Maurizio Bettini

  • Autrefois, raconte Virgile, un homme quitta son pays ravagé par la guerre, fit naufrage en Méditerranée et échoua sur la côte de Carthage. Bien qu'étranger, il fut reçu par les habitants du lieu comme un égal. Il se nommait Enée et, plus tard, fonderait Rome. Aujourd'hui, d'autres hommes font naufrage dans cette même mer et échouent sur nos côtes. Savons-nous les accueillir dignement ? Nous qui nous prétendons héritiers du monde classique, n'avons-nous pas perdu une part essentielle de son enseignement ? Avec finesse et érudition, Maurizio Bettini enquête chez les auteurs grecs et latins pour redonner du sens à notre conception des droits de l'homme. Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger , disait le poète latin Térence : en l'oubliant, ne devenons-nous pas les barbares d'aujourd'hui ?

  • De quoi parlons-nous lorsque nous évoquons notre origine, nos traditions, notre identité? Que dit, associée à ces mots devenus omniprésents, la métaphore des racines ? La nostalgie est un sentiment noble. Mais peut-elle nous aider à comprendre le monde où nous vivons ? En s'étonnant lui-même de ne plus reconnaître sa ville natale, Maurizio Bettini nous invite à une déambulation pleine de sensibilité dans la mémoire privée et collective.
    Sa réflexion, apaisée et érudite, opère un paradoxal retour aux racines - de Donald Trump à Romulus, en passant par Hérodote et la "cuisine traditionnelle" -, pour mieux constater que les valeurs d'authenticité et de pureté que nous leur prêtons n'existent pas. L'enjeu est de taille : il engage notre capacité à accueillir et à cohabiter avec d'autres cultures. Ecartant une conception étroite de l'identité culturelle, Contre les racines nous rappelle que les cultures sont changeantes et que les traditions se choisissent.

  • Deux mille ans de monothéisme nous ont habitués à croire que Dieu ne pouvait être qu'unique, exclusif, vrai. En revanche, les polythéismes antiques envisageaient la possibilité de faire correspondre entre eux dieux et déesses provenant de différentes cultures (l'Artémis grecque et la Diane romaine, l'Égyptienne Isis et la Grecque Déméter), ou même d'accueillir des divinités étrangères dans leur propre panthéon. Cette disposition à l'ouverture a fait que le monde antique, même s'il a connu les conflits, voire les carnages, est resté étranger à la violence de nature religieuse qui a, au contraire, ensanglanté les cultures monothéistes et continue de le faire. Serait-il possible aujourd'hui de puiser aux ressources du polythéisme pour rendre plus faciles et sereines les relations entre les différentes religions? Si l'on part du principe que les dieux sont nombreux, il n'est plus nécessaire d'affirmer que ceux des autres sont de faux dieux ou des démons... On peut dès lors se demander si l'adoption de certains cadres mentaux propres au polythéisme ne contribuerait pas à réduire, au sein de nos sociétés, le taux de conflictualité entre les diverses religions monothéistes et entre leurs subdivisions internes.

  • Tout le monde le sait : depuis des siècles, plus personne ne parle le latin ni le grec ancien. Alors, à quoi peuvent-ils encore nous être utiles?
    Voilà bien, avance Maurizio Bettini, une question révélatrice de notre époque, obsédée par l'efficacité, infiltrée par l'idéal de rentabilité jusque dans le langage qu'elle adopte. Bien sûr, 99 % des élèves n'utiliseront pas les langues et les civilisations antiques de leur vie. Mais la culture doit-elle vraiment servir?
    Toute notre perception du monde est irriguée par la culture antique. Cela étant, peut-être ne faut-il pas se borner à chercher nos «racines» chez les Grecs et les Romains. Peut-être l'intérêt réside-t-il, au contraire, dans nos différences. Leur souple polythéisme est ouvert à tous les dieux étrangers. La vaste famille romaine, où l'oncle maternel se doit d'être le confident de ses neveux, est loin de notre modèle nucléaire. Là où nous parlerions de gens «de couleur», les Romains parlent de gens decolor : «sans couleur».
    Grecs et Romains nous sont à la fois étranges et familiers. Les fréquenter, c'est aussi bien explorer notre mémoire que s'ouvrir à l'altérité : cultiver, en somme, le superflu indispensable.

  • Quoi de plus familier, de plus « naturel », qu'une crèche de Noël ? Chacun le sait : il s'agit d'une représentation de la naissance du Christ.
    Et pourtant, ouvrons les Évangiles : pas de crèche, pas de boeuf et pas d'âne, pas de rois mages, encore moins de « santons ».
    D'où vient alors tout ce monde ? Depuis quand et pourquoi fait-on la crèche ?
    Multipliant les incursions sur tous les territoires du passé, des Évangiles apocryphes à la Naples baroque en passant par les catacombes ou La Légende dorée, l'auteur nous entraîne dans une expédition fascinante à la recherche des origines de la crèche, où, comme dans le wonderland d'Alice, « le bon sens est toujours mauvais conseiller », et où le quotidien se fait étrange, et le banal féérie.
    Comme dans les contes, Maurizio Bettini incite à un décentrement paradoxal où c'est « le chemin le plus long » qui est « la meilleure façon de rentrer chez soi ».

  • Dès ses débuts, la culture occidentale exprime une sorte de fascination pour un schéma : un homme se trouve face à un autre lui-même, ou rencontre une copie de la personne qu'il doit rencontrer. Ce schéma se développe sous les formes les plus disparates : de la pure fiction narrative à la réflexion philosophique, de la poésie à la religion.
    Ce sont les poèmes homériques, l'Iliade et l'Odyssée, qui marquent cette naissance du double : le dieu Apollon envoie un simulacre ou prend lui-même l'apparence d'un héros pour le remplacer au combat et le sauver de la mort. La déesse Athéna fait de même avec Ulysse pour le secourir. Et dans la mythologie, puis le théâtre latin (Amphitryon), Zeus prend diverses apparences pour séduire des femmes.
    Cette idée du double ou de la substitution se retrouve dans les Évangiles gnostiques, et au Moyen Âge, où le démon se substitue au dieu antique. Elle court aussi dans divers folklores nordiques.
    Pour les philosophes ce schéma prend la forme d'une réflexion sur l'identité : dépossession du moi, perte d'identité. En cas de double, de réincarnation identique, qui est le " vrai " moi ?

  • NOUVEAUTÉ Lettres / Sciences humaines ????????????????











    Présentation de l'ouvrage Le portrait de l'amant(e) est une enquête passionnante sur l'origine et le statut de l'image dans le monde antique. Toute la recherche de Maurizio Bettini s'organise autour du portrait de l'être aimé absent - par sa mort, son éloignement, parfois même dans des cas extrêmes, sa non-réalité - que fait confectionner et conserve l'amant ou l'amante esseulé : sa fonction de souvenir, de substitution, la passion, voire l'égarement qu'il peut susciter.
    Outre le récit de l'invention du premier portrait (par la fille du potier Boutadès qui décalqua l'ombre de son amant sur un mur), l'ouvrage croise et analyse tous les grands mythes de l'amour et de l'image : Laodamie, Admète, Narcisse, Pygmalion, et quelques autres, jusqu'à la statue du Commandeur de Dom Juan et à la Vénus d'Ille. À côté des grands récits, ce sont aussi les pratiques culturelles, les petites histoires obscures, les anecdotes cocasses, ou encore les aberrations monstrueuses qui sont dévoilées.

    Présentation des auteurs Maurizio Bettini, écrivain, est professeur de philologie classique à l'université de Sienne. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Antiquité gréco-latine. Il est, entre autres, co-auteur des quatre ouvrages - Le mythe d'Hélène, Le mythe d'oedipe, Le mythe de Narcisse, Le mythe des Sirènes - traduits en français et publiés en 2010 aux Éditions Belin.

    Points forts -Thème de recherche inédit en France, malgré sa grande richesse.
    -L'analyse, à la fois anthropologique, littéraire et culturelle, s'accompagne de nombreux récits et anecdotes de toute époque et de toute culture qui rendent la lecture passionnante pour un public large.
    -Maurizio Bettini est souvent invité pour des conférences au Collège de France et à l'EHESS.
    -L'érudition de l'ouvrage est servie par une écriture élégante, fluide et accessible.

    Public concerné Littéraires, anthropologues, spécialistes de l'Antiquité, psychanalystes.

    Également disponible ??????????????????????????????????

  • Le mythe évoqué est celui de Circé, la magicienne qui transforma en cochons les compagnons d'Ulysse qui abordèrent sur son île. La figure de la magicienne/femme, à la fois éprise et maîtresse de l'homme réduit au statut d'animal, trouve aussi ses semblables dans des folklores d'autres cultures. Surtout, elle s'est perpétuée sous diverses formes à travers les siècles, passant curieusement de l'image de sorcière maléfique à celle de " femme libre ".
    La structure du livre :
    - Prologue : un bref récit de fiction autour du personnage.
    - Le chapitre I, " La déesse d'Aiaié ", étudie le récit le plus connu du mythe : la rencontre d'Ulysse et Circé dans l'Odyssée.
    - Le chapitre II, " La recherche du sens ", traite des interprétations auxquelles le mythe a donné lieu : rationnelles, allégoriques, philosophiques, anthropologiques.
    - Le chapitre III, " Repenser Circé ", décrit les visages de Circé dans la suite des siècles antiques, y compris chez les poètes latins, en particulier Ovide.
    - Le destin de Circé du Moyen Âge à nos jours est étudié dans un chapitre spécial : " Circé à travers le temps ".

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