Ll De Mars

  • Sacro Monte Nouv.

    Sacro Monte

    L.L. De Mars

    Sacro Monte, pour un lecteur distrait, est une ode au mauvais goût. C'est Stendhal en Italie, saisi de vertiges et d'hallucinations par l'excès des visions fantasmagoriques de décors de fêtes foraines et de processions chamarrées. Le Sacro Monte de Varallo, dans le Piémont, devait plonger le bon chrétien dans les extases du pèlerin au Golgotha, voyage en Orient rendu trop périlleux par l'Empire Ottoman qui régnait alors en terre sainte : on reconstitua le mont en des lieux moins hostiles, comme on bâtit encore partout des grottes de Lourdes, pour les jambes fatiguées des fidèles trop âgés.
    Les 800 statues de bois et terre cuite polychromes, grandeur nature, retracent le drame de la vie, la passion, la mort et la résurrection du Christ, dans un milieu recouvert de fresques et envahi de rondes-bosses. Le choc esthétique n'est pas toujours un coup de foudre. C'est un événement qui peut surgir sans fracas, d'un détail qu'on n'avait jamais vu, qu'on n'aurait même jamais songé à regarder.
    Les cloisons du bon goût nous en détournent. On sait d'avance ce qui est beau, qu'on oppose au vulgaire. Un goût bien formé se méfie des éclats, du brillant, des dorures, des puérilités de l'imitation, de tout ce fatras diapré qui plaît à la canaille. Heureusement, celui qu'un détail saisit, d'une faïence ou d'une volute, est pris dans une errance esthétique qui n'a plus de limite, il voit à nouveau tout ce que soustrayait le bon goût, et le vertige est partout.

  • Utant pour l'auteur que pour le lecteur ou l'héroïne, Comment Betty vint au monde est une expérience radicale. Fusion entre dessins classiques, peinture expressionniste et historiette pour enfants, le premier récit en couleurs de L.L. de Mars conte les aspirations d'une jeune fille à se construire elle-même. Débordants, les désirs de Betty se heurtent aux bien-pensants, famille, artistes et autre faux dieux étouffant tout embryon de création. C'est en déconstruisant et réinventant les codes du médium que l'auteur offre à cette enfance, au lecteur et à la bande dessinée, le sérieux (et la jouissance) qu'on leur refuse. Le fil de cette quête consume les pages, mots et cases mêmes de l'histoire jusqu'à une chute inévitable.

    Le geste du peintre et une narration urgente se conjuguent dans une spontanéité fascinante qui fait vaciller les normes. Du déchiffrage de cette ode pamphlétaire naît une infinité de lectures et d'échos, de la Comtesse de Ségur à Jean-Michel Bertoyas, de Will Eisner à Fragonard.

  • Prières présente une galerie de personnages qui seront perpétuellement dépassés par les événements tout au long de l histoire. Un récit enchassé fonctionnant par ellipses et métaphores pour dénoncer la colonisation, remettre en cause les idéologies et les croyances divines, une histoire servie par un trait superbe. Artiste protéiforme, nous vous conseillons de visiter le site de LL de Mars, www.le-terrier.net pour vous rendre compte de la richesse et de l étendue de ses travaux. Il partage son temps entre la musique, la vidéo, l écriture, l animation, le dessin et la bande dessinée. Il a publié plusieurs ouvrages au sein de la petite édition (Treize étrange, Six pieds sous terre dont le fameux Maldoror).

  • La collection 3 est une expérience éditoriale, un témoignage de notre volonté d'offrir à nos auteurs un espace proche du format comix (une trentaine de pages), couplée à notre désir de prolonger les tentatives de frottements entre des écritures différentes mais qui résonnent parfois étrangement. Espace tremplin pour les jeunes auteurs autant que terrain de jeux pour les plus confirmés, le concept de cette collection trouve avec ce premier numéro sa parfaite illustration.

  • Ressac

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    • Tanibis
    • 15 Mai 2013

    Basé sur la contrainte « oubapienne », éponyme inventée par Alex Baladi, Ressac est une vraie expérience de lecture. Elle se construit sous les yeux du lecteur à partir du dialogue et de l'entrelacs des strips de Choi Juhyun et de L.L. de Mars. À chaque proposition narrative répond une autre qui vient s'intercaler dans la première puis s'en détacher pour faire naître une nouvelle séquence. L'ensemble compose une vague qui monte et se retire, formant un cycle dans lequel les éléments apparus dans les premières pages rejaillissent dans les dernières. D'un bout à l'autre de ce processus s'enchaînent les épisodes selon une mécanique proche de celle du rêve. La rencontre entre les imaginaires de L.L. De Mars et Choi Juhyun a lieu dans la thématique liquide, qui parcourt ces micro-récits et les relie entre eux. L'eau sous toutes ses formes - larmes, gouttes de pluie, fleuves serpentins - mais également le sang, les humeurs, et l'encre elle-même, forment un courant qui nous mène des paysages d'Orient aux sanctuaires de la culture occidentale.
    Ressac est un récit tentaculaire, en perpétuelle mutation, qui parvient à mêler le questionnement des systèmes concentrationnaires à celui de sa propre alchimie. Du mystère chrétien à l'expérimentation scientifique, de l'onirique à l'organique, un nouvel élan surgit toujours d'un détail inattendu et nous invite à aiguiser l'oeil.

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