Hsi Hsuan Wou

  • On sait que, craignant la contagion des soulèvements arabes, la très active et très paranoïaque censure chinoise a interdit sur les moteurs de recherche locaux les mots "Tunisie", "Egypte" et même "jasmin", après "Tibet" et "droits de l'homme"...
    Comme tout finit par se savoir en ce cybermonde, nous avons eu accès en quelques clics à un document officiel chinois, aussi confidentiel qu'instructif : une liste établie par la police de l'Internet et répertoriant par avance les vocables à censurer dans l'espace électronique dès les premiers balbutiements d'une révolte redoutée. C'est un extrait de cet inventaire des mots faisant peur au pouvoir chinois que nous publions ici.
    Afin de dissiper quelque peu les ténèbres qui couvrent la situation sociale en Chine, nous avons simplement ajouté nos propres commentaires aux nébuleuses raisons alléguées par les cyberflics. Car, nul n'en peut plus douter, des troubles d'une ampleur inédite menacent le fameux "socialisme de marché" et pourraient avoir sur la marche de l'économie mondiale, déjà bien boiteuse, des effets d'une ampleur phénoménale.

  • « On travaille trop et on gagne de moins en moins... Après les "réformes", les systèmes d'aide sociale et les primes ont disparu, les heures supplémentaires ne sont plus payées, la corruption a grandi. Nous avons fait grève il y a quelques mois. Les médias n'en ont pas dit un mot. Nous n'avons rien obtenu. (...) De toute façon "les réformes" ne vont pas dans le bon sens ! En haut, elles ont favorisé la corruption des fonctionnaires du parti ; en bas, les inégalités se creusent et les difficultés des conditions de vie s'accroissent. » Mme Meng, ouvrière de Shanghai.

    Ce témoignage rappelle que la Chine d'aujourd'hui n'est pas un monde séparé, mais la caricature bureaucratique du modèle libéral présenté ici comme notre avenir indépassable. Outre Mme Meng, les auteurs ont rencontré sur place et à Paris une trentaine de Chinoises et de Chinois. Cette série d'entretiens sur le vif, réalisés à quelques mois des Jeux olympiques, brosse un tableau saisissant du nouvel « atelier du monde ». Elle montre le vrai visage de la « société harmonieuse » avec sa « croissance à deux chiffres ». On découvrira ainsi le pays de la répression concentrationnaire, des ONG pseudo-écologistes et de la surexploitation généralisée qui menace les millions de paysans déracinés, travailleurs précaires des zones franches et autres victimes de la pollution durable.

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