Hervé Guillemain

  • L'historien, Hervé Guillemain s'est plongé dans les dossiers de milliers de patients. Écrire l'histoire du point de vue des cliniciens n'aurait apporté rien de neuf. La schizophrénie, cette maladie du siècle, a déjà une histoire. C'est bien celle des schizophrènes et de leur prise en charge médicale, politique et sociale qu'il convenait d'écrire avant que cette appellation, considérée par de nombreux médecins comme fragile, inopérante et stigmatisante, disparaisse des classifications mondiales.

    Il en ressort que l'un des premiers buts de cette « nouvelle maladie », née sur les beaux restes de la mélancolie, fut de prévenir l'essor des psychoses juvéniles. Plus généralement, ce sont aussi bien des domestiques en difficulté, des migrants confrontés à la crise que des jeunes adultes aspirant à l'émancipation qui formèrent, sous l'égide de la science et de la pratique médicale, un nouveau sous-ensemble de population reconnaissable à ses postures, ses gestes, la résistance aux thérapies et son inadaptation au nouveau modèle sélectionniste scolaire, militaire ou professionnel.

    Il en ressort aussi que des années 1900 aux années 1970 ces sujets considérés comme incurables ont été soumis à une double peine : la représentation socialement négative accolée à leur souffrance s'est doublée d'une intensification de leur traitement et d'une dégradation alarmante de leurs conditions de vie.

    Pourquoi et comment une nouvelle maladie mentale naît-elle, évolue-t-elle, meurt-elle ? C'est à cette question qu'Hervé Guillemain répond en écoutant la voix de ceux qui furent à la fois les sujets et l'objet d'un épisode phénoménal.

  • L'approche psychiatrique de nos humeurs et de nos souffrances paraît ne plus avoir de limites, ce dont témoigne l'extraordinaire impact du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), dont la cinquième version vient tout juste d'être publiée aux Etats-Unis. Sous la permanente reconfiguration des catégories pathologiques, peut-on saisir les tendances contemporaines à l'oeuvre ? Signalent-elles une médicalisation accrue des états d'âmes ou, au contraire, une forme de déprise médicale laissant toute sa place aux interventions des patients et des acteurs sociaux dans la définition de la maladie mentale ? Sommes-nous devenus les acteurs de notre folie, les entrepreneurs de nos problèmes mentaux ? Il semble qu'il soit devenu de plus en plus difficile d'échapper à l'emprise du "domaine psy".
    /> En s'appuyant sur une remise en perspective historique et des éclairages sur notre époque, les articles de ce volume décrivent les interactions entre le patient, les définitions toujours mouvantes de la science et le regard que les sociétés portent sur la souffrance psychologique.

  • Au cours des années 1960, les pays occidentaux s'engagèrent, avec des rythmes et des conceptions variés, dans un processus politique, médical et administratif visant à sortir les malades des hôpitaux psychiatriques. En opposition au modèle asilaire développé au XIXe siècle, cette désinstitutionnalisation valorisait une prise en charge de la maladie mentale fondée sur les ressources communautaires et les services ambulatoires. Mais est-ce pour autant la fin de l'asile ? En retraçant l'histoire des modalités de sortie de l'asile dans le monde francophone du XXe siècle, cet ouvrage constate la nature mythique de la désinstitutionnalisation. Si on a bien fermé quelques asiles et libéré des malades mentaux pour les réintégrer dans la communauté, on était loin d'atteindre les ambitions des réformateurs de l'après-guerre. En Europe comme en Amérique du Nord, la déshospitalisation s'est en effet déployée tardivement par rapport aux proclamations théoriques et aux injonctions légales, à des rythmes différents selon les régions et de manière souvent conflictuelle. C'est sur les enjeux et les conséquences de ce phénomène historique majeur pour nos sociétés que revient cet ouvrage.

  • « Tous les jours, à  tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » C'est ainsi qu'émile Coué (1857-1926), pharmacien de son état, préconisait à  chacun de s'adresser à  lui-même pour commencer la journée.
    Tombée aujourd'hui dans le langage courant, et discréditée, la méthode Coué, avant de devenir un fossile improbable, connut des heures de gloire entre la Première et la Seconde Guerres mondiales. La réputation internationale de Coué (véritable star aux états-Unis), le succès de sa méthode auprès des anciens combattants et du public féminin, le regard bienveillant que porte sur elle la médecine, autant de réalités qui ne lassent pas a posteriori de surprendre. En véritable historien, Hervé Guillemain analyse les ressorts de ce succès et les raisons de son déclin.
    Rapports à  la psychanalyse naissante, liens avec l'Action française, connivence avec l'évangélisme protestant, entrée en littérature (chez Céline et Aragon), autant d'apects méconnus que l'auteur explore avec une plume alerte. Hervé Guillemain est maïtre de conférence en histoire à  l'université du Maine. Il a publié Diriger les consciences, guérir les à¢mes. Une histoire comparée des pratiques thérapeutiques et religieuses, 1830-1939, La Découverte, 2006.

  • Quand elles s'appliquent à la souffrance des âmes, médecine et religion s'opposent-elles ? L'histoire de la folie pourrait s'écrire en retraçant la lente marche vers une " laïcisation de l'esprit " : le prêtre progressivement dépossédé de son pouvoir guérisseur par le médecin, l'âme qui tend à se fondre dans l'univers neurologique, l'inconscient qui surgit avec la psychanalyse au début du XXe siècle.
    Pourtant, l'étude des pratiques thérapeutiques, religieuses et laïques incite à réviser assez largement cette vision schématique. Dans ce livre ambitieux, Hervé Guillemain révèle que la thérapie morale et psychologique des aliénistes et des psychologues doit quelque chose aux pratiques religieuses. Les techniques hypnotiques regardent ainsi du côté de l'exorcisme et la psychanalyse du côté de la confession.
    /> On sait peu, par exemple, que, dans l'entre-deux-guerres, des chrétiens jouèrent un rôle important dans la diffusion de la psychanalyse dans la société française. L'histoire des pratiques thérapeutiques de la folie et des troubles psychiques, depuis le traitement moral appliqué dans les asiles d'aliénés au XIXe siècle jusqu'aux psychothérapies modernes du XXe siècle, apparaît à certains égards comme un nouveau développement de l'histoire des directions de conscience héritées du christianisme.
    L'auteur montre que le savoir scientifique sur la folie et sur la conscience ne peut être, lui non plus, dissocié de la morale et des concepts religieux et qu'il faut comprendre ensemble le péché et la dégénérescence, le traitement des aliénistes et la théologie morale, la possession et l'hystérie.
    Il avance que, loin de s'opposer, la médecine, la psychologie et la religion font partie d'une même histoire sociale et culturelle.

  • Ce recueil rassemble pour la première fois trois études consacrées à l'édification, pendant un siècle (1840-1940), d'une des premières stations balnéaires de France : Trouville. De la Monarchie de Juillet au Front Populaire, s'y joue chaque été une " comédie humaine ", modèle réduit - en haute saison et à 200 km de la capitale - de la société parisienne " les pieds dans l'eau ". Si la villégiature aristocratique et bourgeoise conforte le pouvoir de grandes familles et de certains notables locaux, le chemin de fer, la rivalité avec Deauville et les effets de modes en modifieront profondément la sociologie. À quoi s'ajoute, sous les effets des bains de mer et de soleil, un fascinant aperçu de l'histoire du sensible...

  • Ce dossier présente un panorama des différentes médecines ou pratiques alternatives sur la longue durée en montrant que chacune ne constitue pas une secte indépendante des autres mais qu'elles forment une nébuleuse qui entretient des relations complexes et ambiguës avec le reste de la médecine.
    Le numéro vise à contribuer à l'écriture collective d'une histoire de la santé qui ne distingue plus les pratiques en fonction de leur statut plus ou moins académique ou de leur position plus ou moins centrale par rapport au pouvoir politique et savant. Cette manière d'écrire l'histoire des pratiques de santé, en figeant un centre et des marges, a de fait conduit à négliger les points de contacts importants entre les deux.
    Il s'agit donc d'en finir avec une manière de considérer ces médecines comme « parallèles ». Ce qualificatif est à bannir puisqu'il renvoie ces pratiques dans un monde différent depuis lequel celles-ci ne seraient jamais en contact, sauf de manière étrange peut-être, avec le monde de la médecine.
    Ce dossier, qui est le premier en France à notre connaissance à aborder l'ensemble de ces pratiques (herboristerie, homéopathie, magnétisme, acupuncture, naturisme, holisme, végétarisme), apportera quelques réponses à ces questions en mobilisant la plupart des chercheurs qui, en France, se sont intéressés à ces pratiques.

  • « Depuis que je suis parti de la maison de santé mon état ne n'est pas amélioré. J'ai essayé toutes choses : travail, exercices divers, repos, ce travail du cerveau est toujours là, élancement, persécutions, craquements, coups, ronflements, insomnies m'enlevant l'aptitude au travail... Or je n'ai pas de situation personnelle et il m'est impossible en cet état de gagner ma vie. Comme vous m'avez conseillé monsieur le docteur de m'adresser à mon député pour un secours, je viens d'être forcé de le faire. Il trouve ma demande parfaitement justifiée et me demande de produire un certificat médical attestant mon état nerveux d'origine de guerre. » Le caporal Daniel D. écrit ces mots en août 1917 au médecin-chef de l'asile d'Alençon.
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    De l'homme de troupe jusqu'à l'officier, ils sont des milliers à souffrir de troubles du comportement qu'on ne savait alors ni soigner, ni décrire, à peine nommer : dingos, idiots, fous... L'armée ne veut puis ne peut les comprendre. Traduits en conseil de guerre, ils échappent au peloton d'exécution pour passer à l'asile ou à l'hôpital.
    Se fondant sur des documents inédits, puisés dans les archives de nombreux établissements, Hervé Guillemain et Stéphane Tison font entendre la voix de ceux qui furent brisés par la guerre, les difficultés des familles et la difficile reconnaissance de ce que l'on nomme aujourd'hui le traumatisme de guerre. Des récits vrais, bouleversants dans leur simplicité et leur sobriété, rythment l'enquête. Ils montrent l'ampleur du défi auquel furent confrontés psychiatres et aliénistes.

  • Comment la foi s'est-elle inscrite dans le siècle ? A partir d'exemples empruntés aux différentes périodes de l'histoire, les auteurs de cet ouvrage collectif interrogent les modes d'interaction entre la religion chrétienne, la culture profane et la société.
    On redécouvrira ici sous de nouveaux traits l'empreinte culturelle du christianisme (musique, peinture, construction et restauration d'églises, travaux des clercs érudits). On comprendra, à travers des études de cas régionaux et de manuscrits inédits, comment la religion chrétienne diffuse ses valeurs de référence par le biais de réseaux et de relais spécifiques, comment elle inspire un certain type de rapports à la cité ou à la science, suscitant par là des pratiques sociales singulières mais aussi des controverses politiques et des confrontations intellectuelles passionnantes.
    Les conflits du XXe siècle sont des temps majeurs de cette histoire. On lira donc aussi dans ce volume de quelle manière ceux-ci pèsent sur l'expression culturelle, individuelle ou collective, de la foi. Cet ouvrage est un hommage à Brigitte Waché dont les travaux contribuent à faire sortir l'histoire religieuse de son isolement en la confrontant à une histoire culturelle en plein développement.

  • Voici une contribution aux débats autour du concept de marché, cette institution qui conditionne de plus en plus la vie quotidienne de l'humanité. Quelle est la nature du marché ? Quelle place occupe-t-il dans la société ? Quel est son espace ?

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