Quentin Deluermoz

  • Depuis les analyses célèbres de Karl Marx, l'histoire de la Commune de Paris a été placée au centre de notre compréhension de l'événement révolutionnaire. Et l'espérance de "faire commune" fait aujourd'hui retour dans notre imaginaire politique.

    Cet ouvrage se propose de mener l'archéologie de cette puissance d'actualisation, mais en revenant d'abord sur la force de l'événement lui-même. Le récit prend appui sur une enquête archivistique minutieuse qui permet de reconstituer, par le bas, les stratégies des acteurs, leurs luttes comme l'ouverture des possibles qui marque ces journées. L'événement dépasse dès ses débuts le cadre parisien. De la rue Julien-Lacroix aux concessions de Shanghai en passant par l'insurrection kabyle, la Croix-Rousse à Lyon ou la république des cultivateurs aux Caraïbes, le livre propose une histoire à différentes échelles, du local au global, en décrivant des interconnections multiples.

    De là un essai vif et original sur l'histoire transnationale des échos entre l'espérance révolutionnaire française et les trajectoires insurrectionnelles mondiales, doublé d'une réflexion renouvelée sur les rapports entre ordre social et révolution.

  • Prise entre la légende dorée napoléonienne et le mythe républicain, attaquée de toutes parts pour des raisons politiques et idéologiques, la monarchie censitaire a longtemps fait l'objet d'un refoulement collectif. Ne serait-elle qu'une simple parenthèse réactionnaire ?
    Bien au contraire. Par son renouvellement du personnel politique, par le pragmatisme inédit d'un pouvoir soucieux de se concilier ses administrés, par l'acclimatation du parlementarisme et de certaines libertés civiles et politiques, par son effervescence intellectuelle et artistique, la Restauration, puis la monarchie de Juillet sont synonymes de rénovation, et donnent au pays une place à part dans le concert des nations.
    La France et les Français s'engagent dans une douloureuse réinvention de leur passé ; une période au cours de laquelle naissent des projets d'avenir qui recomposent les lignes de clivage d'une société en pleine transformation.

  • De "proximité") s'impose alors pour longtemps dans l'espace parisien. En jouant sur les échelles et les angles d'observation, cet ouvrage entend étudier les mutations d'une relation police-société dans la seconde moitié du XIXe siècle.
    Entre 1854 et 1914, le sergent de ville, devenu gardien de la paix, s'intègre progressivement dans l'espace social, politique et mental parisien, sans que cela implique bien sûr la fin des confrontations ni celle des débats.
    S'observe en même temps la lente professionnalisation d'une nouvelle force de police, la mise en place d'un ordre public d'un nouveau type, plus intégré, mais qui produit de nouvelles résistances et mises à l'écart, ainsi que l'émergence d'une perception nouvelle du "quotidien urbain" et de la peur des "apaches".
    Ce processus concerne peut-être l'ensemble du territoire français, mais il semble trouver une expression particulière, dans ses formes comme dans son intensité, dans la capitale. Le gardien de la paix parisien devient en effet dans la République des années 1900 un symbole, à l'échelle française et internationale, de ce qui est perçu comme une nouvelle et ambiguë "civilisation urbaine".

  • Comme le suggère le pluriel du titre, le cycle de révolutions qui enserre la période 1848-1871 voit deux révolutions tuées dans l'oeuf avant même qu'elles n'éclosent : le laboratoire d'expériences politiques que constituent ces années sur lesquelles on a tant écrit paraît ainsi condamné à des réussites éphémères et artificielles.La Révolution, qui semblait unique dans l'histoire et vouée à ramener les choses dans l'ordre, selon les uns, ou à créer le désordre, selon les autres, fait mentir les deux parties et s'enraye dans une suite de parodies d'elle-même, avant et après un Second Empire que d'aucuns voient comme la parodie du Premier. Pourtant, ces réitérations, ces ruptures, ces réarrangements incessants forgent une culture post-révolutionnaire plus discrète, plus timide peut-être, mais qui, en l'accoutumant au suffrage universel et à la proclamation des libertés civiles, n'en fera pas moins basculer le pays dans la République.Nulle téléologie là-dedans - Quentin Deluermoz est attentif à la polysémie des discours et des représentations ainsi qu'aux oppositions entre groupes sociaux et politiques - mais le sentiment grandissant et diffus, sur l'ensemble du territoire et non seulement à Paris, dans toute l'Europe et non seulement en France, que le passé se remodèle, que le monde actuel cherche à se structurer, que quelque chose de neuf se profile à l'horizon qu'on ne peut encore nommer.

  • S'appuyant sur une analyse historique des moeurs et des faits de société, Norbert Elias s'est efforcé d'expliquer, à travers son oeuvre, la rationalisation progressive des comportements par le développement de l'Etat à partir du XVIe siècle. Ce faisant, il a cherché à dépasser la traditionnelle opposition entre individu et société.
    A la différence des historiens travaillant sur les époques médiévale et moderne, les spécialistes du xxe siècle, n'ont pas, ou peu, utilisé sa réflexion. Pourtant, les violences de la Grande Guerre, le relâchement des moeurs et des corps à l'entre-deux-guerres, les colonisations européennes, le sport de masse, l'impérialisme américain, etc. constituent autant de sujets pour lesquels son approche peut se révéler pertinente.
    Contribuant au dialogue interdisciplinaire cher à Elias, cet ouvrage présente d'abord l'oeuvre du sociologue, pour confronter ensuite sa réflexion sur le « processus de civilisation » à des phénomènes majeurs du XXe siècle.
    La redécouverte passionnante d'une référence de la pensée contemporaine.

  • D'ici et d'ailleurs Nouv.

  • Et si l'histoire avait suivi un autre cours ? Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou prennent la question à bras le corps et mènent l'enquête au sein d'une vaste littérature pour saisir la diversité des usages de l'analyse contrefactuelle - des fictions uchroniques les plus loufoques aux hypothèses scientifiques les plus sérieuses. Ils s'attachent à cerner précisément les conditions d'un usage légitime et pertinent pour les sciences sociales, repensant les enjeux de la causalité et de la vérité, des rapports entre histoire et fiction, entre déterminisme et contingence. Une réflexion ambitieuse et novatrice sur l'écriture de l'histoire, sa définition et sa mise en partage.

  • Tout au long du XIXe siècle, la France a vécu au rythme des insurrections. Qu'elles aient été transformées en révolutions ou qu'elles aient été éteintes, réprimées, trahies, les insurrections ont modelé le rapport à l'histoire en train de s'écrire. Ce livre se propose de reprendre à nouveaux frais une double question dont les enjeux sont profonds : ce que l'insurrection, temps d'ouverture des possibles, espérés ou craints, fait à l'écriture et à la littérature ; ce que la littérature, ses auteurs, ses topiques, fait dans le temps insurrectionnel. Comment les moments insurrectionnels ont-ils redéfini la fonction et le statut d'écrivains comme Jules Vallès, Eugène Sue et Louise Michel, d'un genre comme les mémoires de protagonistes de l'insurrection, d'un médium comme l'affiche ? Comment les discours littéraire et historien travaillent-ils l'insurrection, pendant et après l'évènement, au moyen de quelles mises en intrigue, de quelles mises en forme particulières et avec quelle efficacité ? Quelles rencontres peut-on observer, par exemple, entre le Dumas des journaux de 1848, le Hugo des Misérables et le Michelet de l'Histoire de la révolution française ? Quel sens, enfin, donner aux prises d'écriture anonymes, par lesquelles les acteurs tentent de s'inscrire dans l'histoire ? Historiens et littéraires, à parts égales, ont été invités à répondre à ces questions. Partant de cas d'études qui empruntent tant à la Grande révolution de 1789-1794 qu'aux insurrections de 1848 et à la Commune de Paris, les articles qui composent cet ouvrage montrent qu'il existe bien à cette époque un lien fort entre littérature et insurrection qui doit être repensé.

  • Le discours sur le métissage est à la mode, mais qu'entendre réellement par là ? L'ouvrage examine la généalogie de ce concept, il s'attarde sur sa polysémie et ses limites en étudiant son usage dans de nombreux domaines : le corps, la littérature, la religion, etc. Les contributions portent sur les dimensions culturelle, territoriale et politique (identitaire) de cette notion, dans de nombreux pays et à des époques très différentes. Au-delà, elles montrent comment considérer le métissage comme un concept opératoire en sciences sociales.

    Avec le soutien de Pléiade/CRESC et du conseil scientifique de l'université Paris 13.

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