Nestor Braunstein

  • Les trois textes que nous éditons présentent de manière lumineuse les oeuvres de deux sculpteurs contemporains : Eduardo Chillida (1924-2002) largement exposé dans la plupart des musées européens, et Javier Marin (né en 1962) qui a constitué depuis plusieurs année une oeuvre Essentielle au Mexique qui ne saurait restée longtemps ignorée en Europe puisqu'il a confié une première oeuvre à la ville de la Celle Saint Cloud après une exposition à la Baule.
    Nous espérons que cette édition pourra modestement contribuer à le faire mieux connaître car il a, selon nous, la dimension d'un Rodin contemporain.

  • Qu'il s'agisse de traduire Freud et Lacan, de repenser les conditions d'une sémiologie ou d'une théologie, d'écouter les versions d'un mythe en musique ou en psychanalyse, dans sa théorie ou dans les cures, l'auteur reformule ces questions de traduction dans une perspective originale.

    Donner sens, conférer un autre sens qui change le premier, reconnaître la pluralité des sens possibles de chaque affirmation, de chaque mot entendu et de chaque lettre lue, voilà ce à quoi équivaut l'acte d'« interpréter ». Et cet interpréter concerne ce qui se présente comme le plus étranger à ce qui a du sens : le rêve. Le psychanalyste est un interprète, c'est-à-dire, un traducteur. Traduire, interpréter et donner sens finissent par devenir des activités apparentées, même si ces termes ne sont pas des synonymes, mais désignent des actes de parole (speech acts) différents.

  • Face aux sociétés de contrôle contemporaines, armées, à l'âge d'internet, des cyborgs, des microchips, de dispositifs technoscientifiques toujours plus sophistiqués, n'est-il pas nécessaire aujourd'hui, plus qu'hier encore, de faire " retour à Freud " ? L'inconscient, cette machine à rêver, ne constitue-t-elle pas le dernier rempart de résistance face aux nouveaux panotiques et au discours qui les gouvernent, le discours des marchés ?
    Telle est la thèse défendue dans cet ouvrage. Repenser, après Freud, avec Lacan, mais aussi Heidegger, Deleuze, Foucault, Mc Luhan, Stiegler et bien d'autres, les formes nouvelles de ce " malaise dans la culture ", selon l'analyse et le diagnostic posé par le père de la psychanalyse en 1930.
    Il ne s'agit pour autant de dénoncer vainement " la " technologie. Ce serait oublier que l'espèce humaine, par la grâce du langage, a toujours été technologique, que l'histoire de l'humanité est, d'abord, l'histoire des techniques.
    Mais lorsque le nombre et le calcul semblent tout dominer, lorsque les machines interconnectées en réseau font de chaque individu un " terminal ", un sujet " prédictible ", la psychanalyse invite à opposer, comme antidote, un autre discours, une autre scène, un autre dispositif, celui inventé par Freud : le dispositif analytique.
    Car si, dans nos sociétés contemporaine, dans notre culture technologique, le maître a changé de visage, de nom et d'outil en même temps qu'il multiplie ses prothèses, le discours psychanalytique reste " l'envers du discours du maître " (Lacan), l'écoute de cette voix, la voix de l'inconscient, qui est avant tout résistance et chemin pour dépasser la censure. Bref pour résister aux maîtres.

  • Que fait un psychanalyste, sinon tenter de déchiffrer les rêves que nous portons en nous comme des présages de ce que nous deviendrons ? Le plus grand psychanalyste mexicain interprète dans ce magnifique livre les premiers souvenirs d'enfance relatés par des écrivains, ainsi que des rêves, pour démêler ce qui appartient à la vérité et au mensonge nécessaire. La mémoire, en chacun de nous, tente ainsi de mettre à distance le sentiment de cette inquiétante étrangeté de notre passé, en récrivant sans fin notre propre histoire.
    C'est un écrivain, Julio Cortázar, qui, racontant son plus ancien souvenir, celui de la terreur que lui inspire le chant d'un coq, a mis Nestor A. Braunstein sur la voie de cette hypothèse, qu'il va par la suite s'employer à vérifier à propos des premiers souvenirs de différents auteurs : Borges et García Marquez qui parlent sa langue, mais aussi Virginia Woolf ou Vladimir Nabokov, Elias Canetti ou Hermann Broch, enfin Perec ou Leiris, sans parler de l'omniprésence de Freud et de Proust.
    Lors de cette promenade par les sentiers oubliés de textes peu fréquentés, mais déterminants pour la compréhension de leur auteur, Nestor A. Braunstein n'use d'aucun jargon et fait preuve de l'humanisme souriant d'un psychanalyste avert


  • En introduisant le concept de jouissance en 1958, Lacan renouvelle et change la perspective de la théorie et de la clinique psychanalytique. Ce faisant, il établit une double opposition : avec le plaisir d'une part, et avec le désir d'autre part.

    Cet ouvrage, paru en France 1992 et entièrement revu et actualisé dans cette nouvelle édition, est aujourd'hui une référence incontournable. Nestor Braunstein y rassemble les thèses de Lacan concernant ce concept central. Il retrace de manière très détaillée les enjeux théoriques qui amènent à la production du concept, ainsi que ses développements successifs et ses conséquences sur la théorie de l'inconscient et la théorie de la sexualité.

    Dans une deuxième partie, consacrée à la clinique de la jouissance, l'auteur, psychanalyste argentin vivant au Mexique, analyse les structures cliniques (hystérie, les perversions, la psychose, la toxicomanie, etc.) en y débusquant les visages de la jouissance, car « la pratique psychanalytique est déterminée par les incidences de la jouissance et par les façons du même coup dont il lui faut s'en préserver ». Où l'on voit que cette réflexion sur le concept lacanien de jouissance engage un débat sur l'éthique de la psychanalyse.



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