Alma Editeur

  • Paul d'Estournelles à Nicholas Butler, le 11 septembre 1914.
    De l'été 1914 à la conclusion du Traité de Versailles (1919) le Français Paul d'Estournelles de Constant (1852-1924, prix Nobel de la Paix 1909) et l'Américain Nicholas Murray Butler (1862-1947, prix Nobel de la Paix 1931) s'écrivent régulièrement. Ils tiennent une chronique saisissante de la guerre au quotidien en France comme aux États-Unis tout en analysant la mutation du monde. Ce sont deux hommes d'influence et deux témoins prodigieusement informés. Leur but ? Lutter contre le militarisme, le nationalisme et la violence faite aux populations civiles. Proposer aussi un projet visionnaire d'organisation mondiale, afin de conjurer la brutalisation de la société et les déchaînements de la guerre totale du terrible XXe siècle dont ils ont la confondante et douloureuse intuition.

  • « Depuis que je suis parti de la maison de santé mon état ne n'est pas amélioré. J'ai essayé toutes choses : travail, exercices divers, repos, ce travail du cerveau est toujours là, élancement, persécutions, craquements, coups, ronflements, insomnies m'enlevant l'aptitude au travail... Or je n'ai pas de situation personnelle et il m'est impossible en cet état de gagner ma vie. Comme vous m'avez conseillé monsieur le docteur de m'adresser à mon député pour un secours, je viens d'être forcé de le faire. Il trouve ma demande parfaitement justifiée et me demande de produire un certificat médical attestant mon état nerveux d'origine de guerre. » Le caporal Daniel D. écrit ces mots en août 1917 au médecin-chef de l'asile d'Alençon.
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    De l'homme de troupe jusqu'à l'officier, ils sont des milliers à souffrir de troubles du comportement qu'on ne savait alors ni soigner, ni décrire, à peine nommer : dingos, idiots, fous... L'armée ne veut puis ne peut les comprendre. Traduits en conseil de guerre, ils échappent au peloton d'exécution pour passer à l'asile ou à l'hôpital.
    Se fondant sur des documents inédits, puisés dans les archives de nombreux établissements, Hervé Guillemain et Stéphane Tison font entendre la voix de ceux qui furent brisés par la guerre, les difficultés des familles et la difficile reconnaissance de ce que l'on nomme aujourd'hui le traumatisme de guerre. Des récits vrais, bouleversants dans leur simplicité et leur sobriété, rythment l'enquête. Ils montrent l'ampleur du défi auquel furent confrontés psychiatres et aliénistes.

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