Michel Porret

  • Le Milanais Cesare Beccaria (1738-1794) incarne encore aujourd'hui la figure emblématique du réformateur des Lumières qui a voulu humaniser le droit pénal de son temps.
    Homme de lettres, lecteur de Montesquieu, compagnon de route des " philosophes ", économiste et magistrat éclairé, il publie anonymement à Livourne, en 1764, son fameux traité Des délits et des peines. Abolition de la torture, de l'infamie judiciaire et de la peine capitale pour les crimes de droit commun, plaidoyer pour la défense des accusés, abandon des peines corporelles au profit de la prison et des travaux forcés, dépénalisation de l'homosexualité et du suicide, codification, éducation : le réformisme de Beccaria est vaste.
    Le droit de punir auquel rêve Beccaria dessine ainsi l'éthique pénale de l'Etat de droit. Le débat universel sur l'abolition de la peine capitale consacre aujourd'hui encore l'humanisme beccarien.

  • L'ombre du diable

    Michel Porret

    • Georg
    • 17 Mars 2010

    Le 6 avril 1652, la lavandière catholique Michée Chauderon est exécutée pour crime de "sorcellerie" dans la République protestante de Genève.
    Des voisines l'accusent d'empoisonnement. Michée Chauderon est la soixante-dixième et dernière personne condamnée à mort pour maléfice à Genève, sa pendaison publique et la combustion de son cadavre annoncent la fin de la "grande chasse aux sorcières". Avant la "crise de la conscience européenne" des années 1680, le scénario diabolique devient, partout en Europe, une impasse pour les magistrats et les médecins.
    Avec la retranscription inédite et intégrale de son procès inquisitoire, ce livre présente le cas de la sorcière accusée de "bailler le mal" autour d'elle. De l'arrestation à l'exécution, le dossier judiciaire donne la parole aux protagonistes de cette cause célèbre, symptôme peut-être de la dureté du régime calviniste: prévenue, femmes accusatrices, experts (chirurgiens, médecins), magistrats. Déjà condamnée en 1639 pour "paillardise", Michée Chauderon reste certainement l'une des plus célèbres sorcières exécutées sous l'Ancien Régime.

  • Les onze chapitres de cet ouvrage collectif invitent à penser l'histoire culturelle de la bande dessinée, produit culturel de masse qui naît avec le XXe siècle.
    Si la bande dessinée ancienne et contemporaine est une industrie florissante, elle offre un riche matériel imprimé pour donner sens au contenu des images et des textes dont l'emboîtement ordonné ou éclaté en organise le genre narratif. A travers un choix d'oeuvres représentatives, ce livre illustre la manière dont l'imaginaire de la bande dessinée fait écho à son contexte socioculturel qui en structure les figures, les archétypes, les codes narratifs et les représentations imagées.
    L'Histoire comme objet de la bande dessinée illustre une facette de l'histoire de la bande dessinée. Avec un panorama d'études n'épuisant pas la thématique de l'historicité du genre, Objectif bulles évoque les représentations du monde comme source d'inspiration réaliste et dramatique pour l'imaginaire social de la bande dessinée.

  • Sur la ligne de mire

    Michel Porret

    • Georg
    • 18 Mai 2019

    Sur la ligne de mire fait écho au « présent crénelé » - selon la formule inquiète que René Char dédie à la poésie contemporaine, cette autre façon de garder la tête haute lorsque toutes les preuves se sont effondrées et qu'il importe d'avancer. Ce bouquet de textes ambitionne de focaliser le regard sur quelques objets et problèmes d'aujourd'hui. Leur singularité ou leur banalité font signes dans le monde contemporain dont la violence se décline entre le terrorisme global et le nomadisme des déracinés de la guerre ou des catastrophes climatiques.

    Dans l'écriture de l'urgence, cet essai fragmenté résulte de l'errance aventureuse dans les discours, les images et les imaginaires contemporains. Ceux graves ou légers que médiatise l'événementiel sur la ligne de mire de la dramaturgie collective ou faits divers d'une actualité devant laquelle le regard historique hésite souvent, car il lui manque le recul, les perspectives diversifiées et les sources multiples à croiser.

  • Comment peut-on passer d'une justice arbitraire à une justice rationnelle ? Voilà une des questions que se sont posées, au XVIIIe siècle, ceux que l'on appelle aujourd'hui les Philosophes. Leur volonté générale de réforme de la société et de ses institutions s'accompagnait d'une réflexion sur le crime et sa gestion. La ville de Genève a été un des laboratoires de cette réflexion.

    Michel Porret montre que ce projet de réforme judiciaire suppose une chose essentielle : pour qu'une justice plus rationnelle soit possible, il faut « qualifier » le crime, en établir les « circonstances », atténuantes ou aggravantes. Ce sera à l'expert de le faire. À partir du siècle des Lumières, on le convoquera sans cesse sur la scène du crime. Qu'il s'agisse de tromperie, de commerce du livre dangereux, de viol, de suicide ou de mort violente, l'expert est partout.

    Mais comment saisir son rôle ? Les archives judiciaires genevoises regorgent de récits par lesquels on assiste à la transformation de la façon de rendre la justice à la fin de l'Ancien Régime. Elles révèlent aussi la détresse des petites gens devant les drames dont ils sont victimes. Mêlées à celle des experts et des théoriciens du droit, c'est leurs voix que Michel Porret fait enfin entendre.

  • Le sang des lilas autopsie les ressorts sociaux, judiciaires et médico-légaux d'un effarant crime maternel. 1er mai 1885, avant minuit : dans le faubourg genevois de Saint-Gervais à Genève, rompue par les fardeaux du chagrin, Jeanne Lombardi égorge ses quatre enfants endormis. Après les avoir recouverts de lilas blanc, elle tente de se suicider. L'hécatombe secoue la cité. Le fait divers focalise l'attention de la presse suisse et étrangère, qui évoque la « cause célèbre de Genève ». Aux funérailles des innocents affluent 12'000 personnes.
    Documentée par plusieurs expertises sur l'état mental de la « Médée de Coutance », l'instruction mène en juin 1886 au procès mémorable de la mère égorgeuse qui a rédigé une Autobiographie. Défenseur de l'accusée, le ténor humaniste du barreau Adrien Lachenal plaide l'aliénation mélancolique et le « suicide élargi ». Le verdict négatif du jury conduit au placement administratif à l'asile des aliénés. En 1894, après avoir obtenu un nouvel examen mental, Jeanne Lombardi en sort guérie et regagne Sérif en Algérie.
    Du crime « contre nature » au cas emblématique dans la littérature criminologique et psychiatrique, l'affaire Lombardi illustre la médico-légalisation de la folie homicide et le reflux du pénal devant le pathologique.

  • Projet très original consacré à la Bande dessinée qui paraîtra dans la belle collection L'Équinoxe (Face au risque, Sens des lumières) de Georg à Genève. Les articles seront illustrés avec quelques vignettes, strip et planches.

  • Les neuf chapitres de cet ouvrage collectif évoquent la complexité et l'universalité des Lumières dans leur historicité philosophique, politique, sociale, scientifique, matérielle, esthétique et pédagogique.
    Dès le XVIIIe siècle, l'adhésion aux Lumières et l' " antiphilosophie " illustrent le sens pluriel du siècle de Voltaire, de l'Encyclopédie et de Kant. Trois entretiens avec des éminents historiens soulignent et déclinent les enjeux intellectuels, culturels, politiques, historiographiques et patrimoniaux de la recherche contemporaine sur le XVIIIe siècle. Modernité, innovation, résistance, horizon d'attente, conflits, espoir et héritage : les Lumières restent un passé vivant pour penser le temps présent et les désarrois d'aujourd'hui.
    Cet ouvrage illustre la richesse et l'importance du chantier intellectuel qui renouvelle les problématiques, relit les textes classiques, exhume des sources inédites et construit de nouveaux objets pour penser les Sens des Lumières.

  • Dans le legs naturaliste des Lumières, François-Emmanuel Fodéré (1764-1835) incarne la figure du "précurseur" de la médecine légale moderne. Ce livre est le premier à lui être dédié. Il cadre le "moment Fodéré" où la médecine légale se certifie comme science des maux de la société. Faire parler les corps évoque Fodéré en sa formation, ses saillies épistémologiques et sa réception notamment italienne. Parmi une vaste production livresque, son projet ressort de sa somme médico-légale : Les Lois éclairées par les sciences physiques, ou Traité de médecine légale et d'hygiène publique (Paris, an VII); Traité de médecine légale et d'hygiène publique ou de police de santé : adapté aux codes de l'Empirefrançais et aux connaissances actuelles (Paris, 1813). Le savant prône l'alliance du droit et de la médecine, la salubrité sociale et la régulation étatique. Il dénigre les savoirs disséminés sous l'Ancien Régime pour un savoir médico-légal comme science positive. Elle greffera la modernité institutionnelle au positivisme pénal, au progrès scientifique, à la laïcisation des sociétés. Pour "toutes les classes sans exception de privilèges", elle escorte la gouvernance de l'Etat libéral. Suicide, crime, infanticide, folie, épidémie, hygiène publique : ces objets mènent Fodéré à la science investigatrice de l'anomie sociale pour en prévenir la causalité. Surveiller et guérir : tel est son credo positiviste !

  • Ce Dictionnaire tend à faire le point de manière critique sur les grandes thématiques de l'imaginaire utopique dans les cultures littéraires, philosophique, politique et esthétique des Lumières.
    Rédigé par une cinquantaine de chercheuses et chercheurs actifs dans plusieurs pays de l'Europe et des Amériques, le Dictionnaire critique de l'utopie au temps des Lumières n'est pas un compendium d'informations, mais un instrument de réflexion et de travail.
    Il intéressera les spécialistes et le grand public désireux de revenir sur la façon dont l'utopie a mis en scène des thématiques aussi diverses que l'Etat, la justice, la famille, les beaux-arts, le langage, la communication, les lois, le jeu, les relations entre les femmes et les hommes, la sexualité, les bibliothèques, les voyages, la Révolution, la guerre et la paix ou encore la police, les mathématiques ou la piraterie.

  • Dans l'héritage naturaliste et expérimental des Lumières, à la croisée des romans philosophique, épistolaire, gothique, noir et d'épouvante, au carrefour du romantisme littéraire et de la « fiction scientifique », ce livre collectif évoque les thématiques et les questions religieuses, philosophiques, politiques, littéraires, esthétiques, épistémologiques et éthiques sur la connaissance, la science, le savant, le corps, l'identité, le genre, l'expérimentation, la loi, la création et la transmission de la vie, la post-humanité, le mal et la mort que pose en 1818 l'oeuvre de Mary Shelley.
    Autour du bricolage cadavérique de la créature, dont la bonté innée se brise sur le monde social qui la réprouve en sa difformité corporelle, comme incarnation du mal moral, l'ouvrage balise le périmètre culturel des sens, des usages et des représentations qu'induisent les lectures critiques, les déclinaisons et les réappropriations culturelles de Frankenstein.

  • Tintin aujourd'hui : images et imaginaires Nouv.

    Mettre en lumière l'importance exceptionnelle de l'oeuvre d'Hergé dans l'histoire artistique et culturelle du XXe siècle, et mesurer, à l'aune d'approches inédites, le caractère mythique et universel des Aventures de Tintin et leurs prolongements dans l'imaginaire contemporain : tel est l'objectif de cet ouvrage, issu du colloque international « Tintin au XXIe siècle », ayant réuni scientifiques et tintinophiles en Belgique, 110 ans après la naissance Georges Rémi.
    Les 27 contributions qui composent ce volume envisagent la traversée du siècle du voyageur-reporter sous l'angle des territoires et des temporalités. Elles démontrent que l'oeuvre fondatrice d'Hergé a irrigué toutes les disciplines et épousé pléthore de formats, de médias. La fortune critique qui s'est greffée sur Les Aventures de Tintin émerge en effet à de nombreux domaines. Tintin aujourd'hui illustre ou déconstruit leurs métamorphoses et interroge la pérennité d'une oeuvre qui permet toujours aujourd'hui de penser et de dire le monde.

  • Cet ouvrage s'efforce d'explorer ce qui se passe dans la cure psychanalytique des enfants névrosés et de montrer que peut y être accompli avec eux un véritable travail analytique, comparable à celui qui est réalisé dans la cure classique des adultes névrosés. Il s'intéresse également à l'application du traitement analytique aux enfants qui présentent des pathologies non névrotiques et non exclusivement psychotiques et soutient qu'un modèle très différent de celui de la névrose doit y être utilisé pour parvenir à modifier favorablement et durablement les perturbations de leur fonctionnement psychique.

  • Publications périodiques (quotidien, hebdomadaire, mensuel), récits complets de multiples formats, albums souples et cartonnés : dans ces imprimés, la représentation du sport occupe depuis l'aube du 20e siècle nombre de créateurs en France, en Belgique, en Suisse au Canada, aux États-Unis, au Japon.
    Cette représentation, d'abord destinée à la jeunesse, élargit rapidement son public, car c'est tout le monde social qu'elle met en cause : discours sur le corps (avec ou sans uniforme ?), réflexions éthiques (que faire du dopage ?), interrogations politiques (quel sport pour quel régime ?), etc.
    Pour la toute première fois dans le monde francophone, douze textes essaient de répondre à ces questions.

  • Après la disparition de Freud, l'application de la cure analytique aux patients qui présentent des structures non névrotiques a permis de précieuses avancées dans la connaissance des diverses perturbations qui affectent le fonctionnement du psychisme humain. Elle a conduit à porter un autre regard sur cette résistance et ce ressort essentiel de la cure qu'est le transfert et, par conséquent, sur le contre-transfert. Dans cet ouvrage, Jean-Michel Porret en donne une vue comparative.

  • Il ne fait aucun doute que le psychisme humain est le lieu de mouvements régressifs divers et que certains d'entre eux sont même essentiels à son meilleur fonctionnement. Ils existent au cours du développement, tant normal que pathologique, de l'appareil psychique et dans la psyché de l'adulte que celle-ci soit rattachable aux variations de la norme ou à une organisation pathologique. Ce livre revisite le concept de régression dans la théorie psychanalytique classique mise à jour.

  • La littérature psychanalytique post-freudienne contient très peu de travaux consacrés prioritairement à la question des auto-érotismes et à celle des pulsions du moi. L'objectif principal de cet ouvrage est de retracer les rapports qui existent entre les auto-érotismes et les narcissismes au cours du développement normal du psychisme. En outre, est proposée une vision générale des pulsions du moi, à savoir des pulsions qui, sous formes directes ou transformées, sont à l'oeuvre dans le moi.

  • C'est un fait notoire de l'histoire de la psychanalyse : la seconde théorie des pulsions, établie par Freud dès 1920 et opposant les pulsions érotiques ou de vie aux pulsions de destruction ou de mort, a eu pour destin d'être désapprouvée par une large majorité de psychanalystes de toutes générations confondues. Cette désapprobation a visé en priorité l'existence de la pulsion de mort. Mais, elle a aussi porté sur les bases biologiques que Freud a toujours tenu à attribuer aux pulsions, en ayant eu l'audace en 1920 de situer leur origine dans les cellules de l'organisme.
    On a alors parlé du "biologisme" freudien. Or, depuis 1960 environ, les biologistes ont progressivement mis en évidence le pouvoir permanent que possèdent toutes les cellules de l'organisme de s'autodétruire en peu de temps, tout en étant également capables de réprimer, de neutraliser, un tel effet. Ce livre réexamine dans le détail la seconde théorie freudienne des pulsions. Il montre notamment en quoi elle se rapproche des découvertes récentes de la biologie qui ont apporté des arguments en sa faveur.
    On s'aperçoit que Freud a d'une certaine façon anticipé ces découvertes de la biologie et qu'elles ont conféré un nouvel essor, un nouveau destin, à sa seconde théorie des pulsions. Dès lors, cette dernière ne peut plus être purement réfutée malgré les questions non résolues qui persistent en son sein.

  • L'oeuvre de Freud fait référence à de multiples dimensions psychiques du temps. La question du temps en psychanalyse est restée longtemps subordonnée à celle de la mémoire, plus précisément à la remémoration. La levée de l'amnésie infantile comme but de la cure n'y est pas étranger. Si les dimensions et les figures temporelles découvertes par Freud proviennent principalement de l'analyse des névroses, il restait à les confronter à ce que nous apprend l'analyse des états-limites.

  • Cet ouvrage donne à lire un corpus inédit d'environ 400 expertises médico-légales que signent au XVIIIe siècle à Genève des chirurgiens et des médecins assermentés en justice. Autour des enjeux judiciaires de l'expertise médico-légale qui limite l'arbitraire du juge, cette documentation permet d'historiciser la fabrique institutionnelle et sociale du savoir médico-légal sur le terrain du crime. Par l'objectivation naturaliste des plaies et des traumatismes, les experts mettent en indices judiciaires les corps meurtris.

    Avec le soutien du programme Sinergia Acteurs de la fabrique des savoirs (Fonds national suisse de la recherche scientifique No CRSSII 127576) et de DAMOCLÈS de l'université de Genève.

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