Juhyun Choi

  • Sous la peau du loup

    Juhyun Choi

    « Dans ma tête, sous ma peau, au bout de mes doigts, des griffes, de la chair des gens que j'ai mangés, des familles, des tribus. Cette meute-là, c'est la mienne. Mal rangée, bordélique ; leurs ombres me couvrent, les souvenirs inconnus se révèlent à mes soeurs, leurs masques et mes enfants enfermés.

    Ils me traînent, pour me débarrasser de mes humeurs. Les morceaux d'esprit frais se dissipent sur le chemin, ils attendent dans les recoins pour m'emprisonner avec leurs épingles.

    Dans ce livre, la jeune fille cherche ses vieux fils, la femme pleure de la main du soldat qui ne lui répond pas, l'homme dit qu'il ne faut pas laisser tomber les larmes, ça l'attire, et la danseuse sait que de l'autre côté de la terre, le temps passe à l'envers.

    Ils mettent leurs masques et montent sur scène, disent ce qu'ils croient être leur texte, oublient leur liberté et disparaissent. Encore qu'à l'acte suivant, il est bien possible qu'on les retrouve, naïfs, tendres et juteux.

    Plus petite, je jouais au Grimja nori : dès que le loup marche sur ton ombre ou la traverse, tu es pris. Dans une maison, sous un abri, il n'y a plus d'ombre, alors tu peux te mettre en sécurité. Mais tu ne joues plus. » Traces de mémoire, récits à la logique erratique, lacunaires. Quelques éléments prégnants dans cet ensemble de nouvelles dessinées, en particulier le pays d'origine, la Corée, à travers sa mythologie et son histoire. Un pays qui n'est toujours pas en paix : beaucoup de militaires traversent ces récits, présences plus ou moins oppressantes, mais presque familières. Les histoires intimes, des histoires de jeunes filles, se nouent de manière étrange avec des questions d'ordre politique et guerrier. Un théâtre de l'inconscient fascinant et déroutant, qui oscille entre violence et poésie.

  • Ressac

    ,

    • Tanibis
    • 15 Mai 2013

    Basé sur la contrainte « oubapienne », éponyme inventée par Alex Baladi, Ressac est une vraie expérience de lecture. Elle se construit sous les yeux du lecteur à partir du dialogue et de l'entrelacs des strips de Choi Juhyun et de L.L. de Mars. À chaque proposition narrative répond une autre qui vient s'intercaler dans la première puis s'en détacher pour faire naître une nouvelle séquence. L'ensemble compose une vague qui monte et se retire, formant un cycle dans lequel les éléments apparus dans les premières pages rejaillissent dans les dernières. D'un bout à l'autre de ce processus s'enchaînent les épisodes selon une mécanique proche de celle du rêve. La rencontre entre les imaginaires de L.L. De Mars et Choi Juhyun a lieu dans la thématique liquide, qui parcourt ces micro-récits et les relie entre eux. L'eau sous toutes ses formes - larmes, gouttes de pluie, fleuves serpentins - mais également le sang, les humeurs, et l'encre elle-même, forment un courant qui nous mène des paysages d'Orient aux sanctuaires de la culture occidentale.
    Ressac est un récit tentaculaire, en perpétuelle mutation, qui parvient à mêler le questionnement des systèmes concentrationnaires à celui de sa propre alchimie. Du mystère chrétien à l'expérimentation scientifique, de l'onirique à l'organique, un nouvel élan surgit toujours d'un détail inattendu et nous invite à aiguiser l'oeil.

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