolations qu'ils soutenaient ont volé en éclats ; sa parole universelle colle mal à la singularité de nos douleurs ; et elle a appris elle-même à se méfier de toute consolation et de ceux qui en font commerce. Pourquoi l'âme en peine ouvrirait-elle un livre de philosophie ? Et que pourrait encore lui dire la philosophie, qui ne soit pas fausses promesses, dénégations, mépris dissimulé ou simple ignorance de nos souffrances ? Plutôt que de proposer une philosophie de la consolation, ce livre s'interroge sur ce que pourrait encore signifier aujourd'hui une consolation philosophique.

  • Nous expérimentons tous, à un moment ou un autre, intimement ou collectivement, la perte : meurtre de masse et deuils collectifs ; craintes fantasmatiques de perte d'identités culturelles, nationales ou territoriales ; perte de l'identité personnelle dans les maladies neurodégénératives ; précarité et perte de statut social ou des conditions matérielles d'existence ; mais aussi critique de la propriété et volonté de désappropriation et de dépossession. Toutes ces expériences font saillir une catégorie étrange qui flotte entre l'être et le non-être : ce que l'on perd, ce qui est perdu. Au titre de reste insignifiant, ce qui est perdu est l'élément essentiel d'une structure économique qui s'étend de la vie des affects au champ politique et à l'éthique (ce qui ne peut être perdu sans menacer l'être-même). Cet essai original retrace le parcours qui va des expériences multiples de la perte (deuil, pauvreté, oubli, nostalgie, sacrifice) aux structures qu'elles mettent en lumière (économie, jeu, histoire) et qui constituent les fondements anthropologiques des cultures et des individus d'aujourd'hui. On y croisera au passage des auteurs tel que Freud, Derrida, Rilke, Agamben, François d'Assise, Benjamin, Hegel, Ricoeur, Bataille, Kundera, Beckett, Canetti...

  • «Le fastidieux d'un petit éloge de l'ironie : la millième critique ironique des bobos, des animateurs d'émissions littéraires, des vieux grincheux, des donneurs de leçons, des imposteurs de tout poil, des intellectuels vaniteux, des arrivistes et des parvenus, des publicistes, des footballeurs, des artistes contemporains, des démagogues, des rebelles mondains, des chanteurs, des bécasses, des Parisiens, des écrivains à la mode, des bouffons médiatiques, etc., etc. Puis on étendra au moindre détail quotidien de la vie de n'importe qui, étant donné que rigoureusement personne n'est à l'abri d'offrir matière à ironie. Cette extension illimitée, qui constitue un fonds de commerce inépuisable, est en réalité une réduction et cette réduction de l'ironie à une micro critique sociologique ne mérite elle-même qu'une critique sociologique. Tout ce qui reste du grand jeu de l'ironie.»

  • Découvrez Petite bibliothèque du chanteur, le livre de Vincent Delecroix. Après le succès de la Petite Bibliothèque du marcheur, voici, sur le même modèle et présentée cette fois-ci par l'écrivain Vincent Delecroix, la Petite Bibliothèque du chanteur. L'auteur y rassemble les plus beaux textes et mythes sur le chant, celui des musiciens, des poètes, mais aussi des philosophes et des mystiques. De la lyre d'Orphée au chant des sirènes, de l'insouciance de la cigale à l'allégresse du gospel, du chant lyrique à la chanson populaire, le recueil invite à une promenade méditative et joyeuse.

  • Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l'évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide... et une chaussure pleine de ressources romanesques.
    L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de moeurs et par la peinture drolatique de la solitude - thème de prédilection de l'auteur.

  • Ce qui est perdu

    Vincent Delecroix

    Il existe plusieurs moyens de se remettre d'une rupture. Le meilleur, incontestablement, est d'écrire une biographie de Kierkegaard, un philosophe mélancolique qui n'eut qu'un seul amour, le perdit volontairement et ne cessa, dès lors, de lui parler à travers ses livres. On peut aussi conduire un minibus rempli de touristes danois. Ou aller chez le coiffeur. Ou encore raconter des histoires pour se débarrasser des spectres. En essayant de retrouver ce qui est perdu, on apprendra en outre pourquoi il y a des épis de maïs trop salés à la station La Chapelle, comment un chat noir peut devenir blanc, comment égarer sa femme en forêt, comment devenir lanceur de javelot, quelle conduite adopter quand on se jette de la tour Eiffel, ce qu'est la Loi Schéhérazade, et bien d'autres choses encore.

  • Ascension

    Vincent Delecroix

    Le narrateur, Chaïm Rosenzweig, a publié sans grand succès quelques livres sous le pseudonyme de Vincent Delecroix. Pour gagner sa vie, il travaille dans la teinturerie de son père, à Paris. Inexplicablement, la NASA l'a désigné pour faire partie de l'équipage d'une navette spatiale qui doit se rendre dans la station internationale. Après des mois passés à préparer la mission à Houston, Chaïm embarque à bord de la navette, avec des cosmonautes bigarrés et dubitatifs quant à la réelle utilité de sa présence. A mesure que l'engin s'approche de la station, Chaïm leur déroule le fil de son existence (car à défaut d'avoir des compétences scientifiques, il parle beaucoup) : ses relations conflictuelles avec son frère, également écrivain mais à succès ; sa rupture difficile avec Clémence ; l'histoire de son ancêtre Meïr Heschel Ben Joseph, figure du juif errant sans fin à travers les siècles.Le récit de Chaïm est brutalement interrompu lors de la découverte d'un passager clandestin qui n'est autre que Jésus. Le Messie n'a pas réussi son Ascension, contrairement à ce que prétend la légende évangélique. Il est resté sur Terre pendant deux mille ans en compagnie des hommes, et perdu toute illusion sur sa capacité de sauver cette engeance. Son but est désormais de rejoindre le ciel, c'est pourquoi il a décidé de détourner la navette. L'humanité est-elle perdue à tout jamais ?Après le grand succès de La chaussure sur le toit, Vincent Delecroix laisse souffler sur Ascension un vent de folie jubilatoire, témoignant d'une vitalité, d'une inventivité et d'une drôlerie époustouflantes.

  • On a coutume de voir dans la modernité occidentale le processus par lequel le politique s'est émancipé de la tutelle religieuse. Ce que les religions juive et chrétienne ont apporté, c'est une rupture des liens entre le politique et le sacré. Elles ont désacralisé le politique. Ce travail a compliqué voire inversé la fonction que l'Europe a donnée au religieux : celle de fonder et conserver l'ordre politique et juridique. Il y a, dans la parole biblique, une force de destitution de la puissance.
    Une face du théologico-politique regarde vers le passé et maintient l'ordre : la figure du Souverain divin sert les puissances de ce monde. Mais l'autre face, messianique, regarde vers l'avenir d'une justice inconditionnelle, et voit au-delà du politique. L'image du Royaume se substitue à celle du Roi des Cieux. La transcendance ne sert plus à fonder, mais à dénoncer l'injustice du présent : l'image du Royaume hante nos régimes. Sa présence paradoxale est une apocalypse du politique. Cette hantise s'appelle, peut-être, la démocratie.

  • « Il était votre héros, peut-être, parce qu'il était le plus grand des héros, le plus beau, le plus fort, le plus courageux ou le plus inflexible. Ou parce qu'il avait un ami, un vrai, à la vie à la mort. Il était votre héros, parce qu'il fut inconsolable et que sa mère caressa tendrement ses cheveux (vous aviez faim de cette caresse, et honte de cette faim, qui n'était pas virile). Parce que, aussi, il faut bien l'avouer, il était de tempérament colérique et que vos caprices de gamin en étaient blasonnés d'or, ou que son orgueil était une qualité divine et non un vilain défaut. Parce qu'il n'était pas chafouin comme Ulysse, pontifiant comme Nestor, stupide comme Agamemnon, lâche comme Pâris - et surtout pas cocufié comme Ménélas. Parce qu'il était pur, dans sa violence comme dans sa magnanimité, dans son chagrin comme dans sa joie triomphante. Et il semblait qu'à le suivre vous étiez purifié, plongé au feu, comme lui-même le fut, enfant, par sa mère. Vous n'alliez jamais vieillir.
    Vous n'alliez jamais vieillir. Vous vieillissez. » Vincent Delecroix.

  • «Chacun se proclame si facilement héros qu'on serait presque prêt à faire l'éloge du conformisme et de la soumission rien que pour leur dire Non».

    Jamais dire Non n'aura été aussi à la mode - jamais être anti-conformiste n'aura été aussi répandu. Mais mesure-t-on vraiment l'importance vitale que revêt ce petit mot?
    Paradoxalement fécond, c'est un mot qui agit plus qu'il ne signifie. Or que se passe-t-il quand je dis Non? Du premier refus de l'enfant à la résistance politique, la révolte ou la destruction, en passant par un délicat «Non merci!» aux pouvoirs insoupçonnés, Non irrigue nos vies et nos sociétés. Mais comment éviter la posture stupide ou le repli stérile, comment en faire bon usage?
    Vincent Delecroix explore les vertus du refus, déconstruit ses mythologies et propose, enfin, un autre Non. Un Non qui n'est pas simple négation, mais un certain usage de la négativité, du retrait, de l'impertinence ou de l'ironie. Un Non intime, intelligent et indispensable à la vie de l'esprit - et à la vie tout court.

  • Retour a bruxelles

    Vincent Delecroix

    Je t'ai rencontrée exactement entre deux pays.
    Je t'ai connue à la frontière qui sépare ou rassemble, c'est selon, la France et la Belgique. J'ai fait ta connaissance en un lieu improbable, un entre-deux qui n'est pas tout à fait un no man's land mais qui n'est nulle part. C'est dans cet espace d'impossible coïncidence que j'ai logé pour quelques jours tout l'amour du monde. Je t'ai rencontrée comme deux pays se rencontrent et se séparent à leur frontière commune - et c'est pourquoi il fallait s'attendre à la fin dès le début.

  • La preuve de l'existence de Dieu, pourtant, c'est ce que recherche, comme à tâtons, chacune des voix qui parlent ici.
    La musique les accompagne, parole vraie peut-être, parfois objet même du monologue. Elles cherchent malgré tout, malgré leurs perpétuelles dénégations, l'existence de ce qui nous sauverait de cette solitude irréparable. La parole court après cette preuve et se nourrit dans cette course. C'est ce que je te dirai. Elle se nourrit aussi du fol espoir que le désastre est peut-être derrière elle, parfois désespère, jamais ne s'éteint.

  • Il existe plusieurs moyens de se remettre d'une rupture. Le meilleur, incontestablement, est d'écrire une biographie de Kierkegaard, un philosophe mélancolique qui n'eut qu'un seul amour, le perdit volontairement et ne cessa, dès lors, de lui parler à travers ses livres. On peut aussi conduire un minibus rempli de touristes danois. Ou aller chez le coiffeur, mais pas n'importe lequel : un coiffeur érudit, pudique, si possible peintre. Ou encore raconter des histoires pour conjurer la perte et se débarrasser des spectres.
    En essayant de retrouver ce qui est perdu, on apprendra en outre : pourquoi il y a des épis de maïs grillés trop salés à la station La Chapelle, comment un chat noir peut devenir blanc, comment égarer sa femme en forêt, comment on devient lanceur de javelot, pourquoi il est nécessaire de se faire couper les cheveux quand on a l'âme en peine, quelle conduite adopter quand on se jette de la tour Eiffel, pourquoi le Triton a finalement abandonné Agnès, pourquoi on écrit des livres, pourquoi un célibataire est nécessairement condamné à la ruine financière, ce qu'est la Loi Schéhérazade, et bien d'autres chose encore.

  • La philosophie de la religion n'est pas une discipline parmi d'autres. Sa courte histoire d'à peine trois siècles témoigne des états de la raison moderne et plus généralement de la modernité elle-même, si celle-ci peut se définir par les relations de la pensée à ses enracinements religieux, par les rapports de la raison à la croyance et à l'institution religieuse. Produit des Lumières, mais tout autant première réaction inquiète, romantique ou rétrograde, au projet d'une émancipation radicale par rapport au religieux dont les Lumières semblaient l'achèvement, la philosophie de la religion a représenté le lieu essentiel où la raison moderne est venue se réfléchir, réfléchir son histoire et son opération, ce que la pensée occidentale avait fait de son lien à la religion, ce qu'elle allait ou devait en faire.
    C'est dire que sa démarche ne procédait pas simplement d'une curiosité intellectuelle à l'égard d'un objet parmi d'autres, fût-il l'objet "suprême" : son enjeu était rien moins que la nature de la modernité elle-même. Elle y traduisait les exigences de la raison occidentale, peut-être son besoin ; elle décidait d'une solution qui lui donne une assise ; elle en montrait le visage, dans ses dimensions épistémologiques, métaphysiques, morales, politiques.
    Cet enracinement dans les besoins de l'époque, les intérêts premiers de la raison, dans la nécessité aussi d'interpréter ce qui arrive à la modernité occidentale dans son rapport à la religion, continue d'en légitimer, aujourd'hui plus que jamais, l'exercice : c'est sa raison d'être. Or le noeud de cette intrigue, le centre polémique de ces rapports entre raison et religions que veut clarifier et traiter la philosophie de la religion, c'est la question de la vérité.
    Comme si son exercice était en définitive le prolongement technique et surtout le renouvellement de la question qu'un procurateur romain posait à un individu qui se proclamait lui-même la vérité : "Qu'est-ce que la vérité ?" Cette question interroge la religion en deux sens : elle interroge pour savoir si la religion est vraie mais aussi pour savoir ce qu'est le vrai selon elle qui en fait également sa valeur suprême.
    Mais ce faisant, c'est bien la raison philosophique qui se pose à elle-même cette question : Qu'est-ce que la vérité pour toi, c'est-à-dire pour nous ? Pour se poser une telle question, et la poser de manière si décisive à la religion, il faut qu'elle ait gardé un peu de son intérêt. Or cette question nous intéresse-t-elle encore ? Dans notre modernité tardive que certains nomment postmoderne, tenons-nous encore à la vérité ? C'est cette question qui est au centre de la philosophie de la religion.

  • Chanter est l'une de nos activités les plus quotidiennes. Mais elle n'est pas une simple ornementation : fugace et fragile, elle plonge ses racines dans nos existences. Qui sommes-nous lorsque nous chantons ? Rossignols ou perroquets ? De la voix de casserole au duo d'amour, on cherche ici à définir la présence au monde dont témoigne la voix chantante.
    Libérant le chant de tous ses mythes, des sirènes d'Ulysse au rock and roll, en passant par les métamorphoses d'Orphée ; échappant à la nostalgie des origines, comme à toute sacralisation de la voix, ce gai savoir interroge une époque qu'on prétend « désenchantée ». Il montre alors, au plus près de l'expérience, comment chanter nous fait reprendre la parole.

    /> Couverture : LZ 123649; C-print, 120 x 80 cm; 2009 © Andreas Nicolas Fischer/www.anf.nu

  • Le texte présenté ici, chapitre essentiel du Post-scriptum aux Miettes philosophiques que Kierkegaard publia sous le pseudonyme de Johannes Climacus en 1846, ne vaut pas seulement comme la présentation et l'élucidation de la célèbre formule selon laquelle " la vérité est subjectivité ", à partir d'une interrogation sur la foi.
    Il représente le noyau explosif d'une pensée " autre ", attentive d'abord à la racine vivace et vitale de la question de la vérité. Le fait d'exister, irréductible aux concepts classiques, devient ainsi le centre perspectif d'une philosophie qui doit repenser son propre régime de discours.

  • La place généralement attribuée à Kierkegaard dans l'histoire de la philosophie témoigne toujours d'un certain embarras.
    Lui qui, ironiquement, prétendait avoir, au moment même où il écrivait, une place déjà réservée dans la grande nécropole des philosophies disparues, il n'a cessé d'importuner ceux qui ont voulu l'enterrer. Qu'était-il ? Philosophe anti-hégélien, incarnant la réaction de la subjectivité concrète contre le système abstrait de la métaphysique à son achèvement ? Père de l'existentialisme ? Chrétien torturé ? Ironiste et " penseur privé " ? Polémiste ? " Poète du religieux " ? Simplement écrivain ? Cet essai voudrait montrer que cette incertitude tient au fait que Kierkegaard ne construit pas seulement des catégories philosophiques qui vont marquer l'histoire de la philosophie au XXe siècle, de Heidegger à Gadamer ou Wittgenstein, mais qu'il invente surtout une nouvelle manière de philosopher.
    Car la " pensée existentielle ", une philosophie qui veut penser le fait même de l'existence dans ce qu'il a d'irréductible au Concept, nécessite un autre discours- une autre façon de parler, de bâtir des concepts, mais aussi de s'adresser au lecteur et de se faire comprendre de lui. Et pour remplir cette exigence, la littérature peut venir au secours de la philosophie : elle construit des fictions et installe un philosophe en première personne dans un discours jusqu'alors funestement voué à l'impersonnalité, elle se donne un lecteur singulier et des jeux complexes de représentation qui doivent indiquer ce qui échappe généralement à l'objectivité du discours.
    Il faut alors moins examiner le contenu de cette philosophie que la forme qui en rend possible la production, cette singulière façon de philosopher, cette manière de philosopher au singulier et pour le singulier- la réinvention de l'acte de philosopher et d'écrire.

  • Evocation de l'oeuvre la plus célèbre de Nicolas Poussin et réflexion sur l'art pictural de l'époque classique.

  • A la porte

    Vincent Delecroix

    À la suite d'un stupide concours de circonstances, un vieil homme, ancien professeur renommé et irascible, se retrouve à la porte de chez lui, par un matin de dimanche ensoleillé. Cette insignifiante mésaventure va se muer, au fil d'une promenade de moins en moins forcée, en un événement décisif.
    Car ce n'est pas exactement de chez lui qu'il sort. Et peut-être revient-il de bien plus loin, parmi les vivants et parmi les morts.
    Hanté par ses souvenirs autant que par le dégoût des autres, il lui faut une dernière fois endurer la solitude, éprouver la laideur et la bêtise d'un monde qui le met à la porte et qui court à sa perte aussi sûrement que lui. Il doit faire ses adieux et avouer enfin la vérité de cette situation, se préparer à partir avec le viatique adéquat. Car cette promenade est bien davantage qu'un trajet picaresque entre la gare du Nord et le canal Saint-Martin.

  • « Peut-on demeurer inconsolable ? » Philippe Forest, on le sait, a éprouvé la mort d'un enfant, sa petite fille de quatre ans :
    C'est l'expérience fondatrice de son oeuvre littéraire. Il se demande alors « qu'avait à dire la philosophie de la mort d'un enfant ». Cette question-là est débattue avec Vincent Delecroix.
    La littérature croise la philosophie, et toutes deux, corpus à l'appui, se préoccupent non pas du « comment apprendre à mourir » - sujet de la philosophie stoïcienne - mais de la mort vue du côté du vivant qui reste. Le débat est émouvant et profond, voici quelques autres citations à retenir :
    « «Ca va aller». C'est la pire chose qu'on peut dire à quelqu'un qui est en deuil. » « Tout nous incite à accepter la mort, mais quelque chose en nous résiste à cette acceptation. » « On prend toujours la place de quelqu'un d'autre. Et rien ne le justifie. »

  • L'écrivain Philippe Forest, dont toute l'oeuvre est construite autour de la perte de sa petite fille, et le philosophe Vincent Delecroix, spécialiste de Soren Kierkegaard, remettent le deuil au coeur de l'existence humaine. Leur conversation part d'une colère commune contre l'expression galvaudée "faire son deuil".
    Interrogeant la philosophie, la religion, la littérature, ils donnent, non des remèdes, mais des ressources pour penser ce qui est perdu. Il ne s'agit donc pas de faire son deuil mais plutôt de se confronter à l'impossible réel et, tel ce personnage de William Faulkner, entre le chagrin et le néant, de préférer le chagrin.
    Un dialogue animé par Catherine Poitevin, journaliste et chef de rubrique livres à Philosophie magazine.

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