Julliard

  • Récit d'un branleur

    Samuel Benchetrit

    • Julliard
    • 3 Février 2000

    " Il paraît qu'on attire tous un certain gratin de la société.
    Y en a c'est les belles femmes. D'autres l'argent. Eh bien moi c'est les dingues. Les hallucinés. Et tous ceux qui ont besoin de se plaindre. Et c'était à cause de ce genre d'enfoirés que chaque midi je le mangeais froid mon onglet aux échalotes. "

  • D'abord il y a M. Stern, au 1er étage face ascenseur. M. Stern n'est pas un méchant homme. Mais il n'est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds, et il tient tête lorsque le syndic et certains voisins influençables veulent voter la rénovation de la cage d'ascenseur. Il n'y a pas de raison qu'il paye pour un luxe dont il n'a aucun usage... Il y a aussi la famille Bouteillé, éboueurs de père en fils, du 2e étage droite ; le petit Touré de la famille Touré, qui a cinq ans et qui veut sauter de la fenêtre du 11e. La faune du hall, les squatteurs de la cave, les rêveurs du toit... Se promenant dans une tour, d'étage en étage, Samuel Benchetrit dresse le portrait et le quotidien de la communauté dans laquelle il a grandi. Mêlant l'autobiographie et la fiction, le réalisme brutal et la satire insolente, il retrace ici une esquisse drôle et incisive des années de sa jeunesse en banlieue parisienne.

  • Promesse tenue : un an après le premier volume (près de 40 000 exemplaires vendus), Samuel Benchetrit revient avec le deuxième opus de ses Chroniques de l'asphalte.
    Tandis que Chroniques de l'asphalte 1/5 connaissait un formidable succès de librairie, et que sa pièce Moins 2 (trois nominations aux Molières 2006) faisait salle comble au théâtre Hébertot des mois durant, le jeune auteur courait les plateaux télé et radio, écrivait et entreprenait le tournage de son deuxième long-métrage J'ai toujours rêvé d'être un gangster, et révélait d'étonnants talents d'acteurs dans Backstage, le film d'Emmanuelle Bercot. Flirtant un jour avec le statut d'icône générationnelle, un autre avec celui de porte-parole des banlieues ou encore d'artiste rebelle sans pour autant jamais se laisser coller une étiquette, cet électron libre brouille sans cesse les pistes, occupant les différents terrains artistiques au fil capricieux de ses humeurs. On pourrait craindre qu'il ne s'emmêle les pinceaux. Mais non. Bien au contraire.
    Dans ce deuxième volume, plus intime que le premier, Benchetrit a donc décidé de se livrer davantage. Après l'adolescence en banlieue, voici donc l'arrivée à Paris, et l'époque des petits boulots.
    Une fois quittée la banlieue, l'auteur découvre Paris, le vrai, avec sa beauté époustouflante. Il raconte les années de galères (où l'on est apprenti photographe le jour, serveur dans un bar la nuit), de rencontres avinées saugrenues en maladroites conquêtes amoureuses, en passant par l'épisode tragique de la mort de Karim, l'ami d'enfance croisé dans le premier volume des Chroniques. L'auteur reprend dans Chroniques de l'asphalte 2/5, sans se répéter, l'astucieux système mis en place dans le recueil précédent, où les nouvelles s'enchaînaient à la façon d'une visite des différents étages de la tour. Cette fois, c'est le vocabulaire du photographe qui sert à découper le récit. Chaque souvenir est comme un cliché (50 ASA, 3200 ASA, Impression, Surimpression, Négatif, Positif ) surgissant de la mémoire de l'auteur. Se dévoile ainsi une jeunesse solitaire, drolatique et désespérée, toujours aussi marginale, qui s'achève par une rencontre magique : celle de Marie Trintignant, son actrice culte, qui deviendra sa femme.
    Confirmant au fil de nouveau recueil une véritable maîtrise de la nouvelle, l'auteur dessine les contours d'un insolite projet autobiographique.
    C'est simple, libre et moderne. Samuel Benchetrit invente avec ses Chroniques une nouvelle manière de se raconter, par petites touches, tout en faisant la part belle aux autres. Car s'il simule la légèreté, privilégiant l'humour et flirtant allègrement avec l'absurde, Samuel Benchetrit a le don de faire surgir l'émotion au moment où on s'y attend le moins, et rend ainsi hommage aux quidams paumés et décalés. Économe de mots et d'explications, il est aussi un grand sentimental qui a l'art d'insuffler la vie à ses personnages en quelques lignes. Du rire au désespoir, en passant par la mélancolie, la nostalgie, la perplexité, ce volume ressemble étrangement à la vie.

  • «Sur le banc de gauche, est assis Charles. La soixantaine passée. Il est habillé d'un pantalon en velours marron, d'une chemise à carreaux marron et d'un gilet en laine marron. A ses pieds, une valise. Il regarde devant lui.
    Sur le banc du milieu, est assise Michelle. Une trentaine d'années. Michelle porte une robe simple et claire. A ses pieds, une valise. Elle regarde devant elle.
    Sur le banc de droite, est assis Vincent. Environ trente-cinq ans. Il porte un costume bleu marine et une chemise blanche sans cravate. A ses pieds, une valise. Il regarde devant lui. C'est le plus nerveux, il reluque régulièrement sa montre.» Sur un quai de gare, trois individus attendent un train qui a du retard... Ils ne se connaissent pas. C'est la nuit, il fait bon et la fille est plutôt jolie. Les deux hommes s'inquiètent alors de son avenir...

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