Pu De Rennes

  • Le culte rendu aux saints, ces "morts très spéciaux", représente l'une des pratiques sociales et religieuses les plus singulières du Moyen Age. Au c?ur des récits hagiographiques qui leur sont consacrés figurent bien sûr les Vies de saints, dont le sens et les enjeux sont bien plus larges que la simple finalité liturgique ou cultuelle quelles mettent généralement en avant. D'autant plus que, jusqu'au XIIe siècle au moins, la biographie du saint et sa personnalité importent relativement peu tant le poids des modèles structure les récits. On ne saurait donc s'étonner de ce que la figure "historique" de Julien du Mans, dont la sainteté et le culte, de l'époque carolingienne à l'âge gothique, sont l'objet de cet ouvrage, demeure évanescente, pour ne pas dire insaisissable. Pourtant Julien finit par être considéré comme le premier évêque du Mans et un disciple des Apôtres, et par devenir le principal titulaire de l'église cathédrale et le patron du diocèse du Mans. L'intérêt de l'étude réside donc ici : dans l'ensemble des pratiques et des représentations que la fabrique légendaire met en jeu, à l'articulation de l'histoire de l'institution ecclésiale, de l'histoire culturelle et de l'histoire des pouvoirs. Pour mieux fonder la démonstration l'ouvrage propose également une édition scientifique des principaux textes hagiographiques et liturgiques concernant saint Julien.

  • Espace du diocese

    Florian Mazel

    Parmi les structures territoriales de l'europe médiévale et moderne, le diocèse est traditionnellement considéré comme la plus ancienne et la plus solide.
    On fait remonter son existence aux grands conciles de l'empire romain tardif, au cours desquels l'église a adopté, pour son organisation épiscopale, le cadre civil de la cité qui associait étroitement une ville et un territoire. le fait que dans de nombreuses régions la plupart des sièges épiscopaux soient bien les héritiers des cités tardo-antiques a contribué à enraciner cette conviction, relayée par la géographie historique depuis la fin du xixe siècle.
    Pourtant, comme entendent le montrer les études réunies dans cet ouvrage, une telle vision des choses repose sur une certaine illusion administrative et territoriale au sujet du diocèse médiéval. en reprenant à la source les questions de perception, d'appréhension et de construction de l'espace par les pouvoirs et les institutions, dans le temps long qui conduit de la fin de l'empire romain à la codification du droit ecclésiastique et à l'émergence des états territoriaux, elles conduisent à relativiser, voire à rejeter, l'idée de continuité territoriale entre l'antiquité tardive et le moyen âge central.
    Dans le même mouvement, elles envisagent d'autres voies susceptibles de mieux expliquer la complexité des rapports à l'espace dans la société médiévale et la genèse d'une territorialité ecclésiastique dont l'influence pèse sur l'ensemble de l'évolution sociale et politique de l'europe occidentale.

  • Aquae Sextiae, "les eaux de Sextius", Aquis, Aix, Aix-en-Provence, les noms de la ville disent son ancienneté et suggèrent ses transformations successives. Aujourd'hui en partie éclipsée dans l'imaginaire par la montagne qui en domine l'horizon, la Sainte-Victoire, érigée par la peinture de Paul Cézanne, l'enfant du pays, en icône de l'art moderne, la ville n'en a pas moins une histoire propre, longue et complexe, qui ne saurait se résumer au symbole culturel qu'elle est devenue dans la seconde moitié du XXe siècle. Idéalement placée dans la longue durée au carrefour de voies de circulation reliant l'Italie à la vallée du Rhône et au Languedoc, les Alpes à Marseille, la haute à la basse Provence, foyer de romanisation dans l'Antiquité, dont de spectaculaires fouilles archéologiques révèlent chaque jour un peu plus l'ampleur, Aix doit cependant son véritable essor à son érection en capitale de la Provence à partir de la fin du XIIe siècle. Ville royale aux horizons italiens sous le gouvernement des Angevins de Naples, elle voit ses fonctions de commandement régional renforcées par l'annexion au royaume de France à la fin du XVe siècle. Ville d'États et ville parlementaire par excellence, capitale judiciaire, intellectuelle et aristocratique, elle se pare alors des plus beaux atours de l'âge classique.

    La Révolution et l'essor de Marseille, la puissante voisine, au cours du XIXe siècle constituent un choc et un défi, que la ville relève d'abord avec lenteur puis, depuis l'après-guerre, avec plus de vigueur, au prix d'une profonde métamorphose urbaine, socio-économique et culturelle. C'est à emprunter ce parcours, qui associe étroitement les formes de la ville aux mutations de ses fonctions et aux renouvellements de sa société, qu'invite cet ouvrage richement illustré, le premier consacré à l'histoire d'Aix dans la longue durée depuis 1977.

  • La fondation de Cluny, le 11 septembre 910, par le duc Guillaume le Pieux et son épouse Engelberge, puis l'important rayonnement de ses abbés ouvrent un nouveau chapitre de l'histoire de l'Église et de la société en Occident. Les moines bénédictins étaient alors investis d'une véritable fonction sociale et toute étude du monachisme à l'époque féodale conduit à s'interroger de manière large sur l'organisation de la société et des pouvoirs, comme sur les productions matérielles et culturelles. En 2010, le XIe centenaire de la fondation de l'abbaye fut l'occasion d'explorer ces différentes dimensions, dans le cadre de plusieurs colloques, en redonnant toute sa place à l'institution ecclésiale dans la structuration de la société, au cours d'une ample séquence chronologique, depuis la fin de l'Empire carolingien jusqu'à la grande réforme de l'Église des XIe-XIIe siècles. L'ouvrage se déploie en trois volets. Une première partie est consacrée au monachisme comme facteur de transformations de l'Église sur son versant institutionnel, comme dans ses productions culturelles. La deuxième partie s'intéresse au rôle des moines dans l'émergence du monde féodal, aux dispositifs idéologiques et sociaux mis en forme par une institution monastique qui était à la fois une église et une seigneurie, à travers un tour d'horizon qui prend en considération les réalités régionales, de la Bourgogne jusqu'au Sud et à l'Ouest de l'ancienne Gaule. La troisième et dernière partie rend compte de la dimension monumentale que prit l'Église alors que se recomposaient les configurations spatiales et territoriales. Les contributions de ce volume permettent ainsi de rompre avec une histoire clunisienne longtemps aspirée par le seul « grand Cluny » des années 1000-1150 et de dépasser les apories des discussions sur le « tournant de l'an Mil » pour revenir à la chronologie longue du « premier âge féodal » de Marc Bloch.

  • Daniel Pichot et Florian Mazel, Avant-propos.
    Daniel Pichot, Prieurés et société dans l'Ouest, XIe-XIIIe siècle. Éléments d'historiographie et premier bilan d'une enquête.
    Sébastien Legros, Les prieurés de Château-Gontier et l'établissement d'une seigneurie châtelaine dans le comté d'Anjou (fin du Xe siècle-fin du XIe siècle).
    Jean-René Ladurée, Le prieuré de la Ramée dépendant de l'abbaye d'Évron : un prieuré rural exemplaire.
    Jérôme Beaumon, Implantation et expansion d'un réseau de prieurés à l'époque féodale : l'exemple des prieurés de l'abbaye Saint-Florent de Saumur dans le diocèse de Rennes et la seigneurie de Dol-Combourg (XIe-XIIIe siècle).
    Étienne Mathieu, La naissance des prieurés de l'abbaye féminine Saint-Georges de Rennes (1024-1047).
    Florian Mazel, Seigneurs, moines et chanoines : pouvoir local et enjeux ecclésiaux à Fougères à l'époque grégorienne (milieu XIe-milieu XIIe siècle).
    Florian Mazel et Armelle Le Huërou, Actes de l'abbaye de Marmoutier concernant le prieuré de la Trinité de Fougères, XIe-XIIe siècles : édition et traduction.
    Cécile Treffort, Moines, monastères et prieurés charentais au Moyen Âge. Quelques réflexions autour d'un projet collectif en cours.
    Laurent Ripart, Moines ou seigneurs : qui sont les fondateurs ? Le cas des prieurés bénédictins des Alpes occidentales (vers 1020-vers 1045).
    Philippe Racinet, Cluny et les autres : l'exemple des prieurés.




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