Grasset Et Fasquelle

  • Maman Nouv.

    Une pièce de théâtre dont les quatre personnages sont « la femme », « l'homme », « le type » et « le gars ».
    -Premier tableau : Une femme de quarante-cinq ans sort d'un magasin de vêtements pour femmes enceinte dont l'enseigne indique MAMAN et descend le rideau de fer. Elle porte un manteau de fourrure et des talons. Un garçon de vingt ans appelé « le type » rôde autour d'elle et finit par l'aborder : « c'est combien ? » Méprise : elle n'est pas ce qu'il croit. Le dialogue s'engage, par brèves répliques nerveuses, tout à tour fantaisistes, absurdes, émouvantes, tendres, poétiques. On comprend que le type est seul, paumé, enfant abandonné, sans famille, sans mémoire claire de son passé.
    -Deuxième tableau : la femme dine avec son mari, appelé « l'homme ». Intimité d'un couple usé, qui ne parvient plus vraiment à se comprendre depuis un drame lointain que la banalité quotidienne de leurs échanges leur permet de ne pas aborder. Elle lui propose d'adopter un adulte, et pourquoi pas ce type rencontré plus tôt ?
    -Troisième tableau : L'homme et la femme attendent devant le magasin, espérant que le type repasse par hasard sur le même chemin. Se promène un homme appelé « le gars », qui prend à son tour la femme pour une prostituée et son mari pour son mac. Décidément ! Le gars s'éloigne, le type arrive, le gars revient, on passe de la valse à deux temps à un trio puis un quatuor,. Tout se met en place peu à peu : ce qui s'est produit il y a vingt ans avec cet enfant conçu puis perdu lors d'une agression atroce, et ce qui se passe là comme une réparation... La femme propose au type de venir faire famille avec eux, pour qu'ils se tiennent chaud tous les trois.
    -Quatrième tableau : les jours passent, le type n'appelle pas... Viendra-t-il ?

  • Un écrivain se retrouve seul, son fils, source de son inspiration, étant parti faire le tour du monde durant un an. L'écrivain ne parvient pas à écrire son prochain roman et ne trouve plus aucun exemplaire de son dernier paru, qu'il lui faut envoyer à un producteur qui en aime le sujet et se dit désireux de l'adapter au cinéma sans l'avoir lu. Pilon total  ; plus aucun stock chez son éditeur  ; Amazon, dont le livreur sonne à la porte de ses rêves, incapable de lui trouver le bon titre  : c'est dans une maison de retraite qu'il part traquer l'unique exemplaire restant... A défaut de ce qu'il était venu y chercher, il y trouvera l'amour, en la personne d'une infirmière bègue dont les silences sont des poèmes. On croisera aussi une ex-épouse pour le moins difficile, un fermier sans hanche, un canard affectueux, un bonzaï décoiffé, une redoutable concierge, un père inuit, un contrôleur fiscal braqué en Afrique  : fabuleuse galerie de personnages drôles, doux, dingues et attachants, que Samuel Benchetrit fait danser sur la scène de son théâtre imaginaire. Le suivre les yeux fermés, c'est une promesse de bonheur.

  • « Je ne pouvais pas trop regarder mon fils jouer avec le chien de notre petite voisine parce que ma femme me parlait :
    - La peau me brûle, je perds mes cheveux et mes ongles jaunissent. Je suis allée consulter un spécialiste, le docteur Zenger, et figure-toi qu'il a fini par trouver la cause de cette maladie. Tu veux connaître la cause, Jacques ?
    - Oui.
    - C'est toi. C'est toi, Jacques !
    - Moi ?
    - Oui. D'ailleurs, tu apprendras que désormais cette maladie porte ton nom, c'est une Blanchoïte aiguë. (Je m'appelle Jacques Blanchot.) Pour le moment, il n'y a rien à faire pour la soigner. Ni traitement. Ni crème. Alors. il faudrait que tu partes.
    /> - Quand ça ?
    - Maintenant. » Bienvenue dans le roman le plus déjanté, drôle, tendre et cruel de notre monde contemporain où « l'homme est un chien pour l'homme ».

  • Ce roman, c'est l'histoire de Charlie Traoré, un gamin, dix ans, black d'origine malienne, adorable, vivant en banlieue, entre la Tour Rimbaud et la Tour Simone de Beauvoir, et dont tout l'univers se résume aux copains, à une amoureuse prénommée Mélanie, à son frère drogué, et à sa mère surtout - qui, au début du livre, est "appréhendée" par la police car ses papiers ne sont pas en règle. Pendant toute cette journée (les chapitres du livre, d'ailleurs, se contentent d'être titrés par l'heure qui tourne), Charlie va errer dans sa cité. Il va chercher son frère Henry, rendre viste à des braves gens, frôler des voyous, jouer au foot, sécher l'école, rêver, suivre ses folles associations d'idées, ses digressions d'enfant-adulte, attendre sa mère, si douce, si aimante.
    Mais ce roman, c'est surtout une langue, un style, une vision innocente du monde. Ici, c'est Charlie qui parle, pense, regarde - et il est alors difficile de ne pas évoquer à son sujet le légendaire Attrape-coeur de Salinger. Car le petit Charlie est vraiment attachant et le regard qu'il pose sur sa " cité " sordide et magnifiée est, à chaque ligne, rempli de drôlerie et d'éblouissement. Au début du livre, il croit que Rimbaud n'est qu'une Tour. A la fin du roman, il saura que c'était un poète qui dit des choses qui lui semblent vraies et proches. Son Odyssée de l'aube jusqu'au soir, est de celles qui ne s'oublient pas. Pas l'ombre d'un misérabilisme ici : un enchantement de tendresse et d'humour.

  • Comme toujours avec Samuel Benchetrit, le décor de ce recueil de nouvelles est celui de la banlieue. Hautes tours, blocs anonymes, cages d'escaliers « taguées », terrains vagues - avec, pour personnages, des garçons et filles plus ou moins désoeuvrés. Pourtant, cette banlieue et ses antihéros ne correspondent guère à l'idée qu'en propage les media: car, dans cette banlieue, on est heureux, poétique, fleur-bleue, marrant. Et « l'amour » - puisque tel est le titre de ce nouveau recueil - y a autant, sinon plus, sa place que dans les beaux quartiers.
    Samuel Benchetrit, qui vécut longtemps dans ce décor, convoque ses personnages : on trouve là, par exemple, une fille qui, intoxiquée au feuilleton « Dallas » (on est dans les années 1980), ne peut tomber amoureuse que de garçons qui font semblant de s'appeler Bobby Ewing ; ou, encore, un ex-camé qui s'attendrit devant un mouton ; ou une fille qui ne peut être séduite que par des types portés sur la « castagne » et qui, pour lui plaire, tabassent sans raison un souffre-douleur complaisant.
    A cela, il faut ajouter que la langue et les situations mises en scène dans ce livres, sont d'une absolue drôlerie et d'une cocasserie poétique qui fait merveille. Samuel Benchetrit invente ici un lyrisme populaire, truffé de trouvailles, charmant et rieur.
    Surboums, débuts d'été un peu tristes, parties de foot absurdes, rêves de plages lointaines, éducation sentimentale sur des parkings : tel est le cadre sans cesse transfiguré, où s'ébrouent les « banlieusards » heureux de Samuel Benchetrit. Au fond, se dit-on en le lisant, « le bonheur est aussi dans la cité ».

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