Jacques Lagroye

  • Trop souvent encore, la politique est réduite à son personnel, à ses partis, à leur concurrence et à leurs crises.
    Prendre la politique sous l'angle de la politisation, permet d'élargir le champ d'investigation à toutes les modalités, militantes ou professionnelles, d'entrée en politique, de volonté ou de refus d'en faire. C'est d'abord circonscrire l'objet dans la diversité des sociétés qui l'ont inventé, chacune à sa manière et à son rythme ; c'est faire leur place aux processus sociaux collectifs - les " moeurs " - comme aux groupes et individus, institutions et croyances, activités économiques et pratiques culturelles qui façonnent l'espace de la politique.
    Jacques Lagroye a pu réunir, pour cette entreprise intellectuelle, une pléiade d'auteurs qui sont parmi les meilleurs spécialistes de science politique en France, et qui sont tous attachés à cette façon de travailler. Le lecteur découvrira donc, à travers des enquêtes originales et des observations de première main, ce qu'est la politisation et ses processus : par exemple, le clientélisme, le journalisme politique, le rôle des hauts fonctionnaires, l'entrée des magistrats en politique, l'engagement humanitaire hors des partis, ou bien encore la participation politique des femmes, les comportements électoraux, la définition des actions publiques, la vocation politique et le militantisme au sein des associations.

  • Même; historiens et sociologues explorent les formes de cette " crise" et en scrutent les raisons. Une démarche sociologique rigoureuse, nourrie d'entretiens et d'observations, conduit l'auteur à s'intéresser plutôt aux conflits qui opposent aujourd'hui, au sein de l'Église, les tenants de deux formes, ou de deux régimes, de "vérité": les uns privilégient la transmission de certitudes religieuse et morales que les dirigeants de l'institution se réservent le pouvoir d'édicter; les autres attendent de la Hiérarchie qu'elle rappelle vigoureusement, mais comme proposition faite à des êtres libres, capables d'exercer sur elle leur esprit critique, le sens et les incidences d'un événement qu'ils tiennent pour dévoilement possible de Dieu. En d'autres termes, ce sont- comme en bien d'autres institutions- des conceptions du pouvoir et de l'autorité qui s'opposent dans ce débat sur la "vérité" que l'appartenance à l'institution permettrait d'atteindre. Au-delà des discours officiels, c'est aux pratiques et aux propos de clercs et de laïcs catholiques que l'auteur s'intéresse. En décrivant précisément les unes, en rapportant fidèlement les autres, il tente de faire découvrir au lecteur ce qu'est aujourd'hui le catholicisme français vécu concrètement, et pourquoi s'y développe une contradiction critique entre les partisans d'une reprise de aggiornamento conciliaire et les multiples acteurs de la restauration en cours du " régime des certitudes ".

  • L'Eglise catholique est durement affectée par des processus variés qui ébranlent, les uns après les autres, les fondements mêmes de son existence en tant qu'institution. En analysant les différentes facettes de cette crise, en étudiant les façons dont les catholiques en France " appartiennent " à l'Eglise mais aussi la contestent ou s'en détournent, Jacques Lagroye (1936-2009), ancien directeur du département de science politique de la Sorbonne (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), nous montre que "bien des ruptures résultent d'un amour déçu, mais aussi bien des efforts, parfois pathétiques, pour préserver une relation dans laquelle on a trouvé une forme de bonheur et en laquelle, en dépit du désarroi, on veut encore croire ".
    Cet ouvrage est une contribution importante à la compréhension des transformations contemporaines du catholicisme, qui met tout à la fois l'accent sur les modalités d'appartenance des fidèles à l'Eglise, sur les modes d'exercice du pouvoir de ses dirigeants, sur les formes d'entretien de la docilité en son sein et donc, aussi, sur les contestations et les ruptures. Mais c'est également, et peut-être d'abord, une contribution à la sociologie des institutions, qui cherche à comprendre les relations entre un collectif organisé et les multiples manières de vivre l'appartenance à ce collectif, de participer à ses activités, de le construire en pratique tel qu'il est. Ce livre posthume d'un grand universitaire catholique, qui retrace en creux un itinéraire intellectuel, est une leçon de sociologie, attentive à comprendre les différences entre la posture du spécialiste en sciences sociales et celle du théologien, respectueuse des croyances pour comprendre ce qui les rend possibles.

  • Au cours de ces trente dernières années, les travaux de sociologie politique se sont multipliés, les approches se sont diversifiées et enrichies. C'est ce renouvellement dont ce livre rend compte, sans négliger tout ce que la sociologie politique doit aux pères fondateurs de la sociologie (Tocqueville, Marx, Weber, Durkheim.) et à des travaux anciens aujourd'hui consacrés. Cet ouvrage donne ainsi à voir l'élargissement des champs de recherche (par exemple, l'émergence de nouvelles formes d'action militante, l'apparition de mobilisations transnationales, les transformation des modes de gouvernement.), sans négliger pour autant les grands domaines classiques de la sociologie politique (la sociologie des institutions, la participation électorale, l'analyse des politiques publiques, les organisations politiques, les pratiques de participation) dont il présente les nouveaux courants d'analyse, nationaux et internationaux. Les lecteurs y trouveront enfin une réflexion de fond et originale sur plusieurs notions clés permettant de comprendre les fondements des processus politique : la domination et la légitimation, l'institutionnalisation, la politisation et la décision.

  • Cet ouvrage est né d'une interrogation commune et d'un constat. Le terme d'institution, et la sociologie des institutions sont désormais largement utilisés dans la sociologie politique française. Ces usages sont éloignés de l'approche institutionnelle qui reste pratiquée par la plupart des juristes, ils le sont aussi des multiples néo-institutionnalismes produits dans des environnements politiques, sociaux et intellectuels très différents de nos cadres de référence. Le terme d'institution, le champ lexical qui lui donne sens et les réflexes méthodologiques qui permettent d'en faire la sociologie ont été appropriés sur de multiples terrains par les chercheurs, certains restant proches de la définition spontanée que l'on peut donner (" ça c'est une institution "), d'autres demeurant beaucoup plus étrangers à une analyse en termes de sociologie des institutions. En réunissant des chercheurs ayant travaillé avec cet outillage sur des terrains très diversifiés, cette étude souhaite stabiliser des connaissances et contribuer à mettre à la disposition de la communauté scientifique un ensemble de résultats mais aussi un ensemble de questions de recherche.
    Il ne s'agit pas en parlant de sociologie des institutions de chercher à délimiter ce qu'est une institution ou pire ce qu'elle devrait être. Il sera ici question de traiter en tant qu'institutions, des terrains très divers - ceux auxquels nous pensons spontanément, l'État, l'Église, mais aussi d'autres plus " exotiques ", tels qu'une organisation politique -, c'est-à-dire d'y faire travailler des concepts et des méthodes qui constituent la boîte à outils de la sociologie des institutions ou de l'institution.

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